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Au Paraguay, les manifestations continuent et se heurtent aux vieux démons d'un passé récent

Photographie de Male Bogado publiée originalement dans le média DX et utilisée ici avec autorisation.

Cet article a été conçu avec la collaboration de Osmar Cáceres, du média DX

[Article d'origine publié le 3 avril sur Global Voices en espagnol] Deux jours après le saccage et incendie du Congrès qui a mis le Paraguay au centre de l'actualité internationale, le pays fait le bilan des dégâts, parle de la fragilité de la démocratie dans le pays, de l'amendement constitutionnel qui a provoqué les faits et on observe avec préoccupation la répression qui rappelle de douloureux souvenirs de la dictature stroniste (1954-1989).

L'amendement (#Enmienda)

Ce qui a précipité les gens dans la rue, c'est le vote lors d'une séance parlementaire parallèle et secrète d'un amendement qui permettrait de réélire le président Horacio Cartes après 2018. La réforme revient sur un amendement à la constitution paraguayenne lors du retour à la démocratie dans les années 90, qui ne permet de réélire ni le président, ni le vice-président, “d'aucune façon”. Pour beaucoup, cela serait le premier pas à l'enracinement d'un gouvernement déjà considéré comme autoritaire et ne s'intéressant guère à la partie la plus vulnérable de la population :

Cartes quand vas-tu comprendre que le Paraguay n'est pas une des tes entreprises ? Le Paraguay ne t'appartient pas, il appartient à tous, imbécile #Amendement

Image: Le congrès du Paraguay a brûlé.
Suite à une session parallèle de sénateurs pour approuver l'amendement sur la réélection, des manifestants ont mis le feu au bâtiment.
Les répressions en centre-ville continuent.
Il y a des mobilisations dans différentes villes du pays.
Le président tient pour responsables les médias et l'opposition.

Tweet : Après l'analyse de l'amendement pour la réélection, des manifestants ont incendié le Congrès du Paraguay

Appel international au dialogue

A la demande de leaders internationaux, les représentants du gouvernement ont accepté de mettre en place un dialogue avec les opposants à l'amendement. Cependant, le chef de l’État a clairement dit qu'il ne renoncerait pas à la possibilité d'être réélu, et ses détracteurs ont refusé de se joindre à la table des négociations si le projet de réélection n'est pas complètement abandonné.

Pendant ce temps, les mobilisations continuent et différents groupes ont demandé aux gens de sortir dans la rue malgré les fortes répressions policières du week-end dernier et la menace latente de nouvelles interventions policières. Les autorités ont annoncé des contrôles stricts, en particulier envers ceux qui tentent de s'approcher du centre de la capitale, Asunción, depuis tous les coins du pays. L'objectif, selon eux, est d'éviter du “vandalisme” en effectuant un travail “préventif”.

Dans le même temps, des médias comme Kurtural partagent la nouvelle communiquée par le média El Surtidor, qui rappelle à la population le potentiel qu'a l’État pour maintenir la surveillance :

Image: Souriez :) (ils sont peut-être en train de nous espionner illégalement)
Finfisher est un logiciel de surveillance qui s'installe sans qu'on le sache sur les ordinateurs et téléphones mobiles.
L’État paraguayen a acquis ce programme, ce qui lui permet de violer nos droits à la vie privée.

Tweet: A prendre en compte lors des mobilisations: l’État paraguayen aurait des programmes permettant d'espionner ton ordinateur ou ton téléphone mobile, selon @citizenlab

Des répressions à la saveur amèrement familière

Sur les réseaux circulent constamment les chiffres consécutifs aux agissements policiers. Des médias indépendants et des organisations politiques ont dénoncé différents modes d'abus. Le moment le plus aigu de la répression a été l'assassinat par la police de Rodrigo Quintana, un jeune militant du parti d'opposition Parti libéral radical authentique (PLRA):

Kurtural a aussi partagé la nouvelle et fait un compte des victimes :

Image: Les chiffres de la répression au Paraguay – rapport du 02/04 à 14h
– 1 député gravement blessé par la police
– 1 parti agressé par la police
– 1 assassinat par la police
– 211 arrestations sans mandat
– 39 blessés par la police
– 12 journalistes blessés par la police

Tweet: Les chiffres du week-end de répression au Paraguay, en incluant l'assassinat du dirigeant du PLRA, Rodrigo Quintana

Au même moment, le site diffusait les faits les plus importants après l'attaque du Congrès :

Image: Répression policière à Asuncion – 01/04 à 15h
1 – Suite à l'incendie du congrès, la police a repris la place. Les manifestants se replient
2 – Les policiers répriment avec des balles en caoutchouc et des armes à feu à différents endroits du centre d’Asunción
3 – La police entre au siège du parti libéral. Ils assassinent Rodrigo Quintana, jeune dirigeant, à coup de fusil
4 – On dénonce plus de 200 détenus sans mandat au poste de police
5 – On dénombre au moins 12 journalistes blessés
6 – Le ministre de l'intérieur et le commandant de la police sont destitués

Tweet: Retour sur les heures de mobilisation et répression au Paraguay après le vote à huis-clos de l'amendement (#enmienda)

De son côté, Veleto raconte dans le média DX une partie des faits et la confusion :

La “parafernalia” con la que se desarrollaron los hechos de aquel día y aquella noche (cientos de apresados sin orden judicial, represión a manifestantes, y hechos de conocimiento nacional e internacional) […] generaron muchas dudas al principio […] Y las versiones oficiales, solo han generado más dudas y [han profundizado] la desconfianza hacia los ya poco fiables organismos de seguridad del Estado.

Toute la panoplie des faits qui se sont déroulés ces jours-ci et cette nuit (des centaines d'arrestations sans mandat, répression de manifestants et des faits connus sur le plan national et international) […] ont généré beaucoup de doutes au début […] et les versions officielles ont elles-mêmes généré des doutes et [ont aggravé] l'absence de confiance envers les organismes de sécurité d’État déjà peu fiables.

Et détaille :

Pero todo quedó “más claro” cuando vimos las grabaciones del circuito cerrado del local del PLRA [partido de oposición donde fue asesinado Quintana…] Muy por el contrario de las versiones oficiales, se vio a una Policía Nacional harto-agresiva y con una intencionalidad desconocida. Digo “más claro”, porque en la medida en que más vamos conociendo sobre los hechos y las personas involucradas y las condiciones anteriores y posteriores al asesinato, notamos que poco o nada sabemos sobre el oscuro trasfondo de todo esto.

Tout est devenu “bien plus clair” lorsque nous avons vu les enregistrements du circuit fermé du local du PLRA [parti d'opposition où a été assassiné Quintana…]. Très à l'encontre des versions officielles, on voit un policier national blasé et agressif avec une intention inconnue. Je dis “bien plus clair”, parce qu'au fur et à mesure que nous connaissons les faits et les personnes impliquées et les conditions antérieures et postérieures à l'assassinat, nous remarquons que nous ne savons presque rien sur l'obscur arrière-plan de tout cela.

La page principale de l'organisation politique Kuñu Pyrenda, a également dénoncé des mauvais traitements sur des manifestants de la part de la police et s'est jointe à une des préoccupations les plus commentées en ligne : les souvenirs de la violence lors de l'époque de la dictature d'Alfredo Stroessner durant 35 ans, considérée comme une des plus brutales de l'histoire de l'Amérique du Sud.

[…] repudiamos la detención arbitraria de personas, la violencia de género hacia las mujeres detenidas que denunciaron haber sido desnudadas en dependencias policiales y la violencia ejercida hacia las personas LGTBI […] Es el mismo terror desatado en los atropellos a las comunidades campesinas con desalojos violentos, en los ataques a comunidades indígenas y en las violaciones de derechos humanos bajo múltiples circunstancias […] La historia nacional está cargada de sucesos violentos que han marcado el devenir social y político de nuestro pueblo […] Expresamos nuestra grave preocupación ante el resquebrajamiento de la posibilidad de convivencia democrática y pacífica en el Paraguay, en riesgo permanente por la pugna de intereses políticos y económicos mezquinos

[…] Nous rejetons la détention arbitraire de personnes, la violence machiste envers les femmes arrêtées qui ont dénoncé avoir été dénudées dans les locaux de la police et la violence exercée envers les personnes LGTBI.

[…] C'est la même terreur libérée que dans les agressions des communautés paysannes avec les expulsions violentes, dans les attaques de communautés indigènes et dans les violations des droits de l'homme en de multiples circonstances […] L'histoire nationale est remplie de faits violents qui ont marqué le devenir social et politique de notre peuple […] Nous exprimons notre grave préoccupation face à la fissuration de la possibilité de coexistence démocratique et pacifique au Paraguay, constamment menacée par les conflits d'intérêts politiques et économiques mesquins.

Sous le hashtag #DictaduraNuncaMás (plus jamais la dictature), les réseaux ont insisté sur l'importance de ne pas laisser passer les abus de pouvoir par lesquels, soutiennent-ils, les révoltes ont commencé :

“Ce mec est plus dangereux qu'Alfredo Stroessner” Diego Garcete, Conseiller de La Colmena

Sans autorisation judiciaire, dans le pur style stroniste. Chez Esso, angle rue Chili et rue Azara

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