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La crise du Burundi s'éternise, les voix dissidentes sont réduites au silence

Des Burundais et amis du pays à Nairobi, Kenya, manifestent contre le troisième mandat du président Nkurunziza. — par Vincent Munga pour Demotix.

Depuis mi-2015, quand le président burundais Pierre Nkurunziza a déclaré son intention de se présenter comme candidat pour un troisième mandat, le gouvernement a été critiqué pour sa répression généralisée contre des insurgés, mais également des manifestants et opposants. Pourtant, en dépit des tensions internationales et un déclin économique, le gouvernement semble avoir consolidé son contrôle à l’intérieur du pays, en muselant les critiques et la société civile qui surveillent la situation.

Des groupes nationaux et internationaux, journalistes, officiels onusiens, et diplomates ont accusé des agents de sécurité et l’Imbonerakure (les jeunes militants du parti au pouvoir) d’avoir commis des crimes, y compris la violence sexuelle et les disparitions forcées, avec une impunité « sans loi ». Beaucoup d’opposants ont fui, surtout des quartiers « contestataires », ce qui a laissé l’opposition exilée divisée ; selon le HCR, la population des refugiés a récemment dépassé les 380.000.

Un rapport en novembre de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et de la Ligue ITEKA, a décrit une oppression politique qui a changé au cours de 2016 de répression publique à violence à « huis clos », telle que les détentions secrètes. Pourtant, les officiels rejettent ces critiques, disant qu’elles sont biaisées et fondées sur les rumeurs.

La tension reste élevée

Selon International Crisis Group, les ex-guérilla, pro-Président Nkurunziza « durs » du parti au pouvoir – qui restaient sceptiques concernant l'accord de paix post-conflit et le partage du pouvoir – ont graduellement pris le contrôle du parti et de l’État, un processus qui a accéléré depuis le coup d’État raté de mai 2015.

Le Président Nkurunziza a récemment indiqué que la constitution pourrait être changée, ce qui lui permettrait de se présenter pour un quatrième mandat. Le journal indépendant Iwacu a rapporté plusieurs réactions, et Jean Minani, porte-parole de la coalition d’opposition le CNARED (le Conseil National pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit), a évoqué la possibilité d’une escalade inquiétante de la confrontation :

Devant  un homme déterminé à enterrer l’Accord d’Arusha et la Constitution pour s’éterniser au pouvoir, il me semble qu’il n’y ait aucun autre choix que celui d’user de tous les moyens pour contrecarrer son plan.

Les médias étouffés

Beaucoup de journalistes et militants ont fui, et certains sont même portés disparus, par exemple, le journaliste Jean Bigirimana a été vu la dernière fois en juillet. RSF a déposé sa pétition, qui demande une enquête approfondie sur la disparition, à l’ambassade burundaise à Paris, sans vraie réponse.

Les journalistes qui restent au Burundi doivent actuellement être enregistrés auprès du Conseil National des Communications pour travailler. Quelques utilisateurs de WhatsApp ont aussi été arrêtés, accusés de diffamation, un incident qui, selon les critiques, fait partie d’une répression de la liberté d’expression.

Plusieurs radios indépendantes sont toujours fermées depuis le putsch raté. Radio Isanganiro a retrouvé les ondes en 2016, mais sous certaines conditions, et une émission participative a été suspendue pour avoir diffusé une chanson en Kirundi célèbrant les droits des journalistes. En décembre, SOS Médias Burundi a aussi relaté qu’un ministre est intervenu pour bloquer la couverture de Radio Isanganiro, d’abord diffusée en Kirundi, des changements juridiques dans les forces armées, apparemment pour des raisons de sécurité.

En décembre, l’organisation Amicale des Musiciens du Burundi a annoncé, approuvé par le Conseil National de la Communication, qu’il avait l’intention de censurer la diffusion des chansons qui « sapent » les efforts pour la paix. Pourtant, le Ministre de la Culture s’y est opposé.

La critique limitée

Des organisations « politisées » de la société civile – surtout du mouvement Halte au troisième mandat – font face aussi à une forte obstruction. Cinq organisations ont été radiées le 19 octobre, y compris la bien connue Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH) pour avoir « perturbé l’ordre et la sûreté » et « terni » l’image du Burundi. Le 24 octobre, l’Union Burundaise des Journalistes et plusieurs organisations des droits humains, incluant la Ligue ITEKA, ont aussi été suspendues.

Le Procureur Général a mis fin aux poursuites judiciaires contre certaines associations, qui enquêtaient sur leur possible « responsabilité dans le mouvement insurrectionnel ». SOS Médias Burundi a pourtant relaté que le représentant d’une des associations n’avait « aucun espoir pour l'indépendance de son organisation ».

L’Assemblée Nationale a aussi adopté une loi pour surveiller étroitement les activités des ONG et contrôler leurs fonds. Ajouté à la fin de la coopération gouvernementale avec la Cour Pénale Internationale et le HCR, tout indique que le gouvernement a continué d’écarter et restreindre les organisations nationales et internationales qui surveillent la situation sur le terrain.

La détermination de contrôler le narratif a aussi touché les écoles. En l’été de 2016, des élèves adolescents ont été arrêtés, accusés d’avoir gribouillé sur l’image du président dans les manuels scolaires. Ceci était critiqué pour avoir transformé de façon disproportionnée une question de discipline scolaire en affaire judiciaire. SOS Médias Burundi avait rapporté le renvoi de plus que 200 élèves d’un lycée et que, jusqu’au 16 juin, « l’affaire gribouillis » avait affecté au moins 580 élèves dans quatre écoles. Le gouverneur régional Emmanuel Niyungeko a affirmé que des punitions dures étaient justifiées parce que les élèves avaient commis une « faute grave », vu que « après dieu, il y a le roi » et « aujourd’hui le roi du Burundi c’est le président ».

Un recensement de l’ethnicité des fonctionnaires avait aussi été annoncé, pour renforcer les quotas des accords post-conflit, qui visaient à garantir que les Hutus et les Tutsis soient bien représentés dans le gouvernement. Pourtant, ils n’étaient pas censés couvrir tous les employés de l’État, et donc certains s’inquiétaient d’un possible biais contre les Tutsis.

Il semble que le gouvernement burundais ait effectivement établi un contrôle autoritaire sur la crise, mais la récente tentative d’assassinat contre Willy Nyamitwe , le Conseiller en Communication du Président, et l’assassinat d’Emmanuel Niyonkuru, le Ministre de l’Environnement, montrent que la sécurité et la paix restent hors de portée.

Alors que la crise politico-sécuritaire perdure, les pénuries alimentaires et lle marasme économique empirent. Une nouvelle séance de pourparlers – jusqu’ici improductifs – est prévue pour le 16 février à Arusha. Patrick Nduwimana, le président de l'ABR (Association Burundaise des Radio-Diffuseurs) a estimé que la question de la liberté réduite de la presse risque d'être éludée. De plus, les opposants restent divisés et le gouvernement inflexible. Pourtant, des gestes de bonne volonté par l’opposition « radicale » et le gouvernement pourraient encore aider à adoucir la tension et s’acheminer vers un compromis productif.

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