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Le combat d'une mère pour la garde de son fils et contre le sexisme institutionnalisé du Liban

Activists marching to demand Fatima's freedom on November 7, 2016. Photo taken by Whard Sleiman.

Marche pour exiger la libération de Fatima, le 7 novembre 2016. Photo : Whard Sleiman, reproduite avec son autorisation.

Après une semaine passée en prison, Fatima Ali Hamzeh refuse toujours de céder la garde de son fils à son mari, qui a pris une seconde épouse sans vouloir divorcer de la première. C'est lui qui a fait appel à la police, qui s'est empressée d'arrêter Fatima, une institutrice, lorsqu'elle a “enfreint la loi” en disant qu'elle ne renoncerait pas à la garde de leur enfant.

Le 5 novembre 2016, des  femmes et des hommes ont marché ensemble à travers Beyrouth pour exiger la remise en liberté de Fatima.

Rahal, qui enseigne dans la même école que Fatima, a dit à Global Voices que celle-ci rentrait de l'école lorsqu'elle a trouvé son mari qui l'attendait avec la police à leur maison :

Quand elle est arrivée chez elle avec le bus scolaire ce jour-là, son mari l'attendait avec la police pour la faire arrêter.

Deux jours après la manifestation, Fatima a été libérée sous caution, dans l'attente de son procès. L'organisation “Protecting Lebanese Women” (PLW, ‘Protection des Femmes libanaises’) a filmé sa remise en liberté et publié les images sur Facebook, où elles ont été vues plus de 37.000 fois. Dans la vidéo, Fatima dit à l'assistance : “A présent j'ai lancé une révolution contre l'oppression des femmes. Ma cause est celle de toutes les femmes”.

Fatima and her son Ali. Photo by 'Protecting Lebanese Women' on Facebook.

Fatima et son fils Ali. Photo “Protecting Lebanese Women”sur Facebook.

La cause de Fatima, c'est la réforme des lois du statut personnel au Liban. Comme l’expliquait Human Rights Watch en 2015 :

Les lois du statut personnel du Liban basées sur la religion discriminent les femmes au-delà du spectre religieux et ne garantissent pas leurs droits fondamentaux […] Le Liban a 15 lois différentes de statut personnel pour ses religions reconnues mais pas de code civil traitant des questions comme le divorce, les droits de propriété, ou la garde des enfants. Ces lois sont administrées par des tribunaux religieux autonomes avec peu ou aucune supervision de l'Etat, et souvent une jurisprudence portant atteinte aux droits humains des femmes.

Le cas de Fatima n'est que le plus récent exemple de l'effet que peuvent avoir de telles lois sur les gens ordinaires. Son fils Ali a quatre ans. Elle était “supposée” renoncer à son droit de garde quand il a atteint deux ans, mais elle a refusé et continue à refuser de le laisser partir jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge adulte.

Balsam Haidar, une collègue de Fatima à l'école, a dit à Global Voices qu'elle souffre depuis quatre ans :

Elle a été en même temps une mère et un père. Elle élève son fils et pourvoit à tous ses besoins, son père ne donne pas un sou pour lui.

En réaction, une manifestation a été organisée par PLW, et a attiré des centaines de Libanais réclamant des réformes.

Une des organisatrices, Nadyn Jouny, a dit à Global Voices que la manifestation a drainé plus de monde que prévu :

Après quatre ans de souffrances et d'impossibilité de voir mon fils, voici la première année où je peux crier et élever la voix. J'avais assez de force en moi pour Iaisser sortir toute la douleur en moi dans un cri. Pendant une seconde, j'ai levé la tête pour voir Ie contact des autres avec moi, et j'ai été étonnée de voir le nombre de femmes pleurant douloureusement devant mes yeux.

Nadyn Jouny a répété un des slogans de la manifestation : “Nous ne renoncerons pas !” ajoutant :

Toutes les larmes que nous avons versées se changeront en espoir, dans les yeux de ma mère, de mes frères et soeurs, de tous ceux et celles qui luttent pour cette cause, et notamment mon fils Karam.

Une autre militante féministe qui défend les droits des femmes depuis des années, a expliqué en quoi cette manifestation était spéciale : 

Je pense que cette manifestation était une des plus importantes pour les droits des femmes au Liban, car elle a été organisée et menée par des femmes chiites, et menée par des femmes qui ont été exclues de la scène militante au Liban.

La jeune militante ajoute :

Pour la première fois, on a vu des femmes et des hommes parler de patriarcat comme jamais avant. On a entendu des femmes et hommes défendre les droits des femmes, et parler de la façon dont la religion a empêché les femmes d'obtenir leurs droits.

Des sources proches de l'affaire ont dit à mercredi 16 novembre à Global Voices qu'il devrait y avoir un accord à l'amiable entre les parties :

Demain, jeudi 17 novembre, Fatima retrouvera son mari au tribunal, et les juges ont proposé une “conciliation”.

Global Voices a appris que Fatima serait prête à renoncer à ses droits pécuniaires après avoir divorcé, pour garder son fils. Ce qui revient, dit la source, à un chantage car cela exempte son mari de ses responsabilités envers elle et leur fils.

Une autre source, qui a également préféré garder l'anonymat, a dit à Global Voices que Fatima a demandé une toute petite pension alimentaire, puisqu'elle s'est chargée de toutes les dépenses depuis plusieurs années. et d'ajouter :

Pourquoi le père ne prend-il pas soin de son fils ?… Il lui suffit de pleurer dans une émission télé et de dire qu'il lui manque ?

Le tribunal ne s'est pas prononcé sur les dépenses du couple depuis 2015. Au long des années, d'ailleurs, il a ignoré les diverses requêtes de Fatima.

Ça l'a laissée déboussolée, ne sachant pas si elle obtiendra ou non le divorce. Exactement ce que son mari voulait qu'elle soit.

Au moment de l'écriture de cet article, la première audition de Fatima a été fixée. Selon sa soeur :

A l'audience d'aujourd'hui qui devait porter sur la conciliation, ni Fatima ni son mari n'étaient présents. Seuls leurs avocats étaient au tribunal. L'audience a été reportée à jeudi prochain, et Fatima et son mari y sont attendus pour trouver une solution définitive. Aujourd'hui, cependant, l'avocat du mari a proposé une solution au litige portant uniquement sur la partie en rapport avec l'enfant, tandisque l'avocate de Fatima (sa soeur Fadia Hamza) a demandé que le conflit soit résolu complètement, y compris la partie en rapport avec la responsabilité du père dans la prise en charge des dépenses de la mère et de l'enfant. L'avocat du père a demandé que le garçon passe trois jours par semaine avec le père et quatre avec la mère, alors que le juge a proposé que l'enfant passe cinq jours avec la mère et deux avec le père. Mais la mère estime que le garçon serait désorienté si cette solution était mise en oeuvre, surtout qu'il doit aller à l'école.

On ignore encore les prochains développements de l'affaire. Est-ce la renaissance d'un mouvement pour les droits des femmes au Liban ?

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