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Russie : Nouveau scoop érotique de tabloïd dans la campagne des législatives

Catégories: Europe Centrale et de l'Est, Russie, Élections, Femmes et genre, Médias citoyens, RuNet Echo
Polina Nemirovsky (left) and Maria Baronova. Photo: Facebook [1]

Polina Nemirovsky (là gauche) et Maria Baronova. Photo: Facebook

Life.ru, le top du top (ou le tréfonds, c'est selon) des tabloïds russes qui s'attaquent aux personnalités politiques, vient de publier des photographies piratées montrant Maria Baronova, une candidate d'opposition à la Douma d'Etat, dans l'intimité en compagnie d'une autre jeune femme.

Le site web se contente d'indiquer que les images ont été envoyées par un utilisateur anonyme de son application d'agrégation d'informations “LifeCorr”. Les photos montrent Baronova et son actuelle directrice de campagne Polina Nemirovskaya en train de s'embrasser, seins dénudés. Baronova s'est refusée à commenter publiquement les photos divulguées, mais elle aurait apparemment et effectivement dit à Life.ru qu'elle “reparlerait [volontiers] de sa poitrine” sitôt terminée sa campagne pour un siège au Parlement russe.

Baronova a surmonté de gros obstacles au début de ce mois pour enregistrer sa candidature [2], et recueilli près de 15.000 signatures pour participer en indépendante au scrutin. Elle est l'une des 18 candidat-e-s adoubés par le mouvement politique “Russie Ouverte”, qu'a créé l'oligarque déchu du pétrole, devenu dissident politique, Mikhaïl Khodorkovsky. Pour rassembler les signatures nécessaires à l'enregistement de sa candidature, Baronova a mobilisé une armée de quelque 400 collaborateurs de campagne. Elle aurait aussi contracté un prêt personnel de 2 millions de roubles (27.700 €) pour financer sa campagne.

Baronova dispute un siège dans la circonscription centrale de Moscou, où elle affrontera Nikolaï Gontchar, le candidat du parti au pouvoir “Russie Unie”, et Andreï Zoubov, labellisé par les partis démocratiques “Yabloko” et “Parnas.” (En mars 2014, après l'annexion de la Crimée par la Russie, Zoubov s'était gagné une certaine notoriété parmi les critiques du Kremlin en perdant son emploi à l'Université après avoir signé un éditorial comparant [3] le rapt territorial par Moscou à l'annexion des Sudètes par les Nazis.)

La présence de deux libéraux démocrates dans la même circonscription moscovite a amené des partisans de Zoubov à accuser Baronova d'être une candidate de diversion, autorisée par le Kremlin afin de fragmenter le vote d'opposition. Le célèbre activiste anti-corruption Alexeï Navalny a ainsi laissé entendre [4] hier sur Twitter que les photos avec Nemirovskaya divulgué rendaient “évident” que Baronova est une “spoiler” envoyée pour écarter Zoubov de la Douma. (Piotr Verzilov, le mari de la leader des Pussy Riot Nadiejda Tolokonnikova, a promptement ironisé [5] sur l'exigence de Navalny que Baronova abandonne la course).

Si Baronova est restée quasi silencieuse sur les photos divulguées, Nemirovskaya ne s'est pas gênée pour parler de l'affaire sur les médias sociaux. Elle a révélé [6] sur Twitter que Life.ru l'avait déjà contactée pour lui demander de commenter les images qui lui étaient parvenues. Nemirovskaya affirme que ses comptes de médias sociaux et de messagerie instantanée ont été piratés il y a quelques mois. Dans un tweet hier, elle posait pour une photo aux côtés du président de Parnas et ex-Premier Ministre russe Mikhaïl Kassianov, visé cet été par une machination avec caméra cachée qui exposait sa relation extra-maritale avec une employée de Parnas.

Juste au cas où, je posterai moi-même mes photos avec Kassianov.

Les photos avec Baronova, aurait indiqué Life.ru à Nemirovskaya, auraient été tirées d'un iPhone 4—un smartphone que Nemirovskaya dit [9] ne pas avoir utilisé depuis bien quatre ans. A en croire Olga Borissova, amie proche de Nemirovskaya et autre membre de l'équipe de campagne de Baronova, les photos remontent à un an [10]. Borissova, qui a contribué par le passé à RuNet Echo, a refusé de donner plus de détails.

Ailleurs sur les médias sociaux, l'humour potache propre à Internet s'est mis en surchauffe. Par une étrange coïncidence, deux autres femmes clivantes du microcosme politique moscovite—Xénia Sokolova, la nouvelle rédactrice en chef d'Esquire russe, et Lessia Ryabtseva, ex-adjointe principale à la radio Echo de Moscou—ont annoncé [11] leur collaboration pour l'élection de septembre sur la campagne de la Douma sortante. Les informations soudaines sur ces quatre femmes—qui toutes sont actives dans la vie publique et ont, à un moment ou à un autre, mis à l'avant-plan leur sens de la mode et leur apparence physique—ont activé tous les commentaires masculins usuels sur l'Internet, qui ont généreusement alterné entre réflexions de voyeurs [12] sur les séduisantes jeunes femmes posant ensemble sur des photos, et blagues misogyn [13]es [14] à foison sur les femmes qui se mettent sous les feux des projecteurs publics en Russie.