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Quel sera le sort des enfants et des jeunes impliqués dans le conflit armé en Colombie ?

Captura de pantalla de video “Por Una Paz Con Oportunidades Para Los Jóvenes de Colombia” subido el 12 de abril de 2016, por parte de YouTube Joe Espinosa Marmolejo

Capture d'écran de la vidéo Youtube intitulée “Pour une paix qui donne des oppurtunités aux jeunes de Colombie” publiée le 12 avril 2016 par Joe Espinosa Marmolejo.

[Article publié dans sa version originale le 19 septembre 2016. Tous les liens de cet article sont en espagnol.]

Tout est prévu : la signature officielle de l'accord final de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) se fera à Carthagène [nord de la Colombie] le 26 septembre prochain. Cette signature sera la première étape pour mettre fin à un conflit armé qui dure depuis 52 ans. La seconde phase sera le 2 octobre, quand le dernier mot sera donné aux citoyens par les urnes : ils se prononceront sur l'accord de paix par référendum. Pour les Colombiens, ce processus est très important, notamment parce que l'avenir d'enfants et de jeunes est en jeu.

L'alinéa 6 du document de l'accord de paix final décrit la manière dont va se faire le contrôle et l'identification des victimes, le suivi et les mécanismes de mise en oeuvre des dédommagements, avec la “Commission de la mise en oeuvre, du suivi et du contrôle de l'accord final de paix et de la résolution des différents (CSVR)”. Le contrôle et le suivi servent à ce que que les personnes déplacées par le conflit puissent effectivement retourner sur leurs terres, être indemnisées, recevoir des aides, et bénéficier d'un accompagnement psychologique. Ce processus inclut les jeunes, petites filles et petits garçons. D'après le registre des victimes, le nombre de jeunes victimes s'élève à 4 007 136 personnes, incluant assassinats, personnes déplacées, personnes disparues.

Bien que la paix soit en bonne voie, il reste beaucoup de “blessures à vif”. Ceux qui se sont exilés n'ont pas encore pu revenir. Beaucoup refusent le pardon et la réconciliation, malgré les campagnes pédagogiques de sensibilisation, les activités, les discussions et les conférences organisées par les pouvoirs publics et le secteur privé. Un accompagnement est aussi fait dans les institutions éducatives et les administrations publiques, pour toucher des jeunes de différents parcours de vie – y compris ceux qui paraissent apathiques – même lorsque le conflit ne les touche pas directement, puisqu'il fait désormais partie de l'inconscient collectif.

Bien que difficile, la tâche suit sont cours, et se déroule selon ce qui est stipulé dans le document de l'accord final. La Présidence de la République a annoncé sur Twitter que l’UNICEF recevra les mineurs de moins de 15 ans qui sortiront des rangs des FARC dans des foyers transitoires, le temps qu'ils se réinsèrent dans la vie civile. Ainsi, le 10 septembre, 13 enfants (filles et garçons) ont été remis à l'UNICEF, ainsi que le prévoyait la mission du Comité International de la Croix Rouge (CICR).

COMMUNIQUÉ : Le 10 septembre, commencera le processus de retrait des mineurs des campements des FARC.

Les voix du conflit

Pour sa part, Leonard Rentería, un jeune leader du port de Buenaventura, dans le département de la Valle del Cauca, s'est exprimé avec courage lors d'une réunion programmée par l'ex-Président Álvaro Uribe Vélez (le principal opposant à ce processus). Il s'est dit favorable au référendum et à l'accord de paix, expliquant pourquoi il ne voulait plus continuer à vivre dans la guerre :

[…] El territorio de Buenaventura donde la guerra ha sido marcada, donde el paramilitarismo asesinó a 12 jóvenes del barrio en el 2005, masacres que venimos conmemorando a lo largo de 12 ó 20 años […]  Es importante que las comunidades no sigan sufriendo, que sigan siendo envenenadas por el odio. Yo pienso que si algo nos merecemos nosotros es empezar a caminar para construir la paz. Parte de Buenaventura no lo ha visto, porque paramilitares se encargaron de arrasar en lo urbano un sinnúmero de gente joven y de gente que nada tenía que ver sino que simplemente fue víctima de este sistema […]

¿Quiénes son los soldados de las Farc y del Ejército colombiano? Muchachos pobres, empobrecidos… porque los hijos de los ricos no van a la guerra, a la guerra vamos nosotros […] yo soy una víctima directa de la guerra, del conflicto armado, pero a pesar de eso, si yo tengo que darle la mano a los victimarios estoy dispuesto a hacerlo porque creo en el perdón”.

Le territoire de Buenaventura a été très marqué par la guerre. 12 jeunes du quartier ont été assassinés par les paramilitaires en 2005, des massacres que nous commémorons et continuerons à commémorer […] Il est important que les communautés arrêtent de souffrir, qu'elles ne soient plus empoisonnées par la haine. Je pense que s'il y a quelque chose que nous méritons, c'est bien de commencer à travailler pour construire a paix. Il y a toute une partie de Buenaventura qui est invisible, parce que les paramilitaires se sont chargés de vider la ville d'un nombre incalculable de jeunes et, plus largement, de personnes qui n'avaient rien à voir avec tout ça, si ce n'est le fait d'être victimes d'un système.

Qui sont les soldats des FARC et de l'armée colombienne ? Les gens pauvres ou appauvris… Parce que les enfants de riches ne vont pas faire la guerre ; à la guerre, c'est nous qui y sommes […] Je suis une victime directe de la guerre, du conflit armé, mais malgré tout, s'il me faut tendre la main aux bourreaux, je veux bien le faire, car je crois au pardon.

Mais il y a aussi d'autres jeunes qui, sans être des victimes directes, soutiennent le processus de paix. Par exemple, José Antequera Guzmán exprimait son optimisme sur son blog avant l'annonce de la fin de la guerre, en affirmant :

Cada solución de un problema implica un problema nuevo, dijo el activista Saul Alinsky. Teniendo las cosas claras, nadie nos puede negar que celebremos hoy por todo lo que nos ha costado este momento. Yo hoy, sobre todo, celebro que cada día estemos siendo más un solo país. Que Colombia cada día nos parezca menos ajena.

Toute solution à un problème implique la création d'un nouveau problème, disait le militant Saul Alinsky. Que les choses soient claires : personne ne peut nous empêcher de célébrer ce jour, car il nous en à coûté pour arriver jusque là. Aujourd'hui, je célèbre par-dessus tout le fait que, chaque jour, nous nous rapprochions de l'unité du pays. Chaque jour, la Colombie nous paraît moins lointaine.

Et dans sa dernière publication, il exprimait son inclinaison pour le “oui” au référendum :

Vote Si y comienza esta paz o prepárese para poner su cabeza y a la de sus hijos en la incertidumbre y en otras guerras!

Votez “Oui”, et commencez cette paix, ou préparez-vous à mettre votre vie et celle de vos enfants dans l'incertitude d'une nouvelle guerre !

L'appui international au processus

La Colombie n'est pas seule, et les étapes de l'après-conflit seront supervisées au niveau international par la CSVR ; elle pourra aussi compter sur l'aide de l'ONU, non seulement pour la partie politique de vérification des victimes, mais aussi sur le long terme avec des programmes de retour à la vie civile, comme le projet d'aide aux jeunes universitaires Manos a la paz [littéralement, “Mains à la paix”]  qui s'est créé à l'origine dans l'idée de l'après-conflit.

D'autres entités internationales continuent à travailler pour les générations futures, comme l'organisation internationale espagnole Ayuda en Acción [Aide en action] qui a réitéré son appui à l'après-conflit, en accompagnant la vie de jeunes mineurs de moins de 18 ans. L'organisation mentionne, par exemple, le danger que peuvent encore courir certains jeunes et mineurs des zones rurales :

Entre los hechos víctimizantes que más les afectan, se encuentran el reclutamiento, la orfandad a causa del conflicto armado, el desplazamiento forzado, la desaparición forzada, el secuestro, el ser víctimas de minas antipersona (MAP), municiones sin explotar (MUSE) o artefactos explosivos improvisados (AEI), los homicidios, las masacres, el confinamiento, la violencia sexual, y la vulneración de los derechos a la educación y a la salud entre otros.

Dans les faits qui les affectent le plus, on trouve le recrutement, le fait d'avoir été sacrifié à la cause de la lutte armée, le déplacement forcé, la disparition forcée, la séquestration, le fait d'être victime de mines antipersonnel, de munitions non explosées, ou de bombes artisanales, ainsi que les homicides, les massacres, le confinement, les violences sexuelles, les atteintes au droit à l'éducation et à la santé – entre autres.

Les jeunes seront désormais responsables de leur propre destin et auront la possibilité de décider d'un nouveau chemin, après plus de cinq décennies de guerre. Mais les mineurs ne peuvent pas voter. Leurs parents auront donc une responsabilité immense lors du référendum proche : celle de décider pour eux-mêmes et pour leurs enfants.

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