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Irom Sharmila a mis fin à sa longue grève de la faim, mais l'impunité des militaires continue dans l'Inde du Nord-Est

Image from Flickr by American Centre Mumbai. CC BY-ND 2.0

Photo sur de American Centre Mumbai. CC BY-ND 2.0

Cette semaine, une nouvelle a soulagé de nombreux Indiens : Irom Chanu Sharmila, également appelée la ‘Dame de fer’ de l'Etat indien du Manipur, a décidé de mettre fin à ses seize années de jeûne, un record mondial. ‪

Sharmila avait commencé sa protestation non-violente en novembre 2000. Sa revendication proncipale était l'abrogation de la loi (sur les pouvoirs spéciaux) des forces armées (acronyme en anglais AFSPA) qui accordait aux forces publiques une impunité de fait pour leurs activités de contrôle des activistes et séparatistes opérant dans la région.

Tout au long de ces années elle était confinée en détention dans un hôpital d'Imphal, la capitale du Manipur, et alimentée sous la contrainte par un tube nasal, sur le fondement d'une loi interdisant le suicide.

Dans un communiqué, elle a déclaré qu'elle ne se sentait plus en mesure de gagner la bataille contre l'AFSPA‬ par le seul jeûne.

Elle a aussi exprimé son souhait de se marier et d'être candidate lors des prochaines élections au parlement de l'Etat, où elle projette de continuer à s'opposer à cette loi.

Waouh ! Après 16 ans – Irom Sharmila arrête d'un coup. Le symbole de la résistance au Manipur veut concourir aux prochaines élections. Le 9 août, dernier jour de son jeûne.

Belle décision Irom Sharmila. Votre combat ne sera sûrement pas oublié par les masses

Sharmila avait commencé sa protestation en novembre 2000 lorsque 10 personnes dont 2 enfants furent tués par des miliciens de l'Assam Rifles à un arrêt de bus près d'Imphal.

Sharmila fut mise en détention après avoir été inculpée, aux termes de la section 309 du code pénal indien, de tentative de suicide par lancement d'une grève de la faim illimitée.

Depuis le commencement de sa grève de la faim, elle est libérée puis ré-arrêtée, et a été sacrée “icône de la résistance publique” dans la région, où le gouvernement central reste impopulaire.

Il y a quelques mois, un tribunal ordonnait la levée de sa détention provisoire.

Tandis que son action provoquait la polémique, il ne fait aucun doute que les forces loyales au gouvernement central continuent à jouir d'une large impunité pour leurs opérations dans l'Inde du Nord-Est rongée de conflits (dans le Manipur, mais aussi au Cachemire [dans l'Ouest]) aux termes de la loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées (AFSPA).

L'AFSPA s'applique au Manipur depuis 1958.

Pour le demi-siècle de la loi en 2008, Mukul Sharma écrivait sur Kafila.org :

C'est une loi en vigueur dans une grande partie du Nord-Est qui donne aux forces armées des pouvoirs spéciaux dans une localité déclarée ‘zone de troubes’. Toutefois, alors que l'AFSPA est jugée nécessaire par l'Etat et les responsables militaires pour protéger l'Etat contre les atteintes à l'ordre public, maintenir l'intégrité de la nation, combattre le terrorisme et l'insurrection, et protéger les zones frontalières sensibles, elle se heurte à l'opposition et au rejet farouches des défenseurs des droits humains, des organisations de femmes et des mouvements politiques, qui y voient la facilitation de graves violations des droits humains, de l'impunité, des viols et de la torture, et le bâillonnement de la dissidence démocratique.

Les abus commis par les forces de sécurité opérant dans la région sont bien documentées malgré l'indifférence de la presse nationale.

Ecrivant sur le site web alternatif Raiot l'an dernier, Lalit Shukla relevait :

AFSPA violates the fundamental constitutional rights  of right to life, liberty, freedom of speech and expression, peaceful assembly, free movement, practice of any profession, and protection against arbitrary arrest and freedom of religion, as enshrined in Articles 21, 14, 19, 22 and 25 of the Constitution.

L'AFSPA bafoue les droits constitutionnels fondamentaux que sont le droit à la vie, la liberté, le libre exercice de la parole et de l'expression, les réunions pacifiques, la liberté de déplacement, la pratique de toute profession, et la protection contre l'arrestation arbitraire, et la liberté de religion, comme inscrit aux articles 21, 14, 19, 22 et 25 de la constitution

Le dialogue ne sert à rien, je veux une abrogation : Regardez Irom Shamila, héroïne de la vraie vie (et de théâtre)

En novembre 2010, Anjuman Ara Begum a écrit une série en trois parties sur Twocircles.net, retraçant la protestation de Sharmila.

La deuxième partie de la série est consacrée aux massacres”non résolus” au Manipur, qui s'étendent de 1984 à 2000, début de la grève de la faim de Sharmila.

Récemment, par un jugement qui a fait date, la Cour Suprême indienne a acquiescé à une enquête sur quelque 1.528 cas supposés de meurtres extra-judiciaires par les forces de sécurité au Manipur de 2000 à 2012.

La cour a aussi émis l'avis qu'il n'existe pas d'impunité pour les forces armées opérant aux termes de l'AFSPA.

Ankita Mukhopadhyay de Being Indian (‘être Indien’) remet en cause l'ignorance générale en Inde des luttes de Sharmila :

Je pense qu'il est temps pour nous de l'applaudir elle et la lutte des Manipuris au lieu d'ignorer ces informations comme si c'était de l'ordinaire. Ça ne l'est pas.

Vishnu Pillai de Youth Ki Awaaz écrit :

Les médias nationaux l'ont ignorée. Comme un rite d'anniversaire, ils montraient son jeûne, année après année, une, deux, trois fois, jusqu'à quinze. Puis l'oubliaient. Ils n'ont jamais soutenu ce qu'elle voulait – l'abrogation de l'AFSPA. Leurs articles racontaient son jeûne, jamais pourquoi elle jeûnait. Ils choisissaient de montrer le messager au lieu du message. Ça leur donnait peut-être de meilleurs taux d'audience.

Irom Sharmila est un paradigme de la démocratie.
Un grand salut à la dame de fer bien qu'elle n'ait pas réussi à se débarrasser de l'AFSPA mais l'échec est le nôtre

Pour ceux qui pensent que l'affaire de Manipur se limite à Sharmila, voyez les images des manifestations qui continuent ~sans solution

Se félicitant la décision de Sharmila d'arrêter le jeûne tout en restant politiquement active, la Campagne de solidarité Sauver Sharmila (acronyme en anglas SSSC) a évoqué la longue attente des droits fondamentaux au Manipur, tout comme dans les autres Etats du nord-est et au Cachemire, où les gens continuent à vivre sous la terreur de l'armée.

La toute-puissance de l'AFSPA, l'existence d'autres dispositifs juridiques inhumains (comme la loi sur les zones troublées, mise en place au Manipur en 1980) et l'absence de système de responsabilisation de militaires échappant à tout contrôle s'amalgament en une écrasante fatalité d'injustices.

Aparna Ray a contribué à l'écriture de cet article.

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