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Les autorités éthiopiennes ont tué 100 manifestants durant le weekend

 

Manifestation en Ethiopie - Page Facebook de Abdi Lemessa. Utilisé avec permission

Manifestation en Ethiopie – Page Facebook de Abdi Lemessa. Utilisé avec permission

Alors que des centaines de manifestants sont descendus dans la rue durant le weekend en Oromia et Amhara, deux des plus grandes régions administratives, les forces de sécurité ont violemment dispersé les manifestants en tirant à balles réelles. Selon les sites d'informations et les comptes rendus des réseaux sociaux, environ 100 manifestants ont été tués.

Les manifestations en Oromia et Amhara ont commencé à des moments différents et pour différentes raisons, mais les deux découlent de la politique identitaire. Dans les deux régions, les manifestants contestent la domination des élites  d'un groupe – de la région du Tigré – dans la politique éthiopienne. La distribution des richesses et du pouvoir parmi les 100 millions de citoyens éthiopiens se fait de manière suspicieuse en fonction des critères ethniques. Le Tigré rassemble 6% de la population mais domine les rangs des militaires et du gouvernement. A 34%, les Oromos font partie du plus grand groupe ethnique d'Ethiopie, mais ils ont seulement une représentation fédérale symbolique dans leur pays. Les Amhara représentent 27% de la population du pays.

Le nombre exact de morts a été difficile à définir jusqu'à lundi parce que le gouvernement a bloqué les services internet et téléphoniques en Oromia et dans certaines parties de la région Amhara. Les obsèques des morts ont eu lieu lundi et mardi à Bahir Dar et de nombreuses villes à travers l'Oromia.

Malgré la décision du gouvernement d'utiliser des armes létales, des appels pour de nouvelles manifestations en Oromia et Amhara ont déjà eu lieu sur Facebook. Des activistes, en Ethiopie et ailleurs, affirment que les manifestations ne diminueront pas sauf si le gouvernement s'ouvre à une politique incluant l'Oromia et l'Amhara.

Un weekend de massacres en Amhara et Oromia

La capitale de la région Amhara, Bahir dar, a vu samedi le plus lourd nombre de victimes depuis des décennies lorsque les habitants sont descendus dans la rue pour protester, en défiant les autorités qui ont tué au moins 20 manifestants dans les alentours de la ville historique de Gonder deux semaines avant. Selon Amnesty Internationale, au moins 30 personnes ont été tuées en un jour à Bahir Dar.

De façon similaire, en Oromia, au moins 50 personnes ont été tuées et des centaines de protestataires ont essayé de se réunir Meskel Square mais ils ont été rapidement et violemment dispersés par les forces de sécurité. Mardi après midi une seconde vidéo d'une minute 40 postée sur EthioTube montre les forces de sécurité frapper brutalement les manifestants. (Cliquer sur le lien ci dessous pour la visionner.)

http://www.ethiotube.net/video/36332/warning-violent-content-police-brutality-on-protesters-in-addis-ababa-august-6-2016

Les manifestations en Amhara

Les manifestations en Amhara ont commencé le 12 juillet 2016 quand les forces de sécurité ont tenté d'arrêter un chef de “Wolqait Identity” et du comité d'auto-détermination, le Colonel Demeka Zewdu, pour des faits présumés de terrorisme. Les manifestants en Amhara et leurs chefs demandent le repositionnement des provinces de la communauté Welkait-Tegede de l'Etat Régional du Tigré dans la région Amhara.

Les reportages des journaux et sur les réseaux sociaux montrent que les revendications parmi les membres de la communauté Welkait-Tegede se sont accumulées depuis un certain temps sur ce que les activistes appellent l'annexion de leur terre et l'assimilation forcée de leur identité dans la région du Tigré. Il est à oter qu'un pouvoir potique, économique et militaire disproportionné est donné aux élites originaires du Tigré.

Les commentateurs pro-gouvernement cependant, minimisent le pouvoir des élites tigréennes et accusent les groupes d'oppositions d'exagérer le problème de l'assimilation de la communauté Welkait-Tegede.

Les manifestations en Oromia

Les manifestations en Oromia sont la continuation des manifestations devenues journalières depuis novembre 2015.

A la base, les manifestations ont commencé en Oromia quand les étudiants ont demandé au gouvernement de renoncer à ses plans d'extension de la capitale Addis Ababa aux terres agricoles des alentours. L'argument des étudiants était que le plan controversé d'étendre Addis Ababa à l'Etat d'Oromia donnerait lieu à une expulsion en masse des agriculteurs qui sont pour la plupart issus du groupe ethnique Oromo.

Le gouvernement a rejeté l'accusation, en affirmant que l'expansion était seulement destinée à faciliter le développement des infrastructures telles que les transports, les services publics et les centres de loisirs.

Bien que le gouvernement ait supprimé le plan d'expansion d'Addis Ababa, l'action n'a pas satisfait les attentes des manifestants, qui incluent de plus grandes questions comme l'autonomie, la liberté et l'identité. Par exemple, les étudiants ont demandé que l'oromo devienne une langue fédérale. L'oromo, la langue du peuple Oromo, est la plus largement parlée en Ethiopie et la quatrième la plus parlée en Afrique. Cependant, ce n'est pas la langue avec laquelle travaille le gouvernement fédéral.

En mai 2014, le gouvernement avait suspendu le plan d'expansion de la capitale afin de diminuer les manifestations étudiantes pendant lesquelles au moins 12 étudiants ont été tués et des centaines d'étudiants Oromo ont été emprisonnées. Mais en novembre 2015, le gouvernement a décidé de reprendre les plans d'expansion de la capitale. On ne sait pas encore clairement si le gouvernement va relancer le projet.

Demandes d'autonomie dans les autres régions

L'arrestation de plusieurs leaders d'opposition importants comme Bekele Gerba et Yonatan Tesfaye, la répression de journalistes et bloguers et la brutale répression de manifestants par les forces de sé curité, où au moins 500 personnes sont mortes selon Human Rights Watch, ont seulement servi à enclencher les manifestations en Oromia.

Le porte-parole du gouvernement éthiopien Getachew Reda dit fréquemment qu'il n'y a pas de solution politique puisque le gouvernement a gagné les dernières élections parlementaires en mai 2015 à 100%.

Les observateurs disent que c'est le plus sérieux défi auquel le gouvernement éthiopien doit faire face depuis son arrivée au pouvoir en 1991. Le plus proche étant celui de 2005 quand l'Ethiopie a eu son élection véritablement contestée.

Mais dernièrement les questions d'autonomie et d'identité sont devenues une des sources de violence politique. En avril il y a eu des cas de manifestations violentes demandant l'autonomie de l'Etat Regional du Sud, particulièrement dans la zone de Konso. Il y a eu aussi des conflits similaires dans l'Etat du Sud Ouest de Gambela en janvier 2016.

L'utilisateur de twitter Awol a fait écho de pareilles impressions en disant que c'est le mouvement politique de masse le plus significatif depuis la mort du dernier premier ministre Meles Zewani :

Le Rassemblement national d'aujourd'hui en Oromia est le mouvement politique le plus important en Ethiopie depuis la mort de Meles Zenawi

Après les élections de 2005 le gouvernement a tué par balles au moins 300 manifestants. Le premier ministre à ce moment, Meles Zenawi, a déclaré l'état d'urgence quand les partisans de l'opposition ont contesté les résultats de l'élection.

Pour montrer le niveau de désobéissance des manifestants, Ethiopian Press a partagé la photographie suivante :

Une autre scène de désobéissance au pouvoir. Un aîné riposte contre les forces de sécurité en Oromia

Sur Facebook, Balcha Mitiku conseille aux manifestants de ne pas devenir violents :

S'il vous plaît continuez d'être civiques comme vous nous l'avez montré jusqu'à présent pour ne pas mettre la main sur les biens civils ou les civils.

Un utilisateur Facebook utilisant le nom de ‘Fair Man’ a noté :

Ce moment de retrait du régime et de travail pour une Ethiopie nouvelle et juste est très proche. J'engage les militants à se centrer sur l'aide constructive à la lutte en cours visant céer l'Ethiopie libre et juste que nous aurons plus vite.

Sanyiikoo Oromoo a remarqué la nature pacifique des manifestants:

Le peuple Oromo est un peuple pacifique. Nous ne sommes pas des agresseurs. Le peuple marche avec des livres religieux et des feuilles de thé vert pour montrer que leur rassemblement n'est pas conçu pour la confrontation. Pourtant, ils ont été sauvagement attaqués.

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