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#SiMeMatan – #SiOnMeTue : le hashtag qui rejette le traitement fait au féminicide au Mexique

"Violencia". Foto en Flickr de Bianca Cardoso. Usada bajo licencia CC BY-NC-ND 2.0

“Violence”. Photo sur Flickr de Bianca Cardoso. Usage sous licence CC BY-NC-ND 2.0

Le corps inerte d'une jeune femme de 22 ans du nom de Lesby Berlín Osorio a été retrouvé le 4 mai 2017 sur le campus de l'Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM) Le hashtag sur Twitter #SiMeMatan [Si on me tue] a fait irruption sur la toile mexicaine en réaction à la manière dont les autorités en charge de la justice dans la ville de Mexico ont fait connaître l'affaire de féminicide – sans donner d'informations sur le mobile du crime ou d'éléments de recherches, simplement en faisant étalage de détails sur la vie personnelle de la victime qui la rendraient coupable de cette violence.

Nos autorités sont une des principales raisons pour lesquelles la violence perdure. ÇA SUFFIT de culpabiliser les victimes.

Sous ce hashtag, des femmes ont anticipé avec ironie les “failles” qu'utiliseraient les autorités et les médias pour les rendre coupables au cas où elles seraient assassinées, comme elles l'ont fait pour la jeune femme dont le corps a été retrouvé attaché à une cabine téléphonique sur le campus de l'UNAM. Le hashtag est devenu viral, avec des dizaines de milliers de témoignages. Nous en partageons quelques uns :

Je vis en concubinage depuis 9 ans, j'ai 3 enfants de 2 hommes différents. Je bois beaucoup de bière et j'ai toujours été maîtresse de ma vie.

Ils diront que j'ai avorté, que mes filles sont nées par césarienne, que je les laissais toute la journée à la garderie, que j'ai vécu pour moi et non pour elles

Ils diront que je l'ai bien cherché, qu'est-ce qu'elle faisait là, regarde ses tatouages, ses cicatrices, c'était une fille de mauvaise vie, c'est rien, c'est juste une femme.

#SiMeMatan ce sera parce que je suis féministe, parce que je porte des leggings, parce que j'aime marcher toute seule le soir et parce que j'ai des amis hommes. J'étais sortie du droit chemin.

ils vont me diffamer et me culpabiliser. Ce sera pour quelque chose que j'aurai fait ou que je n'aurai pas fait, peu importe.

On a également fait des comparaisons dans le traitement d'un crime dès lors qu'il s'agit d'une femme :

La différence est que quand on tue un homme, le procureur général ne vient pas dire qu'il l'a été parce qu'il était ivre, que c'était un fêtard ou un mauvais étudiant.

#SiOnMeTue et que je suis ivre et que je suis seul dans une rue sombre, on ne me rendra pas coupable de mon propre assassinat, parce que je ne suis pas une femme.

D'autres utilisatrices ont parlé de la réaction qu'elle souhaiteraient :

j'espère que la police et les médias se concentreront sur mon meurtre et non sur mes vêtements, mes études, mon travail ni sur la personne avec qui je couche.

Si on me tue cherchez la justice pour moi, peu importe le fait que j'aie les cheveux argentés, que je mette du rouge à lèvres rouge, que j'aime le pogo et que je monte à cheval.

La journaliste et universitaire Gabriela Warkentin a rappelé les autres hashtags devenus viraux concernant la violence de genre au Mexique :

[Si on me tue ; Mon premier harcèlement ; Nous nous voulons vivantes] Ou quand les femmes (et les hommes alliés) décident de parler.#Gracias [Merci]

De même que le collectif féministe Luchadoras qui évoque l'appel de la lutte féministe #NiUnaMenos [Pas une de moins”], “Vivas nos queremos” [Vivantes nous nous voulons] :

S'ils me tuent ils diront que j'allais à des manifs en criant “vivantes nous nous voulons”.

D'autres femmes réfléchissent sur la signification derrière chaque tweet :

Chaque #SiMeMatan, bien qu'il soit ironique, est un cri de peur, d'angoisse et de rage. Il est réel et présent tout le temps.

Savez-vous ce qu'il y a de pire dans le HT#SiMeMatan? Derrière chaque tweet, il y a une femme terrifiée parce qu'elle sait qu'on peut vraiment la tuer.

De son côté, l'utilisatrice Madame Déficit a fait remarquer que, sur le campus de l'UNAM – autonome – il est difficile de compter sur une présence policière. À d'autres occasions, l'entrée d'équipes de police sur le campus – connu comme Ville Universitaire –  a provoqué le rejet et la colère de quelques branches de la communauté étudiante.

Si on me tue à l'UNAM, ce sera parce qu'à cause de cette fameuse autonomie, la police n'entre pas pour surveiller le campus. Pensez-y !

Le portail indépendant Sopitas a raconté ainsi le processus de diffusion de l'information officielle de la part du Parquet général local :

Le récit dans lequel est victimisée et réduite la jeune Lesby est venu de nos propres autorités de la capitale. Sur le compte Twitter du Parquet général de la ville de Mexico [Procuraduría General de Justicia de la Ciudad de México (PGJCDMX)] ont été publiés de nombreux messages sur l'affaire : sans tact, rejetant la faute sur la victime et justifiant ce qu'il lui est arrivé. “La femme retrouvée sans vie dans les jardins des installations de l'UNAM a été identifiée par des proches”, ainsi débutait ce lamentable récit. “Sa mère et son fiancé ont affirmé qu'elle n'était plus étudiante depuis 2014 et qu'elle arrêté les cours au CCH Sur, où il lui restait des matières à valider”, a poursuivi la dépendance dirigée par Rodolfo Ríos.

Quelques heures après, le procureur de la capitale Rodolfo Ríos, publiait sur son compte Twitter que les tweets diffusés par l'agence étaient “inappropriés”, en ajoutant :

J'ai demandé à ce qu'ils soient immédiatement retirés des réseaux car ils sont contraires aux protocoles et principes de la @PGJDF_CDMX

Violence contre les femmes et incapacité des autorités à la contenir : rien de nouveau

En 2016, Global Voices a publié une série d'articles dans lesquels était abordée la problématique de la violence envers les femmes au Mexique et en particulier dans la capitale. On y trouvait notamment un article concernant l’agression sexuelle –encore impunie à ce jour, après 14 mois – de la journaliste américaine Andrea Noel. À cette occasion, le gouvernement avait dit vouloir s'atteler au problème, à savoir par la création de davantage de bureaux qui coûtent cher et qui apportent peu ou pas de résultats tangibles.

Dans une interview pour Global Voices, l'avocate spécialisée dans les affaires de violence de genre Fabiola Higareda a indiqué que la violence envers les femmes vient de l'absence de stratégies se focalisant sur les auteurs de ces violences :

Il est nécessaire que les stratégies prennent en compte le fait que la violence de genre n'est pas une affaire exclusivement de femmes victimes de violence, mais aussi d'hommes auteurs de violence.

Au-delà de ce jargon juridique, et si l'on se réfère aux expressions citoyennes récoltées sous le hashtag #SiMeMatan, la société mexicaine exige que l'on n'ajoute pas à l'impunité des auteurs la victimisation des femmes qui subissent des violences et à qui, dans le pire des cas, on ôte la vie, comme cela fut le cas de la jeune Lesby.

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