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La légitimité de l'OTAN remise en question

Les pays membres ou partenaires de l'OTAN via wikipédia. CC BY-SA 3.0

Alors que Donald Trump et Angela Merkel ont réaffirmé leur soutien à l'Otan, l'Alliance militaire fait l'objet d'une défiance croissante de part et d'autre de l'Atlantique.

Rien ne va plus pour l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan). Lourdement critiquée par Donald Trump quelques jours seulement avant son investiture à la Maison blanche, l'Alliance transatlantique a subitement retrouvé les grâces du chef de l'État américain à l'occasion de ses premiers pas diplomatiques. A la suite de leur rencontre le 27 janvier, la Première ministre britannique Theresa May a en effet déclaré que le président des États-Unis soutenait « à 100 % l'Otan ».

Un revirement confirmé le lendemain lors de l'entretien téléphonique entre Donald Trump et Angela Merkel, qui ont rappelé en conférence de presse l’« importance fondamentale de l'Otan dans le cadre d'une relation transatlantique plus large et de son rôle pour assurer la paix et la stabilité de notre communauté de l'Atlantique nord ». Preuve de ce réchauffement bilatéral, le président des États-Unis a d'ailleurs indiqué dans un communiqué qu'il recevrait bientôt la chancelière allemande à Washington et qu'il se rendrait au Sommet du G20 en juillet à Hambourg.

Ce que Donald Trump reproche à l'Otan

Attendu au tournant après une campagne aux propos particulièrement corrosifs, Donald Trump semble avoir considérablement modéré ses précédentes déclarations à l'encontre de l'Otan et l'Union européenne. Dans une interview accordée aux magazines Times et Bild, son discours était en effet beaucoup plus critique. « [L'UE] est en réalité un instrument au service de l'Allemagne. C'est pourquoi je pense que le Royaume-Uni a bien fait d'en sortir », affirmait-il mi-janvier.

Concernant l'Otan, il qualifiait l'organisation d’ « obsolète » faute de ne pas avoir su s'adapter à la menace terroriste. Le président américain regrettait également que tous les membres ne s'acquittaient pas des 2 % de PIB fixés en 2014 pour financer les dépenses militaires. « Les membres ne payent pas ce qu'ils doivent régler et nous sommes tout de même censés les protéger. Je pense que c'est très injuste pour les États-Unis », a déclaré Donald Trump.

Des avis partagés en Europe

Les écarts de discours du président américain traduisent la défiance croissante exprimée de toutes parts à l'égard de l'organisation transatlantique. Tandis que 65 % des Italiens et des Polonais estiment que l'UE a besoin du soutien des États-Unis et de l'Otan pour se protéger des menaces extérieurs, seuls 54 % des Britanniques, 53 % des Français et 48 % des Américains partagent cet avis, d'après un sondage réalisé par l'Ifop auprès de plus de 7 000 personnes en octobre 2016.

Fondée au lendemain de la Seconde guerre mondiale, l'Otan serait un produit de la « guerre froide » appelé à disparaître avec elle, selon Filip Kovacevic, professeur en relations internationales à l'Université de San Francisco.

Cela rendrait possible la réconciliation définitive entre l'Allemagne et la Russie, tout en débouchant sur une politique de stabilité et de prospérité économique à long terme en Europe, estime l'expert. Les partis populistes de plus en plus puissants en Europe plaident explicitement en faveur de la dissolution de l'Otan.

Selon lui, Donald Trump serait lui aussi favorable « au processus de désagrégation de l'Otan qui a déjà commencé ».

L'ouverture contestée vers l'Est

Face à l'ouverture progressive de l'Alliance aux pays de l'Europe de l'Est, qui porte aujourd'hui à 28 le nombre de ses membres, le président américain préfèrerait consacrer plus de dépenses pour renforcer sa propre armée dans le cadre de son plan de « grande reconstruction » militaire. Fin janvier, le congrès américain a d'ailleurs repoussé pour la quatrième fois la ratification du protocole pour l'adhésion du Monténégro à l'Otan.

Autorisé à assister aux réunions de l'organisation depuis le 19 mai 2016, le pays des Balkans devrait logiquement en devenir le 29e membre en 2017. Mais l'intégration tant souhaitée par les dirigeants monténégrins et promise comme un tremplin vers l'entrée dans l'Union européenne semble aujourd'hui marquer le pas. La réticence de la quasi-majorité de la population, les atteintes répétées contre la démocratie et les multiples affaires de corruption qui pèsent sur les responsables du parti majoritaire constituent autant d'arguments qui alimentent la polémique autour de son adhésion.

Coup de froid en Turquie

Le DPS est en effet le seul parti d'Europe à être encore au pouvoir depuis la chute de l'empire soviétique. À sa tête, l'ancien président et premier ministre monténégrin Milo Djukanovic traine une réputation entachée par plusieurs affaires, comme celle des télécoms, de la cassette et du trafic de cigarettes avec la mafia italienne.

Dans leur majorité, les citoyens veulent s'intégrer à l'UE comme l'avaient fait des pays prospères comme Malte ou l'Autriche, et pas dans l'Otan,

affirme Marko Milacic, leader d'un mouvement d'opposition au Monténégro. L'essoufflement autour de l'Otan concerne également la Turquie, deuxième plus grande armée de l'Alliance, qui depuis six mois coopérerait davantage avec la Russie. Samil Tayyar, député du parti au pouvoir (AKP), a même qualifié l'Otan d’ « organisation terroriste […] qui menace la Turquie ». À ce jour, aucun officiel de l'AKP n'a contredit cette attaque cinglante contre l'Otan.

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