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L'innovation et la technologie parlent désormais kaqchikel

Le risque d'extinction de la langue et des savoirs de la culture kaqchikel : voilà les principaux éléments qui ont conduit Juan Esteban Ajsivinac Sián, médiateur linguistique d'origine maya, à rechercher de nouvelles façons de promouvoir sa langue au moyen de la technologie. Juan, originaire de Patzicía (dans la région de Chimaltenango, au Guatemala), parle le maya cakchiquel (ou kaqchikel). Il s'agit de la langue du peuple kaqchikel, qui se trouve dans la région centre-occidentale du Guatemala, qu'il a placé au centre d'un travail qui associe création technologique et opération de sauvetage de la culture et de ses langues :

Les personnes âgées sont très tristes car leurs connaissances finiront par se perdre à mesure que les plus jeunes cesseront de parler le kaqchikel.

Le kaqchikel appartient au groupe de langues k'iche’, lui-même sous-partie de la famille linguistique maya. Avec environ un demi million de locuteurs, c'est une des principales langues mayas du Guatemala.

Comme la plupart des langues autochtones d'Amérique latine, le kaqchikel est une langue en voie de disparition. Juan Sian souligne que dans de nombreuses communautés mayas du Guatemala, les jeunes ne veulent plus le parler, car ils pensent que le kaqchikel ne leur servira à rien. C'est pourquoi il est nécessaire de les inciter à s'intéresser à nouveau à la langue, ce qui semble possible grâce à la technologie et à Internet.

À la source de son inspiration se trouve une visite en Espagne. À l'occasion d'une visite chez des amis, Juan a observé le processus de revitalisation de la culture basque à travers sa langue, l’euskara. Il a été très impressionné par cette possibilité de récupérer une langue presque éteinte grâce à la documentation et à la technologie.

Convaincu qu'une utilisation adaptée de ces outils peut favoriser la diffusion des langues indigènes, Juan a commencé à faire entrer sa langue dans le cyberespace. En premier lieu, il a traduit en kaqchikel le site web de Futuros Colectivos, une initiative qui regroupe plusieurs organisations effectuant du bénévolat en faveur du développement local au Guatemala.

Sa deuxième expérience lui est venue de la fondation Buca’ bok, qui se consacre à la santé communautaire au Guatemala : elle lui a proposé de traduire un plug-in qui permette d'obtenir l'interface de Facebook en kaqchikel. Pour ceux qui travaillent dans cette fondation, la maîtrise de la langue est fondamentale car c'est ce qui permet aux médecins de soigner la population monolingue de la région qui n'a pas accès aux services de santé, en majorité composée de personnes d'un âge avancé.

fbPM

Comme ce réseau social est largement utilisé, la version en kaqchikel a servi à la fondation à entraîner son personnel à utiliser la langue. Cette version est maintenant ouverte et disponible sur la page de Wuqu’ Kawoq. La réaction des utilisateurs lorsqu'ils ont vu leur langue sur les plateformes en ligne, inspiratrice, a constitué le point de départ d'autres innovations.

La troisième et peut-être principale réussite de Juan, c'est l'élaboration d'une plateforme web qui héberge le vocabulaire kaqchikel. Sur ce site, on peut trouver tout le vocabulaire existant de la langue. De plus, la plateforme propose une option permettant d'en agrandir la base de données. Si l'utilisateur ne trouve pas le mot qu'il cherche, il peut contacter les administrateurs de la page grâce à un formulaire et recevoir une réponse sous quelques heures. Le glossaire élaboré par Juan se trouve actuellement hébergé par l'Académie de langues mayas du Guatemala, institution gouvernementale en charge des actions de consolidation des langues autochtones du Guatemala.

Juan Sian vient de terminer la localisation de Firefox pour ordinateur et de Firefox pour Android. Les deux versions sont maintenant officielles et la navigation sur l'interface en kaqchikel est possible sur ordinateur de bureau comme sur dispositif mobile. Le kaqchikel est ainsi une des deux langues indigènes d'Amérique latine qui peut être téléchargée sur le portail de Firefox. Pour effectuer ce travail, Juan a dû traduire les près de 52 000 lignes qui constituent la localisation du navigateur.

ffkaq

Un des principaux obstacles que Juan a rencontré au moment de faire entrer sa langue dans le monde des nouvelles technologies de l'information, c'est le choix de termes informatiques en kaqchikel. À l'aide de bases de données et de glossaires de la langue existants, Juan a traduit certains mots et en a créé d'autres quand il ne les trouvait pas. Ainsi le terme « ordinateur » devient-il « Kematz'ib » en kaqchikel, ce qui signifie « tissu de lettres ou de signes ».

Parmi ses projets, Juan prépare la réunion de tous les glossaires et bases de données existants du kaqchikel pour disposer d'un système unique permettant la standardisation et la normalisation de la langue. L'objectif est de tout rassembler en une base de données unique.

C'est ainsi que le travail de Juan Esteban Ajsivinac Sián va continuer à promouvoir l'utilisation de sa langue dans le cyberespace, car comme le savent bien les locuteurs du maya :

Parler une langue ne sert pas uniquement à communiquer ; cela implique [aussi] toute une série de connaissances que nous perdrons si nous ne faisons rien pour les conserver.

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