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Identité usurpée ? La réputation du Kirghizistan ternie par l'attaque de la boîte de nuit d'Istanbul (39 morts)

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Copyright Moyan Brenn. Creative commons.

Le 31 décembre 2016, un tireur isolé a tué 39 personnes dans le club privé Reina d'Istanbul, en Turquie. Le 28 juin 2016, des hommes armés avaient tué 45 personnes dans l'aéroport Ataturk, le plus grand d'Istanbul. Dans les deux cas des citoyens du Kirgizistan, pays d'Asie Centrale, ont été mis en cause par les médias citant la police turque ou d'autres sources gouvernementales après les assauts.

Dans le cas de l'attaque du Reina, revendiquée par le groupe Etat Islamique connu pour ses tactiques militaires ultra-violentes dans certaines parties de Syrie et d'Irak, un citoyen kirghize a déjà été innocenté par les autorités tant kirghizes que turques.

Mais son nom et sa photo de passeport avaient eu le temps de parcourir l'internet après que les médias traditionnels turcs l'eurent identifié comme étant l'assaillant.

Dans un entretien avec la principale agence de presse privée du Kirghizistan AKIpress, Iakhe Mashrapov a affirmé “ne pas être un extrémiste ni un terroriste”, mais un commerçant travaillant entre le plus grand marché de ce pays ex-soviétique et Istanbul.

Aux dires de Mashrapov, il était au Kirghizistan au moment de l'attaque, parti pour Istanbul le 1er janvier et rentré — après son interrogatoire par les autorités turques — le 3. Des arrêts sur image des caméras de surveillance du présumé tireur du Reina diffusées par les médias turcs se lui ressemblent guère et on ignore comment sa photo de passeport est entrée en possession de ces organes de presse.

Le possesseur d'un passeport kirghize identifié comme appartenant à l'assaillant du night-club d'Istanbul dit “erreur, ce n'est pas moi”

Entre temps, le Comité d'Etat de la Sécurité Nationale du Kirghizistan (GKNB) a indiqué qu'il pensait que l'assaillant était d'origine chinoise.

Il n'y a pas de preuve. Mais la confusion autour de la véritable identité de l'assaillant n'est pas sans rappeler celle qui a suivi un attentat contre l'ambassade de Chine au Kirghizistan même en septembre.

Le site web centré sur la région Eurasianet.org a rendu compte des complexités de l'enquête sur cette affaire.

[Le kamikaze était un] “membre non identifié des groupes terroristes ouïghours, un individu d'ethnie ouïghoure, qui utilisait un passeport d'un citoyen du Tadjikistan. Il s'est fait exploser le 30 août à l'ambassade de Chine au Kirghizistan. Selon les témoins et les complices de l'attentat, il parlait ouïghour et chinois”, a indiqué le GKNB dans une déclaration.

La véritable identité de la bombe [humaine] porteur d'un passeport tadjik au nom de Zoïr Khalilov reste donc un mystère.

Alors que la plupart des [autres] suspects faisaient l'objet d'avis de recherche du GKNB avec des photos de type passeport, l'homme au volant de la voiture qui a franchi le portail de l'ambassade avant de se faire exploser n'est montré que par une image de caméra de surveillance de l'aéroport.

Cet homme, quant à lui, opérait, a-t-on dit, sous les ordres de Sirojiddin Mukhtarov (aussi connu sous le nom de guerre Abou Saloh), un djihadiste en Syrie qui est apparemment aujourd'hui le chef d'un groupe insurgé affilié au front Al-Nosra.

Le GKNB identifie Mukhtarov comme étant un ressortissant kirghize d'ethnie ouïghoure (en ajoutant à la confusion avec la précision qu'il est signalé comme étant d'ethnie ouzbèque dans la zone correspondante de son passeport). Selon un article de RFE/RL de 2015, ses textes sur YouTube sont en ouzbek (deux langues sont très proches mais pas identiques). Comment le GKNB a-t-il établi le lien entre Mukhtarov et le kamikaze ? On l'ignore.

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A la suite de l’attaque à l'aéroport d'Istanbul du 28 juin, les médias occidentaux, et les médias turcs citant les sources officielles avaient déclaré l'implication de ressortissants kirghizes, ouzbeks et russes. Une information qui avait fait le tour du monde.

L'implication de nationaux kirghizes dans les deux attaques n'est évidemment pas à exclure. Les citoyens kirghizes entrent en Turquie sans visa, et selon les services de sécurité locaux, des centaines auraient fait étape en Turquie (arrivant généralement d'aéroports russes) pour entrer en Syrie afin de combattre avec les groupes rebelles dont l'EI.

Mais comme le notait un article écrit par Uran Botobekov pour le magazine the Diplomat, les autorités turques n'ont pas publié la liste définitive des noms avec les nationalités des commanditaires et exécutants de l'attaque de l'aéroport.

Les journalistes et observateurs sont donc restés dans le doute sur l'existence ou non de preuves décisives dans les pistes d'enquête originelles dont les médias ont amplement fait état :

D'après leurs noms, les individus appréhendés sont d'origine tchétchène ou dargin (un peuple du Caucase, NdT). Une source au ministère kirghize des Affaires étrangères a dit au The Diplomat qu'il se peut que certains d'entre eux soient des citoyens kirghizes de nationalité tchétchène. La police turque n'a pas donné d'information puisqu'il n'y avait pas de nom kirghize sur la liste, mais tous les citoyens kirghizes ne sont pas d'ethnie kirghize. Les wahhabites d'Asie Centrale et du Nord-Caucase ont les mêmes racines, et ce n'est pas un secret qu'il y a des Tchétchènes qui vivent au Kirghizistan, dont certains sont fortement engagés dans des groupes radicaux.

Ce même article citait un étudiant kirghize vivant en Turquie qui disait se sentir de plus en plus objet de soupçons depuis l'attaque de juillet contre l'aéroport :

Nous sommes inquiets depuis les attaques à l'aéroport international et nos amis, professeurs, voisins, employeurs turcs ont commencé à nous regarder avec suspicion… Je me sens dans un pays inamical et bizarre. On sent une atmosphère de phobie. Ça nous fait peur.

Deux aspects concentrent l'attention des utilisateurs de médias sociaux [khirgizes] depuis que les articles des médias ont mis l'accent, le 2 janvier, sur l'implication possible d'un ressortissant kirghize dans l'attaque du Reina.

L'un est la honte ou l'indignation unanimes que le pays figure une fois de plus dans l'actualité pour de mauvaises raisons, et peut-être en l'absence de justification concrète.

L'autre, à ne pas négliger car des nationaux d'Asie Centrale sont de plus en plus liés aux attaques sur le sol turc, est l'apparente aisance avec laquelle un citoyen non-kirghize peut obtenir — vraisemblablement par la corruption — un passeport du Kirghizistan sous une identité inventée, par les services adonnés aux dessous-de-table d'enregistrement national.

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