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Un drapeau portoricain repeint en noir

The famous door in Old San Juan now has the Puerto Rican flag painted in black and white, as a sign of mourning and resistance. There is also a small altar. Photo by Marina I. Pineda Shokooh, used with permission.

Le drapeau portoricain de ce célèbre portail du vieux San Juan a été repeint en noir et blanc en signe de deuil et de résistance. Sur le seuil, un petit autel. Crédit photo : Marina I. Pineda Shokooh.

Pour de nombreux Portoricains, le drapeau national est un orgueil et une marque d'appartenance identitaire, avant tout en raison du statut colonial de l'île dans lequel la maintient le gouvernement des Etats-Unis. Il symbolise maintenant, depuis une modification graphique, le ‘deuil’ qui frappe l'île depuis que le gouvernement américain lui a imposé une commission fédérale de contrôle budgétaire dont les pouvoirs s'exercent sur tout le territoire autonome.

Un groupe d'artistes a décidé de repeindre en noir une célèbre fresque, qui représentait à l'origine le drapeau portoricain (bleu, rouge et blanc) pour protester contre l'adoption de cette loi de contrôle, de gestion et de stabilité économique de Porto Rico, plus connue sous le nom de PROMESA en anglais (Puerto Rico Oversight, Management, and Economic Stability Act). Approuvée par le Congrès américain et promulguée par le Président Barack Obama, cette loi est présentée comme la solution pour gérer la dette de Porto Rico, supérieure à 70 milliards de dollars.

Mais PROMESA remet sérieusement en cause l'autonomie politique de l'île. Les mesures prévues qui incluent notamment l'augmentation du salaire horaire minimum à 4,24 dollars (soit près de trois dollars de moins qu'aux Etats-Unis) ont poussé des Portoricains à se mobiliser et à organiser des manifestations et des mouvements de désobéissance civile.

La fresque se trouve sur la façade d'une maison abandonnée de la rue San José dans le Vieux San Juan, et avant son nouvel habillage, elle était souvent prise en photo-souvenir autant par les locaux que par les touristes. La porte est encadrée par des lithographies d'artistes portoricains connus, réalisées par le Collectif Grabadores por Grabadores.

Quelques internautes n'ont pas tardé à protester contre ce changement de couleur et à le taxer d'acte de vandalisme. Comme l'auteur de ce commentaire : “On a repeint le drapeau de la porte de San José. Des volontaires pour lui rendre ses couleurs originales ?”.

Le “drapeau en deuil” a rapidement suscité ce slogan sarcastique “Pero que no me pinten la bandera” (Touche pas à mon drapeau !) qui circulait parmi les Portoricains qui jugent ridicules ces jérémiades pour un drapeau repeint. La nouvelle fresque n'a pas tardé se transformer en symbole de résistance et de désobéissance civile, de nombreux internautes lui ayant apporté leur soutien sur les réseaux sociaux.

Artistas Solidarixs y en Resistencia, le groupe d'artistes qui avait repeint le drapeau, a publié une lettre ouverte dans la revue en ligne 80grados pour expliquer son geste :

L'art est un mode d'expression souvent utilisé dans le passé pour transmettre des idées, susciter la réflexion, transformer et (re)créer la réalité. Les symboles patriotiques sont là pour renforcer l'identité et les valeurs du peuple. A l'origine, le drapeau du Costa Rica était le symbole de la lutte contre l'occupation coloniale et, pendant de nombreuses années, le hisser était un délit. Ce n'est qu'en 1952, sur décision de la loi coloniale ELA (qui fait de Porto Rico un Etat libre associé), qu'il a été officiellement adopté. Actuellement, le triangle représente les trois pouvoirs du gouvernement : l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Les trois bandes rouges représentent le sang qui donne vie à ces pouvoirs.

Les lois, les dirigeants et les tribunaux, jusqu'à présent, n'ont pas servi les intérêts du peuple. Remplacer les couleurs par du noir (qui signifie l'absence de LUMIERE) donne une nouvelle lecture. Notre proposition est la RESISTANCE. Elle n'est en rien pessimiste, bien au contraire. Elle sonne le glas des pouvoirs tels que nous les connaissons. Et l'espoir est bien présent matérialisé par les bandes blanches qui symbolisent la liberté et la capacité de chacun à réclamer et faire valoir ses droits.

Cette démarche se veut une invitation à réfléchir et à prendre les mesures nécessaires pour lutter contre l'effondrement des systèmes éducatif et sanitaire, la privatisation et la destruction de nos ressources naturelles, le statut colonial, les attaques contre les travailleurs, le remboursement d'une dette abyssale, les contraintes imposées par un régime non démocratique, notamment l'asphyxie de la politique culturelle. Cette action est la démonstration qu'il existe une communauté artistique qui ne reste pas les bras croisés, disposée à lutter contre les agressions, les contraintes imposées par un gouvernement totalitaire et ses politiques d'austérité, dont la plus récente, la Commission de contrôle budgétaire (PROMESA). Porto Rico est sur le pied de guerre. Intensifions cet amour qui nous unit et nous rassemble en pratiquant le respect, la solidarité, la tolérance, l'union, la communication et le travail en commun.

Ce “drapeau noir” a été repris par de nombreux artistes pour protester contre la Commission fédérale de contrôle budgétaire imposée par les Etats-Unis. Campamento Contra la Junta, un mouvement d'étudiants et de militants, s'en est servi sur les réseaux sociaux pour faire connaître le lieu de son campement permanent près du Tribunal fédéral des Etats-Unis.

Un acte de défi et de désobéissance civile

L'art de rue est devenu une des formes de contestation favorites du mouvement et d'autres activistes politiques, et, chaque semaine, de nouvelles fresques voient le jour depuis qu'Obama a prévu de promulguer la loi PROMESA :

Photo of mural artwork by local artists. From Campamento Contra la Junta's public Facebook page. https://www.facebook.com/CampamentoContraLaJunta/posts/105741

Photo d'une oeuvre murale de Jesús Delgado Burgos, artiste local, empruntée à la page Facebook du Campamento Contra la Junta. Avec son aimable autorisation.

Completed mural by local artists. Picture from Campamento Contra la Junta's public Facebook page.

Photo d'une oeuvre murale de Jesús Delgado Burgos, artiste local, empruntée à la page Facebook du Campamento Contra la Junta. Avec leur aimable autorisation.

 

Grito de Lares "black flag" in Santurce. Photo by Spear Torres. Used

“Drapeau noir” du Grito de Lares à Santurce avec la machete, symbole de lutte et de défi. Lares, à Porto Rico, est la ville emblématique du mouvement pour l'indépendance de l'île. Photo de Spear Torres. Avec son aimable autoristion.

Récemment, le Campamento Contra la Junta a organisé plusieurs manifestations contre l'utilisation du Naled, un insecticide ayant des effets nocifs sur la santé utilisé pour combattre le zika. Le mouvement a aussi réussi à inciter des Portoricains résidant à l'étranger à participer à son combat, comme par exemple le Comité Boricua en la Diáspora qui a organisé à East Harlem à New York un débat public sur la lutte de Porto Rico pour son indépendance. Bien que la date de prise de fonction de cette commission de contrôle ne soit pas encore fixée, les militants portoricains trouvent des moyens d'expression créatifs et artistiques pour manifester leur opposition et leur résistance.

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