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L'opération “Restaurer la démocratie” suscite espoirs et questions dans toute l'Afrique

L'ancien Président gambien Yahya Jammeh, a été contraint de quitter le pouvoir par la CEDEAO. Public Domain photo par la Maison Blanche téléchargée en ligne par l'utilisateur de Wikipedia Alifazal.

L'ancien Président gambien Yahya Jammeh a été contraint de quitter le pouvoir par la CEDEAO. Photo Domaine public de la Maison Blanche mise en ligne par l'utilisateur de Wikipedia Alifazal.

Les internautes se sont félicités de la décision de la Commission économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) d'intervenir en Gambie, pressant le président gambien Yahya Jammeh de s'exiler [fr] après avoir perdu les élections du mois dernier. Encouragés par cette décisions, les Africains critiquent maintenant sur les médias sociaux les autres Commissions régionales pour avoir omis d'écarter du pouvoir d'autres “dictateurs” qui ont longtemps gouverné en Afrique.

Les internautes ont posé des questions embarrassantes à la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), à la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAE) et à l'organe continental de l'Union africaine (UA), entre autres.

Avec “l’Opération restaurer la démocratie” [fr], la CEDEAO a menacé de chasser par la force Yahya Jammeh, l'ancien Président gambien, le forçant à s'exiler [fr]. M. Jammeh, qui a gouverné la Gambie pendant 22 ans, a perdu les élections [fr] le mois dernier [décembre 2016] face à Adama Barrow. Après avoir initialement accepté sa défaite, Jammeh a refusé [fr] plus tard de démissionner, prétextant des irrégularités dans le processus électoral.

M. Jammeh a rencontré plusieurs dirigeants [fr] de l'Afrique de l'Ouest, dans une tentative de médiation pacifique [fr] de dernière minute, après une première expiration de l'ultimatum de la CEDEAO. Ils lui ont donné ensuite une dernière chance avant que la CEDEAO dise qu'elle déploierait des troupes de surveillance armées stationnées juste à l'extérieur de la capitale, Banjul, qui le forceraient à renoncer. Enfin, les présidents de Guinée et de Mauritanie ont convaincu M. Jammeh de quitter le pays.

Le nouveau président Adama Barrow est rentré en Gambie le 26 janvier [fr] après avoir prêté serment à l'ambassade de son pays à Dakar, au Sénégal. C'était la première fois qu'un président africain prêtait serment sur un sol étranger.

Suite au succès de la CEDEAO, les Africains ont critiqué les commissions régionales comme la SADC et l'UA pour avoir laissé les présidents burundais Pierre Nkurunziza et Robert Mugabe au Zimbabwe rester au pouvoir. M. Nkurunziza a changé la constitution en 2015 pour lui permettre de rester en fonction pour un troisième mandat, et M. Mugabe, qui est supposé avoir perdu une élection face à Morgan Tsvivangarai, a également conservé le pouvoir.

Sur Twitter, “Sure Kamhunga” a écrit :

La SADC doit utiliser la solution CEDEAO face aux dirigeants refusant la volonté du peuple. Assez caressé dans le sens du poil les egos despotiques au nom de la fraternité

Castro Ngobese a demandé à la SADC de prendre des mesures contre le Président Joseph Kabila en République démocratique du Congo :

La SADC doit passer des paroles aux actes, Kabila de la RDC doit PARTIR. Nous devons applaudir les dirigeants de la CEDEAO pour leur pression intransigeante sur Jammeh pour le forcer à quitter le pouvoir.

Le dernier mandat du Président Kabila était censé se terminer en décembre, mais il est encore en fonction, arguant que les élections ne pouvaient pas se tenir maintenant en raison de problèmes logistiques et financiers. Un accord conclu entre le gouvernement et les partis d'opposition prévoit que les élections auront lieu à la fin de 2017 et que M. Kabila démissionnera par la suite [fr] (un an après la fin de son second mandat).

“Zimbabwean Patriot!” a partagé une caricature montrant la SADC et le président zimbabwéen Mugabe :

SADC nous ne voulons pas ce type de pression en 2018. Regardez la CEDEAO. @SADC_News. Prenez exemple sur la Gambie !

Certains Africains suggèrent même que le prochain président de l'Union Africaine devrait venir de l'Afrique de l'Ouest. Muhereza Allan a écrit :

Je suis maintenant d'accord pour dire que le prochain président de l'@UnionAfricaine devrait venir de l'Afrique de l'Ouest. Bravo CEDEAO et Gambie

L'UA élira son prochain président à la fin du mois de janvier.

La CEDEAO donne une leçon à l'CEEAC et à la SADC

Se référant aux élections contestées de 2008 au Zimbabwe, McIntosh Polela a écrit :

La CEDEAO fait en Gambie ce que l'inefficace SADC aurait dû faire quand Mugabe a perdu une élection et a tué des citoyens pour forcer l'accord de partage du pouvoir

Après les élections de 2008 au Zimbabwe, des négociations menées par la SADC ont abouti [fr] à un gouvernement d'union, dans lequel M. Mugabe est resté président et le principal candidat de l'opposition, M. Morgan Tsvangirai, a été Premier ministre.

Waiswa Batambuze voudrait que le renforcement des institutions régionales soit une priorité :

Je pense que pour parler d'une Afrique unie, nous devons d'abord créer et renforcer les réseaux d'institutions régionales comme la CEDEAO, la SADC, etc.

David Lewis a observé :

Les gens de mes réseaux en dehors de l'Afrique de l'Ouest, surtout en Afrique centrale, regardent la CEDEAO + son énergique approche du cas Jammeh en Gambie avec beaucoup d'envie

Ilunga Ntengu a souligné que les pays d'Afrique orientale et australe doivent surveiller les événements en Gambie :

La CEDEAO donne une leçon à l'EAC et à la SADC; l'Ouganda, le Burundi, la RD Congo, le Zimbabwe, le Soudan, le Congo, l'Angola doivent surveiller ce développement de près.

“La CEDEAO et la SADC sont deux organisations africaines très différentes”

Malgré le soutien énergique de la CEDEAO, le ministre zimbabwéen de l'Enseignement supérieur, Jonathan Moyo, partisan de Robert Mugabe, 92 ans, au pouvoir depuis 1980, a estimé que la prestation de serment du président gambien Adama Barrow au Sénégal était un cirque et constituait un embarras:

Absolument non. Je le répète. C'est un cirque et un embarras de voir un président prêter serment dans un pays étranger et c'est un mauvais précédent.

Chris Danga lui a rétorqué :

La CEDEAO est une organisation dynamique contrairement à notre SADC sans dent. Certains d'entre vous auraient dû partir en 2008

Tout en reconnaissant la validité de la comparaison entre les organisations régionales, le blogueur du Zimbabwe Takura Zhangazha a noté que le contexte était important :

Ce qui est néanmoins à prendre en considération, c'est que la CEDEAO et la SADC sont deux organisations inter-gouvernementales africaines très différentes. Non seulement en raison de leur évolution historique, mais aussi du fait qu'elles ont toujours eu tendance à agir différemment sur la scène continentale, surtout après leur réforme au début des années 90, la CEDEAO en 1993 et ​​la SADC en 1992 pour les rendre beaucoup plus formelles et plus préoccupées par les affaires des Etats membres. Surtout lorsqu'il s'agit de leurs économies et de leurs échanges commerciaux respectifs.

Zhangazha a poursuivi :

Mais heureusement, la CEDEAO et la SADC sont issues de la même matrice panafricaine. Elles ont cependant tendance à agir différemment et ont une histoire différente dans l'interaction avec les puissances mondiales. La SADC, ayant son origine dans l'ère de la lutte de libération des pays de la ligne de front, a une histoire de solidarité entre les mouvements de libération et n'a jamais voulu l'abandonner face au mastodonte régional qu'était l'apartheid en Afrique du Sud.

La CEDEAO étant constituée de pays membres qui ont connu de plus longues périodes d'indépendance nationale et qui ont été impliqués dans la Guerre froide, pour le contrôle des ressources naturelles comme le pétrole, ont toujours été plus nuancés et conflictuels dans leurs relations internationales. Les choses ne sont donc pas si simples. Elles ne sont pas non plus aisément excusables ni ne constituent une question de confrontation entre une région africaine et l'autre.

En examinant les leçons que les pays d'Afrique australe peuvent tirer de l'action de la CEDEAO, (professeur à l'université de Cape Town) et Henning Melber (professeur au Département des sciences politiques de l'Université de Pretoria) soulignent que la SADC n'a pas de force militaire. Ils ont également rappelé un peu l'histoire sur les interventions de la SADC :

Le seul cas qui ressemblerait un peu aux événements de Gambie a été l'intervention [fr] de l'Afrique du Sud au Lesotho en septembre 1998. Formellement sous l'égide de la SADC, l'objectif de cette intervention était d'assurer que le dirigeant en place ne soit pas évincé par des forces de l'opposition.

Trois États membres de la SADC sont effectivement intervenus militairement en RDC en août 1998. Des troupes d'Angola, de Namibie et du Zimbabwe ont été déployées, sous l'égide de la SADC. Le but était d'aider le président de l'époque, Laurent Desiré Kabila, contre les rebelles qui avaient envahi l'est du Congo. M. Kabila n'aurait pas pu se maintenir au pouvoir sans le soutien militaire [fr] des trois pays de la SADC.

Les deux interventions étaient controversées au sein de la SADC, puisqu'elles n'étaient pas fondées sur une décision commune des Etats membres. C'était une époque marquée par la rivalité entre le Zimbabwe de Robert Mugabe et l'Afrique du Sud de Nelson Mandela. Cela peut expliquer pourquoi il n'y a pas eu d'intervention militaire similaire depuis.

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