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Israël, USA : le soutien mutuel des bâtisseurs de murs a des implications commerciales

Moment de recueillement pour des membres de la communauté érythréenne en Israël le 21 octobre 2015 au parc Levinsky, au sud de Tel Aviv, lors d'une cérémonie commémorative en mémoire d'Habtom Zarhum, demandeur d'asile érythréen abattu par un agent de sécurité israélien dans une gare routière de la ville méridionale de Beer-Sheba après avoir été pris pour un homme ayant attaqué et tué un soldat israélien. Zarhum, roué de coup par une foule en colère après avoir été abattu, ne sera pas officiellement reconnu comme victime de terrorisme.  Source: Oren Ziv/ActiveStills

Le 28 janvier 2017, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exprimé sur Twitter son soutien en faveur du président américain Donald Trump et son projet de construction d'un mur à la frontière mexicaine en déclarant :

Le président Trump a raison. J'ai construit un mur sur la frontière sud d'Israël. Plus aucune immigration clandestine depuis. Grand succès. Grande idée 🇮🇱🇺🇸

Netanyahu ne parlait pas ici du mur sur la frontière avec la Cisjordanie, en violation du droit international selon la Cour internationale de justice et par conséquent officieusement considéré comme le “Mur de l'Apartheid” en arabe (جدار الفصل العنصري) et par les opposants à la politique du gouvernement israélien. Il faisait référence à un autre “mur”: la clôture d'environ 245 kilomètres à la frontière égyptienne, dont le nom de code est “Sablier” ou Sha'on HaHol (שְׁעוֹן הַחוֹל) en hébreu, et dont la construction, débutée le 22 novembre 2010, s'est achevée le 18 janvier 2017.

Le but de ce “mur” dont se vantait Netanyahu ? Empêcher l'entrée des demandeurs d'asile africains.

Comme l'a déclaré le collectif d'actualités israélo-palestinien 972mag dans un article spécial intitulé “Les Demandeurs d'asile en Israël” :

There are tens of thousands of African asylum seekers in Israel, mostly from Eritrea and Sudan. Israel cannot deport nationals from those countries, but is pursuing a string of measures to stop new arrivals and encourage those already here to leave.

Il y a des dizaines de milliers de demandeurs d'asile africains en Israël, qui viennent principalement d'Érythrée et du Soudan. Israël ne peut pas déporter les ressortissants de ces pays mais tente de faire passer une série de mesures visant à mettre un terme aux nouvelles arrivées et encourager ceux qui sont déjà arrivés à repartir.

Israël refuse en effet catégoriquement de même étudier leurs demandes d'asile. Un demandeur d'asile soudanais, qui dit avoir été torturé par le régime soudanais avant de fuir vers Israël via l'Egypte, patiente depuis le 6 décembre 2005 :

I was 17 years old when my village, Smasm, in the South Kordofan province of Sudan’s Nuba Mountains, was attacked. Most members of my family were killed in that horrible attack, which was the beginning of the suffering I have endured until today. I was arrested.

J'avais 17 ans quand Smasm, mon village dans la province du Kordofan du Sud dans les Monts Nouba, a été attaqué. La plupart des membres de ma famille ont été tués lors de cette horrible attaque, qui a marqué le début des souffrances que j'endure toujours. J'ai été arrêté.

Le campement de la “Marche pour la liberté” à la frontière israélo-égyptienne le 29 juin 2014 dans le désert du Néguev en Israël. Des agents de police et de l'immigration arrêtent des demandeurs d'asile africains près de la frontière israélo-égyptienne et les obligent à retourner en prison. Ils avaient marché du centre de détention de Holot, où ils étaient emprisonnés, à la frontière israélo-egyptienne pour protester contre la politique d'immigration d'Israël. Ils en appelaient à l'intervention des Nations Unies et de la Croix Rouge et déclaraient qu'Israël n'étudiait pas leurs demandes d'asile et qu'ils cherchaient donc à quitter le pays. Le groupe a été stoppé par l'armée israélienne et a passé la nuit dans une forêt à quelques centaines de mètres de la frontière. Source: Oren Ziv/ActiveStills.

Le gouvernement israélien propose de l'argent à ces “migrants africains non-désirés” comme les a appelés CNN, et les envoie vers un pays tiers “sûr”, mais deux deux hommes qui ont récemment accepté l'offre ont déclaré à la BBC qu'une fois arrivés, il ont été “abandonnés dès la descente de l'avion. Les trafiquants d'esclaves ont immédiatement mis la main sur l'un deux, et l'autre a dû se débrouiller seul sans papiers.”

Netanyahu a exprimé sur Twitter son soutien en faveur du mur de Trump le lendemain de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, et “l'immigration clandestine” à laquelle il a fait référence concernait en fait des demandeurs d'asile fuyant la violence, l'oppression et parfois le génocide. Comme l'a écrit Asher Schechter pour le quotidien israélien Haaretz :

[…] The sad historical irony that of all nations, the one bragging about his success in turning away survivors of genocides and brutal dictatorships one day after International Holocaust Day is none other than the Prime Minister of Israel. You know, that country that owes its very existence to the plight and suffering of the victims of the greatest genocide in modern history.

[…] quelle triste ironie de l'Histoire que, de tous les pays, celui qui se vante du succès avec lequel il a repoussé des survivants de génocides et de brutales dictatures le lendemain de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste soit le Premier ministre d'Israël. Vous savez, ce pays doit son existence même à la détresse et aux souffrances des victimes du plus grand génocide de l'Histoire moderne.

La rhétorique anti-africaine dans la politique israélienne

Cela nous amène à un aspect majeur mais rarement évoqué à propos de cette clôture, bien qu'assez évident : le fait qu'il ne s'agisse que d'une énième facette de la politique hautement raciale et sectaire d'Israël.

En effet, le but de cette frontière est, comme Asaf Calderon l'a récemment écrit pour 972mag, “simplement d'empêcher les noirs d'entrer clandestinement en Israël.”

Ceci ne devrait surprendre personne étant donnée la prévalence d'une rhétorique anti-africaine dans la politique israélienne. Pour ne citer que quelques exemples, en octobre le 2009, Eli Yishai, alors ministre de l'Intérieur, a dit à la chaîne israélienne Aroutz 2 que les demandeurs d'asile africains “amèneront avec eux quantité de maladies : hépatite, rougeole, tuberculose, le sida et des drogues.” En Mai 2012, Miri Regev, députée Likud à la Knesset et porte-parole de l'Armée de Défense d'Israël (ADF), a déclaré devant une foule de milliers d'Israéliens que les demandeurs d'asile africains “sont un cancer dans notre corps.

En 2013, le député Michael Ben Ari a déclaré devant une foule, un an après avoir aidé à provoquer une émeute dans le quartier d'Hatikva au sud de Tel Aviv :

For three years now women haven't been able to go to the market without getting their handbags stolen. Little girls can't play outside. Young men can't find work. Sudanese, go back to Sudan! Sudanese, go back to Sudan! Sudanese, go back to Sudan!

Depuis maintenant trois ans, les femmes ne peuvent plus aller au marché sans se faire voler leur sac. Les petites filles ne peuvent plus jouer dehors. Les jeunes hommes ne trouvent plus de travail. Soudanais, retournez au Soudan ! Soudanais, retournez au Soudan ! Soudanais, retournez au Soudan !

Un sondage publié par Israel Hayom (Israël Aujourd'hui) en janvier 2014 a révélé que “61,3 pour-cent de juifs israéliens considèrent que le meilleur moyen de s'occuper du récent phénomène d'immigration clandestine depuis l'Afrique est d'envoyer immédiatement les migrants clandestins vers un pays tiers”, et “18,4% supplémentaires pensent qu'ils devraient être renvoyés au camp-prison d'Holot et que ceux qui refusent soient arrêtés.” Le sondage ajoute que “11,6% pensent que l'on devrait donner aux migrants l'opportunité de vivre et travailler en Israël.”

Des demandeurs d'asile africains détenus au camp d'Holot protestent derrière la barrière de la prison pendant que d'autres demandeurs d'asile prennent part à une manifestation à l'extérieur du centre, au sud du désert Néguev en Israël le 17 février 2014. Les manifestants réclamaient la fermeture de la prison et la reconnaissance des droits de réfugiés des demandeurs d'asile africains vivant en Israël. Source: ActiveStills.

A contrario, Israël, en tant qu'unique “Etat juif” au monde, considère que tout fidèle de la foi juive où qu'il se trouve sur le globe mérite automatiquement la nationalité israélienne. Ceci est dû à la Loi du retour de 1950, votée tout juste deux ans après la création de l'Etat d'Israël et la Nakba palestinienne (“catastrophe” en arabe) durant laquelle environ 700 000 palestiniens ont été expulsés de leur maison sur le territoire qui deviendrait Israël.

Sur le site du Ministère des affaires étrangères israélien :

The Law of Return (1950) grants every Jew, wherever he may be, the right to come to Israel as an oleh (a Jew immigrating to Israel) and become an Israeli citizen. For the purposes of this Law, “Jew” means a person who was born of a Jewish mother, or has converted to Judaism and is not a member of another religion.

La Loi du retour (1950) garantit à tout juif, où qu'il soit, le droit de venir en Israël en tant qu’oleh (juif émigrant en Israël) et de devenir un citoyen israélien. Selon cette loi, est considérée comme “juive” toute personne née d'une mère juive ou s'étant convertie au judaïsme et n'étant membre d'aucune autre religion.

Les juifs mexicains à Netanyahu : “vous ne parlez pas en notre nom”

Sans surprise, le tweet de Netanyahu n'est pas très bien passé auprès de nombreux mexicains. Certains parmi les 50 000 membres de la communauté juive se sont montrés particulièrement critiques. Le Comité central des juifs mexicains a condamné la déclaration de Netanyahu dans une lettre ouverte :

La Comunidad Judía de México se deslinda del mensaje del Primer Ministro de Israel, Benjamín Netanyahu, sobre el muro fronterizo. No coincidimos con él en este punto de vista y rechazamos contundentemente su postura. […]

Nos solidarizamos con nuestros conciudadanos que viven, trabajan y aportan en el país vecino, cuyos derechos humanos tiene que ser respetados en todo momento y quienes deben recibir un trato digno.

La Communauté juive mexicaine se désolidarise du message du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu concernant le mur à la frontière. Nous ne sommes pas d'accord avec lui et nous rejetons fermement son discours. […]

Nous sommes solidaires de nos concitoyens qui vivent, travaillent et apportent beaucoup à notre pays voisin ; leurs droits humains doivent être respectés à tout moment et ils doivent être traités avec dignité.

Salomón Chertorivski Woldenberg, actuel ministre du Développement économique de la ville de Mexico et lui-même d'origine juive, a répondu sur Twitter d'abord en espagnol puis avec une traduction anglaise :

Votre tweet idiot est une insulte envers le Mexique, pays dont la solidarité, la tolérance et les opportunités ont accueilli des familles comme la mienne

León Krauze, écrivain et professeur, a soutenu Chertorivski:

En tant que juif mexicain, j'ai honte de ce tweet.

Le chroniqueur Leo Zuckermann s'est montré plus direct en s'adressant directement au président israélien Reuven Rivlin :

@PresidentRuvi: en tant que chef de l'état d'Israël je vous demande, moi mexicain, de rectifier la position du PM @netanyahu à propos d'un mur sur notre frontière.

Et le journaliste Ezra Shabot a déclaré :

Le soutien de Netanyahu en faveur de Trump et du mur témoigne du degré de bassesse atteint par le premier ministre. Honteux.

Le lien entre le mur israélien et celui de Trump n'est pas fortuit. Certains pays, de l'Inde aux USA, ont envoyé des experts en Israël pour étudier la sécurité aux frontières et les nombreux outils technologiques utilisés par Israël pour empêcher l'entrée des demandeurs d'asile africains. En outre, Magal Security Systems, l'entreprise israélienne qui a érigé la frontière israélo-égyptienne, à laquelle le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait référence dans son tweet tristement célèbre, espère construire le futur mur de Donald Trump entre les USA et le Mexique, selon l'agence de presse Bloomberg.

Les relations entre Israël et les experts en sécurité du monde entier n'ont rien de nouveau en soi. En 2002, cinq agents de la police new-yorkaise (NYPD) ont été envoyés en Israël pour être formés aux mesures antiterroristes et en 2012, le NYPD  a ouvert une section dans le Quartier Général de la police du quartier de Sharon à Kfar Saba.

Members of the Eritrean community in Israel mourn on October 21, 2015 in Levinsky park in south Tel Aviv during a memorial ceremony for Eritrean asylum seeker Habtom Zarhum, who was shot by an Israeli security guard at a bus station in the southern city of Beersheba after being mistaken for an assailant in an attack that killed an Israeli soldier. Zarhum, who was kicked by an angry mob after being shot, will not be recognised as an official victim of terrorism. Source: Oren Ziv/ActiveStills

 

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