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Le blogueur vietnamien Phạm Minh Hoàng arrêté, déchu de sa nationalité et expulsé en France

Phạm Minh Hoàng tient une pancarte indiquant « Je suis vietnamien ». Source : Facebook

Cet article de Lilly Nguyễn, présenté ici dans une version éditée, provient de Loa, un site d'informations et une radio en ligne mis en place par le Viet Tan afin de diffuser des nouvelles sur le Vietnam. Il est reproduit sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu. 

Le professeur Phạm Minh Hoàng a appris au début du mois de juin 2017 que le président vietnamien avait décidé de révoquer sa nationalité. Âgé de 61 ans, cet éminent blogueur détenteur de la double citoyenneté franco-vietnamienne écrit sur les droits de l'homme, la justice sociale et la corruption au Vietnam. Il est membre du parti pro-démocratie Việt Tân. La journaliste de Loa Lilly Nguyễn a pu s'entretenir avec Hoàng à Hô Chi Minh Ville avant que celui-ci ne soit arrêté et expulsé en France le 24 juin 2017.

Lilly Nguyễn : Professor Phạm Minh Hoàng, en quoi votre expulsion du Vietnam affectera-t-elle votre situation familiale ?

Phạm Minh Hoàng : Mon expulsion du Vietnam signifierait la séparation forcée de ma famille. Comme je suis citoyen français, ma fille l'est aussi. Si je suis expulsé, elle aura la possibilité de me suivre en France ou de m'y rejoindre plus tard. Mais ma femme, Lê Thị Kiều Oanh, est une citoyenne vietnamienne. Elle doit rester au pays afin de s'occuper de mon frère aîné, qui est un vétéran handicapé de la guerre du Vietnam. Il a été blessé lors de la bataille de Tống Lê Chân en 1973. Sa situation est critique, il est quasiment aveugle et sourd, et la moitié de son corps est paralysée. Il a besoin de soins constants à domicile. Par ailleurs, ma femme doit également s'occuper de sa mère, âgée de 80 ans. Cela résume la situation difficile dans laquelle je me trouve.

Lilly Nguyễn : Pourquoi le gouvernement vous considère-t-il comme une menace à la sécurité nationale ?

Phạm Minh Hoàng : J'ai été inculpé pour atteinte à la sécurité nationale en vertu de la Constitution vietnamienne, mais je n'ai pas encore été condamné. Pourtant, le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères Lê Thị Thu Hằng n'a pas manqué de déclarer que j'avais porté atteinte à la sécurité nationale.

Par ailleurs, que signifie atteinte à la sécurité nationale ? De quel acte s'agit-il ? Si vous ou vos auditeurs avez suivi mon cas par le passé, vous savez que j'ai passé dix-sept mois en prison et trois ans en résidence surveillée. Depuis, je dirais que mon activisme peut être qualifié de « léger ». J'écris des billets de blog et des articles, je continue d'exprimer mon point de vue sur la démocratie, l'environnement ou la souveraineté territoriale. C'est quelque chose que tout le monde peut faire, et honnêtement, que tout le monde devrait faire : il est de notre responsabilité d'exprimer ces opinions.

A fortiori en tant que professeur, bien que je ne puisse plus enseigner, je dispose toujours de ces droits ainsi que du droit à exprimer mon opinion sur le système éducatif vietnamien. Mes actions ont été pacifiques, et je n'ai jamais tenu de propos vulgaires ou incendiaires.

J'ai donc partagé ces informations avec mes amis et ma famille, ainsi qu'avec des activistes, et tous s'accordent à dire que le gouvernement prend le Việt Tân pour cible, de la même manière que j'ai précédemment été condamné en tant que membre du Việt Tân. Après ma libération, j'ai continué à écrire, et ils ont prétendu que c'était pour le compte du Việt Tân. On peut qualifier cet acharnement à mon encontre de tentatives de dissuader et punir — ce sont leurs mots — quiconque entretient un lien avec le Việt Tân, tout en punissant l'organisation en elle-même par la même occasion.

Lilly Nguyễn : Vous avez quitté le Vietnam en 1973 avant de finalement y revenir en 2000. Pourquoi avez-vous décidé de rester au Vietnam ?

Phạm Minh Hoàng : Je pense que ma décision est normale. Chaque Vietnamien souhaite vivre sur la terre qui l'a vu naître et grandir. Comme tout le monde, je souhaite vivre ici, y travailler et même y mourir, c'est normal. Ce désir est très fort, et je pense qu'il surmontera tous les obstacles.

Pourquoi certaines personnes souhaitent-elles quitter le Vietnam ? Selon moi, ils partent à regret, car comme tout le monde, eux aussi aiment leur patrie. Je connais beaucoup de personnes qui souhaitent partir vivre à l'étranger. Je connais également beaucoup de gens qui voudraient rentrer au Vietnam, mais dont les circonstances ne le permettent pas. Cela dépeint une image très triste de notre pays. Ma décision n'est pas évidente non plus.

Lilly Nguyễn : Durant les dix-sept années passées au Vietnam depuis votre retour, avez-vous pu réaliser votre rêve de bâtir l'avenir de votre pays, au moins dans une certaine mesure ?

Phạm Minh Hoàng : Il est certain que mon rêve ne s'est pas réalisé, car notre pays fait encore face à de nombreux problèmes, entre autres sur le plan politique, environnemental et de la santé. Je ne me fais pas d'illusion, il reste beaucoup de choses à résoudre. Mon pays est en déroute, mes rêves sont donc loin d'être réalisés. En attendant, je suis fier et en paix avec moi-même. Durant mes dix années passées à enseigner à l'Université Bách Khoa, j'ai fait de mon mieux en tant que professeur, en partageant avec mes étudiants le savoir acquis à l'étranger et durant mes propres études.

Je suis fier de m'être efforcé d'enseigner en accord avec ma conscience, contrairement à mes collègues de l'époque. J'ai priorisé mes élèves avant tout, et les droits des élèves avant le reste. J'ai consacré 100% de mes efforts à leur inculquer mes connaissances. C'est ma plus grande réussite. Même si ma carrière a été interrompue, puisque j'ai été arrêté et n'ai plus eu le droit d'enseigner, j'en reste tout de même fier. Comme le dit un proverbe vietnamien, « l'homme propose, Dieu dispose ». J'ai fait de mon mieux, et les cieux décident du restent.

Lilly Nguyễn : Merci d'avoir pris le temps de vous adresser aux auditeurs de Loa. Souhaitez-vous ajouter quelque chose avant de terminer ?

Phạm Minh Hoàng : Pour conclure, je souhaite remercier tous ceux qui m'ont soutenu à travers le monde. Plus encore, certains se sont mobilisés pour contacter des diplomates afin de m'aider. Leurs efforts me font sentir que je ne suis pas seul dans cette lutte. Dans les jours à venir, je ne me sentirai pas seul. Portez-vous bien, et nous continuerons de lutter côte à côte pour la démocratie au Vietnam.

Réécoutez l'interview en intégralité sur ce podcast [en anglais] :

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