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Les Argentins défilent contre l'impunité des crimes commis durant la dictature

Moment central de la manifestation contre le “2×1″ sur la place de Mai de Buenos Aires. La banderole indique “Messieurs les juges : Jamais Plus. Aucun génocidaire en liberté. 30 000 détenus-disparus.” Photographie de Nuevo Encuentro, partagée publiquement sur Facebook.

Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en espagnol.

Ce mercredi 10 mai, les Argentins ont défilé dans toutes les villes du pays pour manifester contre l'application d'un calcul d'une remise de peines, connue sous le nom de “2×1″ (“deux fois un”), visant un militaire condamné pour des crimes contre l'humanité commis lors de la dernière dictature militaire en Argentine [fr] (1976-1983). Le jugement renvoyait à une ancienne convention du droit pénal argentin qui, en son temps, avait pour objectif de réduire la population carcérale et d'après laquelle on admit alors que les détenus sans procès au-delà de deux ans avaient le droit de compenser leur attente (devant la lenteur de l'État à les faire passer devant les tribunaux) en prenant en compte le “double de la durée durant laquelle ils ont été détenus sans jugement”.

Pour ceux qui manifestent, le danger de ce jugement réside dans l'éventualité que restent en liberté ceux-là mêmes qui ont participé aux organes répressifs du gouvernement d'alors. La vidéo suivante, produite par le collectif Emergentes, résume la portée de ce jugement pour les gens et les raisons de le refuser :

La gente manifestándose también es una respuesta simbólica y firme [de] lo que no queremos que vuelva a pasar nunca más

On manifeste aussi car c'est une réponse symbolique et ferme au fait que nous souhaitons que ça n'arrive jamais plus.

Le jugement polémique, approuvé à la majorité par la Cour suprême de justice le 3 mai 2017, a été rendu en faveur de Luis Muiña, co-auteur du délit de “privation illégale de liberté aggravé par l'usage de la violence ou des menaces”. Dans un pays où les blessures de la dictature n'ont toujours pas fini de cicatriser, un jugement comme celui-ci a été reçu comme un coup bas par ceux qui luttent depuis quarante ans pour qu'advienne la justice. La réaction des organisations de droits de l'homme, des partis politiques et des citoyens ne s'est pas fait attendre, tant dans la rue que sur les réseaux sociaux, où l'on pouvait sentir l'indignation dans les tweets de ceux qui utilisaient des tags tels que #Noal2x1 (Non au 2×1) et #Noal2x1aGenocidas (Non au 2×1 pour les génocidaires) :

Non au 2×1 pour les génocidaires… Ce pays ne vaut vraiment plus rien… Et puis quoi encore ?! Quand même, quelle injustice !

Ce mercredi, réunissons-nous tous à la Place [de mai].
A la mémoire des 30 mille camarades (détenus disparus) !

Ce mercredi, mobilisons-nous aux côtés des organisations de défense des droits de l'homme pour montrer que ce pays se tient debout ! #Noal2x1 #NoAl2X1Genocida

#NOal2x1aGenocidas “L'Argentine ne saurait faire marche-arrière en matière de droits de l'homme. Le message de l'impunité ne doit pas envahir nos rues” @SergioMassa

Ils ont séquestré, torturé, violé, tué, volé des bébés, planifié la misère.
Que pas un génocidaire ne demeure en liberté.

La consigne générale consolidant le rassemblement était claire : “ni oubli, ni pardon, ni réconciliation”, et les foulards blancs, symbole des Mères de la Place de Mai [fr], ont surplombé la manifestation. Voici quelques images du défilé de la foule partagées par le collectif Emergentes :

Le centre de Buenos Aires se remplit de foulards blancs. Photographie d’Emergentes, utilisée avec autorisation.

Défilé contre le 2×1 pour les génocidaires à Buenos Aires (“Nunca más”, Jamais Plus). Photographie d’Emergentes, utilisée avec autorisation.

Défilé contre le 2×1 pour les génocidaires à Buenos Aires. Photographie d’Emergentes, utilisée avec autorisation.

Représentation symbolique des victimes de disparition forcée durant la dictature. Photographie d’Emergentes, utilisée avec autorisation.

Réponse du gouvernement

Le secrétaire aux droits de l'homme Claudio Avruj a nié toute ingérence du pouvoir exécutif dans le pouvoir judiciaire, affirmant qu'il serait erroné de confondre le jugement de la Cour avec une décision du gouvernement : “Notre premier souci fut d'abord de respecter de l'indépendance des pouvoirs. Ceci n'a rien à voir avec notre engagement inébranlable dans la lutte contre l'impunité.”

Le jour même du défilé, le président argentin Mauricio Macri s'est prononcé contre le 2×1 dans un geste que beaucoup ont considéré comme tardif. Entre-temps, le Sénat national a promulgué une loi, préalablement approuvée par consensus lors d'une session d'urgence de la Chambre des députés, limitant la portée de cette compensation et excluant son application aux condamnés pour des crimes de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre.

Les “grands-mères de la Place de Mai” lors de la session du Sénat retirant la compensation du 2×1 aux condamnés pour des crimes contre l'humanité. Photographie d'Emergentes, utilisée avec autorisation.

Malgré la rapide promulgation de la loi et des déclarations du secrétaire des droits de l'homme, cette semaine de controverse ne favorise pas du tout l'image du président Mauricio Macri à l'approche des élections législatives, qui se tiendront en octobre 2017, et ce malaise cristallise le mécontentement général d'un pan entier de la société argentine, ayant déjà montré à plusieurs reprises son rejet à l'égard de plusieurs politiques mises en œuvre durant ces seize mois de gouvernement.

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