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Pollution de l'air en Chine : “les autorités se cachent la tête dans le smog”

Protesters put masks on statues outside the World Financial Center in Chengdu to protest against toxic smog in the city. Image from Twitterer @caichu88

Des protestataires mettent des masques à des statues devant le World Financial Center de Chengdu pour protester contre le brouillard toxique qui enveloppe la ville. Photo sur Twitter via @caichu88

Une bonne douzaine de villes de Chine du nord suffoquent sous le smog depuis la fin novembre. La concentration en particules fines, ou PM 2,5, dans l'air ces deux dernières semaines dépasse 300 microgrammes par mètre cube (µg/m³), et même 500 μg/㎥ à certains endroits. Une telle densité de polluants est dangereuse pour la santé humaine et peut provoquer des maladies pulmonaires : emphysème, cancer des poumons, voire des décès prématurés chez des individus présentant des pathologies cardiaques ou respiratoires préexistantes.

Le 15 décembre, le Ministère de la Protection de l'environnement a recommandé à 23 villes de tout le pays d’émettre une alerte rouge à la pollution atmosphérique. La municipalité de Pékin a été la première à l'appliquer en annonçant une alerte rouge de cinq jours.

Une photo virale prise par une journaliste pékinoise le 16 décembre du haut d'un gratte-ciel nouvellement construit de Pékin montre les effets du smog sur la métropole :

Extraordinaire photo de Pékin dans le smog prise du sommet du nouveau building China Zun de CITIC !

Encore plus grave, une récente étude scientifique a trouvé des gènes bactériens de résistance aux antibiotiques dans des échantillons d'air à Pékin en janvier pendant une période de smog. Même si des études complémentaires sont nécessaires pour connaître les conséquences de leur présence, les scientifiques y voient une menace à la santé publique.

Des études ont estimé que la pollution de l'air cause jusqu'à un million de morts prématurées en Chine chaque année. Les responsables de Pékin ont reconnu que la pollution atmosphérique en Chine est la pire du monde, et ont juré de prendre des mesures pour purifier l'air. L'an dernier, Pékin a introduit un système d'alertes, et une des mesures prises depuis début décembre est le déploiement de camions brumisateurs dans les très grandes villes :

Un véhicule anti-smog come on en voit en Chine, mais les spécialistes préviennent que “l'efficacité n'est pas meilleure que celle d'une arroseuse puissante”

La parade des canons brumisateurs est pourtant inefficace et beaucoup n'y voient rien d'autre qu'une mise en scène politique pour la population. La réapparition ces dernières semaines du populaire mème internet “servir le smog au peuple” (喂人民服雾), une déformation phonétique du mot d'ordre du Parti Communiste chinois “servir le peuple” (為人民服務), reflète l'exaspération de la population face à la pollution.

La levée de boucliers dans l'opinion contre la pollution de l'air ces dernières années a échoué à apporter la moindre évolution positive, attisant un mécontentement général. Bien que le problème soit reconnu officiellement et que les autorités s'assurent d'un ciel bleu pendant les grands événements, leurs actions sont vues comme superficielles.

Une récente étude menée par une équipe chinoise locale de recherche a établi qu'après les mesures temporaires prises par des exécutifs locaux telles que fermeture d'usines et restrictions à la circulation automobile pour créer des ciels dégagés lors d'événements politiques, les niveaux de pollution non seulement rebondissaient rapidement ensuite, mais montaient même plus haut qu'avant.

L'alerte rouge oblige les villes concernées à instaurer une batterie similaire de mesures temporaires : interruptions des chantiers de bâtiment et travaux publics, restrictions de circulation automobile et fermeture d'usines, ressenties par les gens comme perturbant leur vie quotidienne sans pour autant s'attaquer aux causes de la pollution.

En réalité, les autorités traitent souvent les efforts pour creuser les causes du smog toxique en perturbation de l'harmonie sociale, comme le montre la répression contre les citoyens qui tentent de sensibiliser l'opinion au problème à Chengdu, la métropole de la province du Sichuan.

On trouve ci-dessous une brève description de ce que fait la société civile, par le journaliste-citoyen basé aux USA @caichu88 :

La génération post-90s de Chengdu a manifesté le 8 décembre devant le World Finance Center de Chengdu. Récemment, Chengdu a été pollué par le smog et les post-90s [les moins de trente ans, NdT] ont manifesté devant le centre financier, exigeant que les autorités s'attaquent au problème. Depuis le 6 décembre, un message est devenu viral parmi les habitants de Chengdu sur les réseaux sociaux : Chengdu piégé dans le brouillard. Nous enterrons nos têtes dans le smog. Merdde à l'usine chimique de para-xylène (PX) de Pangzhou, qui transforme Chengdu en ville empoisonnée.

En 2013, les habitants de Chengdu avaient manifesté contre la phase deux d'extension d'une usine chimique à Pangzhou, mais en vain. Depuis l'extension, Chengdu subit depuis juillet 2015 les fumées noires en provenance de la zone industrielle de l'usine chimique. Le projet vient d'entrer dans sa phase trois de développement.

Au lieu de répondre aux inquiétudes du public à Chengdu, le gouvernement a déployé la police anti-émeutes pour faire cesser la contestation, et des internautes qui avaient mis en ligne des affiches de protestation sur les médias sociaux ont été placés en garde à vue. Sur WeChat, toutes les discussions sur le problème de smog de Chengdu ont été effacées. Les autorités auraient ordonné aux médecins des hôpitaux de Chengdu de n'établir aucun lien entre le smog et les maladies.

L'utilisateur de Twitter @xiucai1911 s'est moqué des méthodes des autorités pour traiter le problème du smog :

Nouvelle version de la politique de l'autruche : “Rapport au chef : Le problème du smog est résolu !” “Bravo ! Comment vous y êtes-vous pris ?” “Nous avons effacé tous les messages sur le smog, interdit le port de masques et arrêté ceux qui écrivaient sur le smog !”

Après le lancement de l'alerte rouge le 15 décembre, les médias traditionnels ont multiplié les articles sur le smog et les conseils de santé afférents. Toute discussion sur les origines dudit smog reste pourtant bannie.

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