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Si les Caraïbes veulent la croissance économique, elles doivent “adopter la perspective des femmes”

Cecile Watson, fondatrice de Pitch and Choose, une des plateformes par laquelle elle soutient les entrepreneuses de la région. Photographie de courtoisie de Watson, utilisée avec autorisation.

Tous les liens de cet article renvoient vers des sites internets en anglais.

Cecile Watson est une entrepreneuse caribéenne qui pense différemment. Née à la Barbade, elle vit en Jamaïque et a 30 ans d'expérience dans le secteur bancaire et financier. En 2014, elle a fondé le site internet de financement collaboratif pionnier pitchandchoose.com dans l'objectif de “démocratiser l'économie” dans la région.

Elle a également fondé Gr8Way Consulting qui donne les moyens aux femmes leaders et entrepreneuses de créer de meilleures entreprises et de gérer leur vie financière avec un but et un impact positifs. Avec Valerie Grant, lauréate du prix Commonwealth de l'entrepreneuse de l'année, elle a créé le projet FundRiseHer (initiative de financement collaboratif dans le Commonwealth). Celui-ci est en pleine progression et renforce en permanence les capacités des entrepreneuses à recevoir des fonds. La première campagne de demandes de financements s'est terminée le 31 décembre : quarante-huit femmes ont sollicité le programme.

Un autre aspect de FundRiseHer est “The Potent Pitch” [le Puissant argumentaire], un blog et une série d'entretiens en direct avec des experts en contact avec les investisseurs et des entrepreneuses déjà subventionnées. En avril a eu lieu un cours en ligne sur les techniques de financement collaboratif. En mai, les techniques des réseaux sociaux seront utilisées pour montrer aux entrepreneuses comment tirer profit de leur communauté. Tout ceci se fait avec la collaboration d'experts comme Telojo Valerie Onu, Sandra Glasgow, Ingrid Riley, Marcia Brandon et Christopher Chaplin. Watson espère aussi que des entreprises-parraines apporteront des fonds complémentaires, accessibles quand la campagne de financement collaboratif sera lancée cet été. Bien que ses yeux pétillent, sa vision du pouvoir des femmes caribéennes est, elle, très sérieuse.

Global Voices (GV) : Vous avez une solide expérience dans le monde conservateur de la finance. Qu'est-ce qui a fait changer votre démarche ? Est-ce vraiment un changement ?

Cecile Watson (CW): Well, that experience provides the core platform for what I do now — all that analytical stuff. I can leverage it now for a different purpose, one that is dynamic and not at all conservative — because it is about creating impact in the lives of others. Now, I am all about empowerment.

Cecile Watson (CW) : Cette expérience a construit les fondations de ce que je fais maintenant – tous ces travaux d'analyse. Maintenant, je peux en profiter pour atteindre un objectif différent, qui est dynamique et en rien conservateur – parce qu'il s'agit de créer un impact sur la vie des autres. Maintenant, je suis totalement dans l'autonomisation.

GV : Parlez-nous un peu de Pitch and Choose. Comment ce projet se porte-t-il ?

CW: Well, it was a little slow off the mark, but I fully expected and planned for that. I was bringing a completely new model into the market. Crowdfunding was not a concept Caribbean people were familiar with, until then. I was the first person to do this regionally. It’s all about democratizing finance. Awareness has grown, however; over the past two or three years, I would guess that around six out of ten people in the Caribbean now know what crowdfunding is. That's coming from maybe one in ten when I got started. It has such potential. For instance, in 2011, the residents of Rotterdam City crowdfunded a pedestrian bridge, which created an open space that would not have been possible if the citizens didn't buy into being part of the solution. It would be my dream for crowdfunding to address our infrastructural needs like that. But ‘every mickle make a muckle’, as the saying goes. The aim is to give crowdfunding the energy and direction it needs to build awareness and attract fans.

CW : Au début, cela a été un peu lent, mais je m'y attendais et je l'avais prévu. J'apportais un modèle complètement nouveau sur le marché. Le financement collaboratif était un concept que la population caribéenne ne connaissait pas jusqu'à présent. J'ai été la première à le faire dans la région. Il s'agit de démocratiser l'économie. Cependant, la notoriété du financement collaboratif a augmenté. Depuis ces deux ou trois dernières années, je dirais qu'environ six personnes sur dix dans les Caraïbes savent maintenant ce que c'est. Quand j'ai commencé, c'était peut-être une sur dix. Il y a tellement de potentiel. Par exemple, en 2011, les habitants de Rotterdam ont fait une campagne de financement collaboratif pour un pont piétonnier, qui a créé un espace ouvert qui n'aurait pas pu être possible si les citoyens n'avaient pas accepté d'être partie prenante de la solution. Mon rêve serait de pouvoir l'utiliser pour faire face à nos besoins d'infrastructures. Mais les petits ruisseaux font les grandes rivières, comme dit le proverbe. L'objectif est de donner au financement collaboratif l'énergie et l'orientation qu'il faut pour créer des consciences et attirer des admirateurs.

GV : En ce qui concerne la formation, quelles sont les compétences les plus utiles que les femmes peuvent avoir dans le monde actuel ?

CW: Entrepreneur Kenia Mattis, co-founder of ListenMi Caribbean, will be one of those involved in training the FundRiseHer grantees. She is a creative. I myself am an engineer by training, and I believe in women doing more in STEM [Science, Technology, Engineering and Mathematics], but I do believe we need the arts as a bridge. The world is calling for a move towards embracing everyone for who they are, from their own unique perspective and whatever their background and education; we are in the age of democratization. We must embrace our diversity — people may have ‘baggage’, but let’s not judge. We all have something to offer. These ideas intrigue me!

CW : L'entrepreneuse Kenia Mattis, co-fondatrice de ListenMi Caribeean, participera à la formation des bénéficiaires de FundRiseHer. C'est une créative. Moi-même, je suis ingénieure de formation et je crois que les femmes peuvent progresser dans les domaines scientifiques et techniques, mais je crois que nous avons besoin du trait d'union des sciences humaines. Le monde a besoin de mouvement afin d'accepter les gens pour ce qu'ils sont, vus de leur perspective unique, et indépendamment de leur origine et de leur éducation. Nous sommes dans l'ère de la démocratisation. Nous devons accepter notre diversité – les gens peuvent avoir un ‘bagage’ mais ne les jugeons pas. Nous avons tous quelque chose à offrir. Ces idées m'intriguent !

GV : Vous êtes centrée sur l'autonomisation économique des femmes. Pendant une série d'ateliers l'année dernière dans la Jamaïque rurale, l'association 51% Coalition a découvert que l'indépendance économique était une priorité pour les femmes. Croyez-vous que cela se passe actuellement dans les Caraïbes ?

CW: If we are really about a ‘growth agenda’, we must embrace the women’s perspective. We must be intentional about it. There is a lot of rhetoric, but I am not seeing women’s economic empowerment sufficiently manifested. Mentoring and mutual support among women must be a part of it. But I do understand that these things take time. So I try not to get befuddled by all of what’s not happening fast enough. Instead I think of what can I do to play my part in my own unique way based on my unique perspectives and insights.

CW : Si nous voulons vraiment réaliser un “agenda de croissance”, nous devons adopter la perspective des femmes. Nous devons avoir cette intention. Il y a beaucoup de discours, mais pour moi, l'autonomisation économique des femmes n'est pas suffisamment concrétisée. Le parrainage et l'appui mutuel entre femmes doivent en faire partie. Cependant, je comprends que cela demande du temps, et j'essaie de ne pas me laisser décourager par tout ce qui ne se passe pas assez rapidement. Je réfléchis à la place à ce que je peux faire pour jouer mon rôle, à ma manière, basée sur mes idées et ma perspective uniques.

GV : Dans un article que vous avez écrit juste avant les élections américaines de 2016, vous avez parlé de “changer les règles”. A quoi faisiez-vous référence ?

CW: Well, it goes back to the idea that we are in the age of democratization. The old dynamics of the workplace have changed. But the old guard keeps hanging on. Leadership and the right to influence and be heard in the Caribbean, like everywhere else, depends on tenure, class, education, age, gender. But the millennials are having none of that. And I say that’s good. No good can come from excluding half of our population from opportunities to lead and to contribute in a way that they are best suited to do. We can no longer afford facilitating old paradigms that cause us to disenfranchise women (and others who have been traditionally marginalized) because our economies, our families and the state of our welfare are demanding all hands on deck. Therefore to me, we just need to get on with the work to embrace and empower women. It is simply good business to do so.

CW : Cela remonte à l'idée qu'on est dans l'ère de la démocratisation. Les vieilles dynamiques des lieux de travail ont changé. Mais la vieille garde continue à tenir bon. Le leadership et le droit à jouer un rôle et à être écouté dans les Caraïbes, comme partout ailleurs, dépend de l'ancienneté, la classe sociale, l'éducation, l'âge et le sexe. Cependant, la génération Y ne tolère pas cela. Et moi, je pense que c'est une bonne chose. Rien de bon ne peut surgir en excluant la moitié de notre population des opportunités de diriger et de contribuer de la façon la plus adaptée pour eux. Nous ne pouvons plus nous permettre de faciliter les vieux paradigmes qui nous poussent à priver de droits les femmes (et d'autres groupes traditionnellement marginalisés) car nos économies, nos familles et l'état dans lequel se trouve notre protection sociale sont en train d'exiger que nous mettions tous un peu du nôtre. Aussi, pour moi, nous avons juste besoin de continuer le travail d'acceptation et rendre les femmes plus autonomes. Le faire est une bonne affaire.

GV : Quel conseil donneriez-vous aux Caribéennes ambitieuses d'aujourd'hui ?

CW: I would tell them to tap into who they are. Because their empowerment will come through the building of a community, and through peer learning. That means you have to intentionally build something worth tapping into. It comes down to six elements in which I would encourage them to build some muscle: Work, Influence, Self Care, Decision Making, Order and Money. I call these the Wealthy Woman Currencies™. And I draw these from my journey and by observing others. I firmly believe that mastering these six currencies will not only transport you to a fulsome way of being, it will also get you to a place where you can willfully embrace your vulnerability, and let it transport you from a state of merely existing and searching to a state of passionate living. You see, the world needs our authenticity and our genius. We were fearlessly and wonderfully made and each day we get the opportunity to walk closer towards what we are purposed for. It is left for us to take it. And living from a place grounded in purpose can be joyful. And it can be mind blowingly awesome too, as we not only become empowered, but also make the time to empower others similarly.

CW : Je leur dirais de tirer profit de qui elles sont. Parce que leur autonomisation viendra par la construction d'une communauté et par l'apprentissage entre elles. Cela signifie que vous devez vouloir construire quelque chose qui vaille la peine d'en profiter. Cela se résume à six éléments que je voudrais les inciter à développer : le travail, l'influence, les soins personnels, la prise de décisions, l'ordre et l'argent. Je les appelle Wealthy Woman Currencies™ (monnaies de femmes riches). Ces éléments, je les tire de mon parcours et de mon observation des autres. Je crois fermement que la maitrise de ces six “monnaies” vous transformeront non seulement en une personne plus complète, mais vous amèneront aussi à un niveau où vous pouvez véritablement accepter votre vulnérabilité, et vous faire passer d'une simple survie à une vie passionnée. Vous voyez, le monde a besoin de notre authenticité et de notre génie. Nous avons été courageusement et magnifiquement créées, et chaque jour nous avons la chance d'avancer un peu plus vers notre destin. L'atteindre dépend de nous. Et vivre avec un but peut être merveilleux. Cela peut être incroyablement impressionnant aussi, puisque non seulement nous prenons du pouvoir, mais nous donnons du temps pour que d'autres se renforcent de la même façon.

GV : Qui vous a inspiré ? Qui est votre modèle ?

CW: I am inspired by Leotta Quintyne (my grandmother); Sheila Whittaker (my mother); and Courtnie Watson (my daughter). My grandmother didn’t have a smidgeon of what I have; she had so little. She used to load a tray and walk miles with it on her head to sell things she had made, like underpants and support belts to cane farmers. She was fearless and she bought a shop at auction without money and then went to my grandfather’s workplace to borrow the money from his employer. She was entrepreneurial, and memories of what she endured remind me not to complain! My mother is the definition of ‘meek’. She is calm, unruffled. There is strength in calm; it’s a powerful place to be. So, she reminds me not to make a space for judgment or bitterness, but to just be. And my daughter (she is 27) introduced me to words like ‘misogyny’ and encouraged me towards advocacy. She made me think about what it means to be feminist and how important it is for me to advocate for change from my own unique perspective of someone who has made it to the C-Suite. For me, feminism is really about parity. A level playing field. Courtnie sees it the same way.

CW : Je me suis inspirée de Leotta Quintyne (ma grand-mère), Sheila Whittaker (ma mère) et Courtnie Watson (ma fille). Ma grand-mère n'a pas eu les miettes de ce que j'ai, elle avait très peu. Elle remplissait un plateau et le portait pendant des kilomètres sur sa tête pour vendre des choses qu'elle avait faites, comme des caleçons et des ceintures de soutien pour les ouvriers des plantations de canne à sucre. Elle était intrépide et elle a acheté un magasin aux enchères sans argent et ensuite elle a été là où travaillait mon grand-père pour demander l'argent à son chef. Elle était entrepreneuse et les souvenirs que j'ai de ses difficultés me rappellent que je ne dois pas me plaindre. Ma mère est la définition de la “douceur”. Elle est tranquille, imperturbable. Il ya de la force dans le calme, c'est une position puissante. Ma mère me permet de me rappeler que je ne dois pas laisser de place aux jugements ou à l'amertume, mais juste exister. Ma fille (elle a 27 ans) m'a appris les mots comme “misogynie” et m'a incitée à défendre ces idées d'égalité. Elle m'a fait réfléchir sur ce que veut dire être féministe et sur l'importance pour moi de défendre le changement depuis ma propre perspective d'une personne qui s'est convertie en une cadre dirigeante. Pour moi, le féminisme est en réalité, l'égalité. Un terrain de jeu nivelé. Courtnie le voit de la même façon.

GV : Enfin, quelle est votre philosophie de vie ?

CW: I am who I am because of my faith in God. That is my foundation. I would sum up my philosophy as guard[ing] my heart because it is the seat of myself, but to make room in it to let everyone be their own authentic selves, wherever they are on their journey. And if invited in, to always be ready to share a bit of me with love, in a way that can empower them to be more fruitful in their lives, and without judgment of who they are or from whence they came.

Ahead of us is hope.

CW : Je suis qui je suis grâce à ma foi en Dieu. C'est mon fondement. Je résumerais ma philosophie comme la protection de mon cœur parce que c'est la source de qui je suis, mais aussi de la place que j'y fais pour laisser chacun être lui-même, où qu'ils en soient dans leur parcours. Et si j'y suis invitée, de toujours être prête à donner un peu de moi-même avec amour, d'une façon qui peut les rendre plus fortes, plus prospères dans leurs vies et sans jugement de qui elles sont ou d'où elles viennent.

Droit devant, il y a l'espoir.

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