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Le décret sur l'immigration veut vous faire croire qu'on entre facilement aux États-Unis

Manifestation contre le décret présidentiel sur l'immigration à Boston. Photographie : little celería sur Instagram.

Vendredi dernier, alors que l'encre séchait à peine sur le tristement célèbre décret présidentiel américain sur l'immigration, un groupe de spectateurs regardait le premier épisode de la série brésilienne de Netflix 3% dans une salle de classe de l'Université des Indes occidentales à Trinité et Tobago.

La série imagine un futur dystopique dans lequel les jeunes gens sont soumis à une batterie d'examens appelés « le Processus » dans le but d'établir leur admission à Offshore, un monde paradisiaque auquel seulement 3% des candidats auront accès. Dans un passage en particulier, les candidats sont soumis à un interrogatoire humiliant. Pendant la discussion qui a suivi la projection, une étudiante a déclaré que ce moment lui rappelait sa visite à l'ambassade des États-Unis à Port-of-Spain. Des murmures d'assentiment se sont fait entendre dans toute la pièce, y compris de ma part. Au début de la présidence de G.W. Bush, ma vieille Honda Civic est tombée en panne dans la rue de l'ambassade. Alors que je tentais de rendre ma voiture à la vie, deux Marines sont apparus de nulle part, brandissant des fusils d'assaut et hurlant « Arrêtez ! ». Et tout ça, c'était en dehors de l'ambassade. À l'intérieur, l'atmosphère était presque aussi anxieuse.

Dans tout ce bruit autour du décret présidentiel, ce qui a le plus résonné en moi fut la notion erronée qu'obtenir d'entrer légalement aux États-Unis est facile. En fait, on en bave. Chacun des centaines de visiteurs légitimes refoulés dans les aéroports américains avait déjà subi des interrogatoires stricts et angoissants pour obtenir leurs documents. Comme cela a été signalé depuis longtemps, le processus en place pour les réfugiés est encore plus rigoureux.

Compte-tenu de la popularité des États-Unis, peut-être que la difficulté d'obtenir un visa devrait être évidente. Mais si vous êtes citoyen américain, ou bien citoyen de l'un des pays dispensés de visas, vous n'avez peut-être jamais considéré cette question sous cet angle, même si vous êtes un journaliste couvrant ces événements. Un grand nombre de gens n'auront jamais besoin de demander un visa de leur vie. Cependant, comprendre ce que d'autres traversent pour obtenir le droit d'entrer aux États-Unis me paraît fondamental pour comprendre à quel point ce décret est une exagération néfaste.

Comme chaque pays souverain, les États-Unis ont le droit de contrôler et sécuriser leurs frontières. Mais comme l'a récemment expliqué Ron Nixon dans le New York Times, il existe déjà un système de contrôles robuste auquel les candidats doivent se soumettre bien avant qu'ils ne touchent le sol américain. Rien que la procédure de demande de visa est ardue. Les candidats doivent produire des liasses de documents, dont des relevés de compte, des certificats de police, des preuves de « liens forts » avec leur pays d'origine tels que des certificats de mariage et des titres de propriété, ce qui signifie que les jeunes gens célibataires sont défavorisés dès le début. Il y a ensuite l'interrogatoire prolongé par un officier consulaire. Les demandes de visa sont fréquemment rejetées pour toutes sortes de raisons. Et dans ce cas, l'ambassade américaine ne rembourse pas les cent soixante dollars de frais administratifs, qui dans bien des pays représentent une partie significative du salaire moyen.

À l'arrivée aux États-Unis, même un voyageur plutôt transparent comme moi — citoyenne de Trinité et Tobago portant un nom « qui sonne catholique » et bien plus âgée que la moyenne des passeurs de drogues — est occasionnellement soumis à des questions étranges de la part des services d'immigration. Une fois, pendant une correspondance à Miami en direction de l'Europe, on m'a demandé qui je connaissais aux Pays-Bas, comme si connaître quelqu'un dans un pays était un prérequis pour y voyager. Je frémis en pensant aux questions que l'on doit poser aux citoyens de pays cités dans le décret.

Tous les gens qui ont essayé d'entrer aux États-Unis depuis le week-end dernier par des moyens parfaitement légaux et ont vu leurs vies mises sens dessus dessous à cause du décret sont tout à fait en droit de se sentir mis à l'index et diabolisés. Ces gens ont payé cher leur ticket d'entrée, au sens propre comme au sens figuré. On s'attendrait à ce qu'une administration composée d'hommes d'affaires puissent comprendre ça. Mais en même temps, on sait aussi pourquoi ce n'est pas le cas.

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