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Côte d’Ivoire : la nécessaire réforme de l’armée est en marche

Capture d'écran de la caserne à Bouaké, CIV

« Les militaires ont accepté de rentrer dans les casernes et les tirs ont cessé », affirmait une source locale à Bouaké. Une semaine après le début des mutineries dans la ville du centre de la Côte d'Ivoire, les 6 et 7 janvier, les négociations engagées entre le gouvernement et les soldats semblaient avoir abouti. Dans plusieurs villes du pays, les militaires ivoiriens ont provoqué des incidents, tirant des coups de feu en l'air. Leurs revendications : le paiement de primes, des augmentations de solde et une promotion plus rapide entre les grades. « Je confirme mon accord pour la prise en compte des revendications relatives aux primes et à l'amélioration des conditions de vie et de travail des soldats », a déclaré le président ivoirien, Alassane Ouattara.

La question des revendications matérielles de l'armée est récurrente depuis que la Côte d'Ivoire est sortie, en 2011, d'une décennie de guerre civile et de rébellion – une rébellion dont Bouaké était alors la capitale. De cette période troublée l'armée ivoirienne a hérité d'une organisation désormais obsolète.

Aux racines des revendications

Après la tentative de coup d'Etat en 2002, la Côte d'Ivoire a été partagée en deux : la rébellion au Nord, les forces loyales à l'ancien président, Laurent Gbagbo, au Sud. Refusant de reconnaître sa défaite lors de l'élection présidentielle de 2010, ce dernier a plongé le pays dans une crise violente, se soldant par 3 000 morts.

Associées à cette décennie de crise, les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) ont été, depuis, rebaptisées en Forces armées de Côte d'Ivoire (FACI). Un changement de nom bienvenu, mais insuffisant, à lui seul, pour réformer une armée de quelque 22 000 hommes, sans compter les plus de 19 000 gendarmes que compte le pays. « C'est une armée mexicaine qui bouffe du budget », confesse un militaire à la retraite, pointant le fait que plus de 12 000 hommes avaient été intégrés aux corps réguliers de l'armée avant ou après la crise post-électorale de 2010-2011.
Déjà en 2014, les militaires avaient obtenu de meilleurs salaires et conditions d'avancement après de premières manifestations. Conséquence de ces largesses politique, les FACI compteraient aujourd'hui pas moins de 14 000 sous-officiers pour 22 000 militaires. Un sacré déséquilibre, quand on sait qu'au sein d'une armée moderne un sous-officier doit encadrer quatre hommes et un officier, dix.

D'autres mesures, prises dans les années 1990, ont conduit à un vieillissement des effectifs. Les crises successives traversées par le pays ont également détruit les infrastructures et matériels militaires, affaibli la chaîne de commandement, diminué la capacité opérationnelle des forces armées et altéré l'esprit de corps. Enfin, l'Onuci, la force de l'ONU, présente depuis 2004 et dont les effectifs ont compté jusqu'à 10 000 hommes, s'apprête à quitter le pays à l'été 2017. Autant de défis qu'a bien compris le gouvernement d'Alassane Ouattara, en proposant un ambitieux projet de loi de programmation militaire.

Loi de programmation et nouveau « plan Marshall » pour l'armée

Première du genre en Côte d'Ivoire, la loi de programmation militaire a été adoptée le 4 janvier 2016. S'étendant sur la période 2016-2020, le texte entend réformer en profondeur la défense ivoirienne. A terme, l'objectif est d'adapter l'armée aux réalités actuelles du pays.
Le programme est doté à la hauteur des objectifs poursuivis : pas moins de 2 000 milliards de francs CFA (3,8 milliards d'euros) ont ainsi été budgétés d'ici à 2020. Au programme, la modernisation et l'achat d'équipement, mais surtout une refonte des effectifs. Alors que 90% du budget alloué à l'armée est, aujourd'hui, consacré au versement des salaires, il s'agit « d'inverser la pyramide », pour le ministre de la Défense, Alain-Pierre Donwahi. Autrement dit, de faire en sorte que l'armée compte moins de gradés par rapport au nombre de soldats.

Pour répondre aux dernières revendications exprimées par les militaires, le gouvernement Ouattara a adopté plusieurs résolutions améliorant leurs conditions de vie et instaurant un dispositif sécuritaire. Les autorités ivoiriennes ont pris leurs demandes très au sérieux, à en croire Bruno Nabagné Koné, le porte-parole du gouvernement : « Le président a instruit les grands commandements d'initier des rencontres avec toutes les composantes des forces de sécurité du pays afin que leurs conditions de vie soient améliorées ». Tous les arriérés de primes seront payés, selon le ministère de la Défense.

Pour Arthur Banga, chercheur ivoirien spécialiste des questions de défense, « Il y a des efforts qui sont faits par le gouvernement ivoirien en termes d'amélioration du cadre de vie et des moyens des militaires, mais (…) il faut bien comprendre la sociologie de ceux qui manifestent aujourd'hui. Ce sont d’anciens soldats issus des FAFN qui estiment qu'ils ont contribué plus que d'autres à la prise de pouvoir d'Alassane Ouattara et qui aujourd'hui s'estiment mal récompensés au niveau de la rémunération (…). Les officiers issus des Forces nouvelles (…) ont connu une ascension. Il y en a qui sont lieutenants-colonels, colonels, alors que les soldats n'ont pas connu cette ascension-là ». Autant de problématiques auxquelles répond la « nouvelle loi de programmation militaire qui veut justement un nouveau statut pour les nouveaux soldats, qui seront des soldats sous contrat », selon le chercheur.

Quant au départ de l'Onuci, le ministre de la Défense, Alain-Pierre Donwahi, assure que tout est fait pour que « le transfert de compétences se fasse correctement. Nous y sommes tout à fait préparés », soulignant que les FACI ont assuré « avec succès » la sécurité lors du référendum constitutionnel organisé en octobre 2016.

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