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Les travailleuses domestiques étrangères de Singapour prennent la parole

Foreign domestic workers demand protection and better living conditions. Photo from the Facebook page of HOME

Les travailleuses domestiques étrangères réclament la protection de leurs droits et de meilleurs conditions de vie. Photo publiée sur la page Facebook de l'organisation HOME

Afin de « donner une voix à ceux qui n'en ont pas », l'organisation singapourienne de défense des droits des migrants HOME (Humanitarian Organization for Migrant Economics) offre aux travailleuses domestiques de la cité-Etat la possibilité d'écrire et de publier récits, photos et poésie sur une plateforme en ligne nommée MyVoice (Ma Voix). Le groupe fournit également assistance et refuge aux employées victimes de mauvais traitements.

Selon les chiffres officiels du gouvernement, Singapour compte actuellement 1,3 million de travailleurs étrangers enregistrés. Plus de 200 000 d'entre eux sont des employées de maison, originaires pour la plupart de pays voisins tels que les Philippines, l'Indonésie, la Birmanie et l'Inde.

Depuis quelques années, la question des mauvais traitements subis par les travailleuses domestiques et des violences perpétrées par leurs employeurs se fait de plus en plus pressante. Les cas de maltraitance sont en augmentation, et ce malgré le vote de nouvelles lois censées protéger les droits des travailleurs étrangers. Le mois dernier, un site d'information singapourien publiait un article sur les conditions proches de l'esclavage dans lesquelles vivent plus de 9 000 travailleurs migrants.

Beaucoup des récits et poèmes publiés sur MyVoice sont des témoignages bouleversants, rarement entendus et peu connus du public singapourien. Ces histoires de vie lèvent le voile sur les difficultés rencontrées par les domestiques étrangères, des jeunes femmes pour la plupart, ayant laissé derrière elles des familles souvent très pauvres, dans l'espoir de trouver de meilleures opportunités à Singapour.

L'une d'entre elles, Myrna Javier, évoque dans un poème un enfant dont la mère travaille à l'étranger. En voici un extrait :

Father, where is my dearest Mama?
Tearfully ask the little one.
Papa can’t give her the right answer
That Mama went to seek for a job on a foreign land
To give us all the better life and free us all from all this strife.

Suppressed happiness in exchange of a dime to a dollar.
Scarcity, of everything, shelter, food and tattered clothes
Simple yet happy filled with love and unity.

Hush dear child, be patient and good.
Dear Mama will be home
Until then let’s smile at the sun and moon
She’ll be with us forever soon

Père, où est ma chère Maman ?
Demande le petit les larmes aux yeux.
Papa ne peut lui dire la vérité,
Que sa maman est allée travailler loin d'ici
Afin de leur offrir une vie meilleure, leur épargner toutes ces souffrances.

Qu'elle a mis son bonheur de côté pour quelques centimes de dollars.
Malgré le manque de tout, d'abri, de nourriture, les vêtements en lambeaux
Nous vivions une vie simple mais heureuse, emplie d'amour, ensemble.

Ne pleure pas mon enfant, sois sage et patient
Ta chère Maman reviendra
En attendant, souris au soleil et à la lune
Bientôt, elle sera avec nous pour toujours.

Members and volunteers of HOME hold a solidarity event for a detained Filipino domestic worker in Indonesia. Photo from the Facebook page of HOME

Des membres et des bénévoles de HOME lors d'un rassemblement organisé en solidarité avec une employée de maison philippine emprisonnée en Indonésie. Photo publiée par la page Facebook de HOME.

Le poème de Bhing Navato relate l'expérience de beaucoup de travailleuses domestiques ayant subi des mauvais traitements et cherchant de l'aide auprès de groupes tels que HOME :

When I decided to leave my country,
The hardest part was leaving my family.
When I looked at my children, it broke my heart
My husband’s teary eyes tore me apart.

I arrived here full of hope,
I prayed day by day so I could cope.
With three houses to clean in a week,
Rice and eggs for my meals, it really made me weak.

My sleeping area was inadequate,
Although I had a mattress, a pillow and a blanket.
Beside the fish tank was my place to sleep.
Every night, I told the fish,
You’re lucky, you have a crib.

I almost lost my temper one day
When she came to me with only harsh words to say.
I looked at her and thought this way:
The day will come when I will have my way.

Finally it happened, I finished my contract,
Asked for a transfer, but she wanted to send me back.
I was surprised, it was really unfair
I worked so hard, she didn’t even care.

So I decided to leave without permission,
Running away was my only option.
I went to HOME, they guided me all along,
They helped me in everything, taught me how to be strong.

Lorsque j'ai décidé de quitter mon pays,
Le plus difficile fut de quitter ma famille.
Regarder une dernière fois mes enfants m'a brisé le cœur,
Les yeux pleins de larmes de mon mari m'ont dévastée.

Je suis arrivée ici pleine d'espoir,
J'ai prié tous les jours pour m'en sortir
Mais avec trois maisons à nettoyer par semaine,
Du riz et des œufs comme seul repas, mes forces m'ont vite quittée.

Mon lieu de couchage n'en était pas un,
Bien que je dispose d'un oreiller, d'une couverture et d'un matelas.
Je dormais à côté de l'aquarium,
Et chaque nuit disais au poisson
Tu as de la chance d'avoir un chez-toi.

J'ai failli perdre mon calme un jour
Lorsqu'elle s'en est prise à moi de ses mots durs
Je l'ai regardée et ai pensé
Un jour viendra où je pourrai agir comme je l'entends.

C'est finalement arrivé, mon contrat s'est terminé
J'ai demandé à être changée de maison, mais elle a voulu me renvoyer chez moi
J'étais surprise, c'était tellement injuste
J'avais travaillé si dur, elle n'en a pas fait cas.

J'ai donc décidé de partir sans sa permission,
M'enfuir était ma seule option.
J'ai trouvé HOME, et ils m'ont accompagnée,
M'ont aidée en tout point et m'ont appris à être forte.

Desi, une employée de maison indonésienne elle aussi victime d'abus, a désormais trouvé sa vocation : aider les autres

Though clueless about Singapore when I arrived in 2014, I was filled with hope. But, only a few days into my work, my employer started to abuse me very badly. A friend helped me escaped after seeing the fear in my eyes and black and blue swelling on my face.

HOME took me into their shelter. I was traumatized, frightened and extremely sad. It was a good intention that brought me to work in Singapore and I cannot understand why I was treated so horribly. That was probably why so many people came to help me.

Even though my family is far away, I have many friends who are very supportive. I don’t have to be embarrassed about my mistreatment because I have done nothing wrong. Now I have found a new dream, a mission in life: helping others. But first, I have helped myself.

Je ne connaissais rien de Singapour en y arrivant en 2014, mais j'étais pleine d'espoir. Quelques jours seulement après le début de mon contrat, mon employeur a commencé à me violenter. Un ami m'a aidée à m'échapper après avoir lu la peur dans mes yeux et constaté les bleus apparus sur mon visage.

HOME m'a abritée et protégée. J'étais traumatisée, terrorisée et extrêmement triste. J'étais venue travailler à Singapour pleine de bonnes intentions, et je n'arrive pas à comprendre la raison pour laquelle j'ai été si mal traitée. C'est probablement ce pourquoi tant de gens m'ont aidée.

Bien que ma famille se trouve à des centaines de kilomètres, je bénéficie du soutien de nombreux amis. Je n'ai pas à avoir honte des mauvais traitements que l'on m'a fait subir car je n'ai rien fait de mal. J'ai à présent un nouveau rêve, un but dans la vie : aider les autres. Mais avant d'en arriver là, j'ai d'abord dû venir à mon propre secours.

Ce poème de Rosita Madrid Sanchez illustre le sort de ces domestiques qui apprennent petit à petit à faire valoir leurs droits :

As a foreign domestic worker, I have been away for 7 years, and within these years, I have been blindfolded myself. My rights were taken away by my employers and they took away the real me. I just let it go for the sake of earning dollars to send home for my kids.

I can’t be happy, I can’t be sad, I can’t feel the feeling of being a mother because I don’t have the rights to feel so. But you as an employer, do you feel the sadness when you are away from your kids, when you go overseas for work? Do you feel that from hearing the voice of your kids you will know if they are ok? How about me? I am a mother too, I am also human. I can feel these feelings, I can feel all that you can.

But starting this day, I am standing for myself. I am standing for my kids and I am standing for their future, for my future. Stop discrimination. Stop being blindfolded.

Travaillant en tant que domestique à l'étranger, j'ai été loin de mon pays durant 7 ans, et toutes ces années, j'ai fermé les yeux. Mes employeurs m'ont déchue de mes droits et ont fait de moi une toute autre personne. Je laissais tout passer pour pouvoir gagner quelques dollars à envoyer à mes enfants restés au pays.

Je ne pouvais pas être heureuse, je ne pouvais pas être triste, je ne pouvais plus ressentir ce que c'était d'être mère, car je n'en avais pas le droit. Mais toi, toi qui m'emploies, ressens-tu de la tristesse lorsque tu es loin de tes enfants, lorsque tu vas travailler à l'étranger ? Penses-tu qu'il te suffit d'entendre leur voix pour t'assurer qu'ils aillent bien ? Et moi alors ? Je suis une mère aussi, je suis humaine comme toi. Je peux ressentir tout ça, je ressens tout ce que tu ressens.

Dorénavant, je relèverai la tête et prendrai ma vie en main. Je me lève pour mes enfants et je me lève pour leur avenir, pour le mien. Les discriminations doivent cesser. Arrêtons de fermer les yeux.

Maria Allen Cellan encourage les travailleurs migrants comme elle à poursuivre leurs rêves :

Whatever our dreams are, we should never stop reminding ourselves why we are in a foreign country, working hard. We should always be thinking about what’s possible for us in our lifetime. I am pretty sure that most of us don’t want to spend the rest of our lives working overseas and away from our families. We need to keep our dream alive in our hearts, even as we are pushed to work harder and harder every day, enduring all the pains caused by work, all the sleepless crying nights, the homesickness, the starvation and even the lack of freedom and dignity for ourselves. All this endurance should not be wasted.

Quels que soient nos rêves, nous ne devrions jamais oublier pourquoi nous sommes dans un pays étranger, à travailler dur. Nous devrions toujours garder à l'esprit les possibilités que la vie nous offre. Il est certain que la plupart d'entre nous ne veulent pas passer le reste de leur vie à travailler loin de chez eux et de leur famille. Nous devons garder vivants nos rêves au fond de nos cœurs, même lorsque nous sommes obligées de travailler de plus en plus dur chaque jour, d'endurer les souffrances dues au travail, toutes ces nuits à rester éveillées et pleurer, le mal du pays, la faim et même la privation de liberté et de dignité. Tous ces sacrifices ne devraient pas être vains.

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