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Orthodoxie russe ou expulsion des médias sociaux : choisir entre la peste et le choléra ?

Photo: Vitaly Milonov / Vkontakte

Les adversaires de Vitali Milonov, qui est peut-être le plus réactionnaire des conservateurs du parlement russe, ont fait le serment de le bannir de Vkontakte, le réseau social le plus populaire de Russie, sur lequel figure dans l'un de ses statuts une “expression illégale” — “Ορθοδοξία ή θάνατος!” (“L'orthodoxie ou la mort !” en grec).

Selon le site d'information TJournal, la campagne a débuté le week-end dernier sur le site de partage d'images Pikabu, sur lequel un utilisateur du nom de Vselenski a fait remarquer le statut controversé de Milonov sur Vkontakte. Il y a près de sept ans, un tribunal russe avait fait supprimer cette phrase et le ministère de la justice russe l'avait ensuite ajoutée sur la liste noire du gouvernement fédéral des expressions illégales à caractère extrémiste.

Bien que Milonov ait defendu l'utilisation de ce slogan comme une preuve de son engagement solennel envers l’Église orthodoxe russe (u sens de : “L'orthodoxie sinon je préfère mourir !”), le pouvoir judiciaire a décrété que la phrase pourrait être interprétée comme une menace envers ceux se trouvant en rupture avec l’Église, quelque chose de semblable à “Adoptez la foi orthodoxe ou mourrez !”.

Fervent conservateur religieux, Milonov s'était déjà fait remarquer par l'usage de cette expression lors de sa campagne politique suite à laquelle deux militants de l'opposition ont été condamnés à une amende pour avoir partagé des photos de Milonov vêtu d'un t-shirt arborant le même slogan. Milonov est également considéré comme l'instigateur principal de l'interdiction de la prétendue “propagande gay” à Saint-Petersbourg qui a par la suite servi de justification pour une mesure similaire instituée au niveau fédéral. Aux yeux de ses critiques, les efforts de Milonov visant à faire taire les homosexuels rendent sa provocation à exprimer ses positions religieuses extrémistes d'autant plus frustrante.

En novembre 2016, Dmitry Semenov, ancien candidat de la Douma d'État (la chambre basse du parlement russe) pour le groupe de l'opposition Russie Ouverte a été condamné à payer une amende de 1.000 roubles (environ 17 euros) pour avoir partagé la photo en question deux ans auparavant. La police locale en est même venue à convoquer Semenov pour l'interroger. Des agents fédéraux ont soit-disant découvert son infraction lors d'un balayage aléatoire des médias sociaux, néanmoins certains militants suspectent que la police cherchait à tout prix une excuse pour harceler un membre de Russie Ouverte.

Dans un renversement kafkaïen, un tribunal russe a condamné cinq mois plus tard un autre militant pour avoir partagé le slogan illégal de Milonov, bien que cette fois uniquement sur la base d'une photo de Milonov portant le t-shirt qui avait fait tant controverse en décembre 2013.

Dmitri Pankov, un militant basé en Tchouvachie, avait été blanchi, mais en mars 2017 il a publié un article sur son acquittement. L'article contenait le slogan “L'orthodoxie ou la mort !”, provoquant ainsi de nouvelles accusations à son encontre. Cette fois-ci un tribunal tchouvache l'a reconnu coupable de promouvoir du contenu extrémiste, une décision de justice s'opposant pourtant au verdict précédent.

En réponse au message de Vselenski posté sur Pikabu le weekend dernier, l'utilisateur “Skallpill” a soutenu qu'il avait déjà déposé une plainte au ministre de la justice concernant le status Vkontakte de Milonov apparemment visible depuis un certain temps.

Skallpill a également mis en ligne des photos d'une lettre du procureur de la République reçue en décembre dernier et énonçant que seul l'usage de la version russe de la phrase “L'orthodoxie ou la mort !” est illégale en Russie. Autrement dit, il semble que Milonov ait judicieusement exploité une faille du système juridique russe en utilisant le grec dans le but de contourner l'interdiction du dit slogan.

Selon la lettre, les procureurs d'État ont également fait preuve d'une volonté inhabituelle de prendre en compte les raisons pour lesquelles Milonov a utilisé ce slogan. “Il explique”, stipule la lettre, “que la signification de la phrase en russe est selon lui complètement différente de celle qui fut jugée extrémiste au tribunal. […] Selon Vitali Milonov, l'expression signifie que ‘en-dehors du respect des normes et commandements de l’Église chrétienne orthodoxe, selon lui on ne peut pas vivre’, et il n'avait aucunement l'intention d'inciter à la haine ou à une quelconque hostilité.”

Furieux de ce qu'il décrivent comme un traitement de faveur de la part des autorités russes de maintien de l'ordre, les utilisateurs de la plateforme Pikabu se sont juré de saisir Vkontakte du problème, en espérant réussir à faire suspendre le compte de Milonov pour “diffusion d'idées extrémistes”. Selon TJournal, le personnel de Vkontacte continuent à enquêter sur la question.

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