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Le leader de l'opposition vénézuélienne désormais en résidence surveillée

Le leader de l'opposition Leopoldo López, photographié en 2012 par “Danieldominguez19″. Image sous licence Creative Commons Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 3.0 non transposé

Retournement inattendu, le leader de l'opposition vénézuélienne Leopoldo López a été extrait de la prison Ramo Verde et placé en résidence surveillée à son domicile. Il purgeait une peine de 14 ans pour ‘incitation à la violence’ lors des manifestations de 2014, ce qu'il a toujours nié.

Les manifestations qui se sont succédé en 2014 étaient une riposte à la crise économique et aux taux élevés de violences urbaines qui dominent le paysage du Venezuela ces dernières années. La tentative de viol d'une étudiante sur le campus de la ville de San Cristóbal a déclenché les premières manifestations, qui se sont ensuite propagées aux villes voisines quand elles se sont heurtées à la répression.

Le nombre de victimes reste disputé, mais les médias tant internationaux que locaux évaluent à une quarantaine le nombre de tués lors des manifestations, avec des centaines de personnes emprisonnées.

Les réactions de l'opinion aux arrêts domiciliaires de López sont variées. Certains y ont vu une victoire sur le gouvernement, des organes de médias internationaux en ont parlé comme d'un tournant décisif dans le déroulement de la crise, et des observateurs de la communauté internationale ont salué un pas vers une négociation.

Mais pour de nombreux opposants, qu'ils soient dirigeants ou sympathisants, le retour de López dans sa famille n'a rien de victorieux. López devra purger le restant de sa peine de 14 ans, qui a été largement critiquée. Sa condamnation s'est essentiellement fondée sur une analyse de ses discours par l'experte en linguistique Rosa Amelia Asuaje, or celle-ci a récemment affirmé que le juge avait “manipulé ses propos”. C'est ainsi que, si beaucoup se réjouissaient sur Twitter de la “libération” de López, d'autres invitaient l'opinion à être plus circonspecte :

Leopoldo López ne se laissera pas utiliser comme une monnaie d'échange. Il est chez lui, mais lui et le Venezuela restent captifs du régime.

Leopoldo López n'est pas libre. Il a sa maison pour prison. Il faut dire ce qui est.

Sur le site collectif Prodavinci, le politologue Luis Vicente León analyse les différentes motivations qui, selon lui, ont conduit le pouvoir à modifier le statut de López. Selon León, le gouvernement semble ressentir les effets des manifestations actuelles et de la pression internationale, ce qui aurait ouvert une voie à l'établissement d'un dialogue, dont les résultats ne seraient pas forcément appréciés de tous :

Hay, sin duda, una oportunidad para la negociación, pero una negociación que no es popular en ninguno de los extremos y que implica concesiones. Me refiero a una negociación donde se reconocen las partes y se abren espacios, sin plantear un conflicto existencial, pero que permita al país retomar a la constitución como brújula necesaria. Una negociación que camine hacia la coexistencia política en un país sin presos políticos y con plenas libertades y con un horizonte claro y aceptado por todas las partes de elecciones libres, transparentes y con voto universal, directo y secreto.

Il y a, sans doute, une opportunité pour la négociation, mais une négociation qui n'est populaire chez aucun des extrêmes, et qui implique des concessions. Je parle d'une négociation où les parties se reconnaissent mutuellement et où des espaces peuvent s'ouvrir, sans supposer de conflit existentiel, mais qui permette au pays de revenir à la constitution comme boussole nécessaire. Une négociation qui chemine jusqu'à la coexistence politique dans un pays sans prisonniers politiques et avec des libertés entières, et avec un horizon clair et accepté par toutes les parties, d'élections libres, transparentes, au scrutin universel, direct et secret.

Un premier pas ?

Selon Luis Almagro, président de l'Organisation des Etats Américains, les arrêts domiciliaires de López ne sont qu'un premier pas. La liste des prisonniers politiques, surtout depuis le début des manifestations, reste longue. Comme l’écrit la journaliste Laura Weffer :

La lista de los que permanecen tras las rejas es aún larga e injusta. Taxistas, carpinteros, cajeros de banco, estudiantes, militares, hombres y mujeres; en la mayoría de los casos ni siquiera hay una condena y por diversas circunstancias, todos son considerados como presos políticos, de acuerdo con la lista del Foro Penal.

La liste de ceux qui restent derrière les barreaux est encore longue. Chauffeurs de taxi, menuisiers, employés de banque, étudiants, militaires (hommes et femmes) ; dans la majorité des cas il n'y a même pas de condamnation, et pour diverses raisons, tous sont considérés comme des prisonniers politiques, selon la liste de [l'organisation] Foro Penal.

L'article de Weffer déroule la longue liste de celles et ceux qui ont été emprisonnés ces dernières années ainsi que pendant le mouvement contestataire des trois derniers mois. D'après l'ONG Foro Penal, il y a 431 prisonniers politiques au Venezuela, dont 346 ont été arrêtés lors de manifestations. Dans de nombreux cas, le dossier s'avère désordonné et confus, avec peu d'espoir de remise en liberté. D'autres affaires, comme celle de Juan Pablo Giraldo, comportent des récits à la première personne de leur vie en prison :

Mi vida ha cambiado drásticamente y he pasado dos años por momentos muy duros. No pierdo la fe de pronto obtener justicia y salir en libertad para regresar a mi hogar en San Cristóbal, y que no solo sea mi libertad sino la del resto de presos políticos. […] Aquí comparto con otros presos políticos que aunque no los conocía, se han vuelto como mi familia. A mi llegada al Helicoide, ellos me recibieron y fueron generosos ayudándome. Hoy yo sigo el ejemplo de mis compañeros facilitándoles a los que continúan llegando por persecución política…

Ma vie a totalement changé, et j'ai traversé deux années de moments très durs. Je ne perds pas confiance d'obtenir justice et de sortir libre pour rentrer dans mon foyer de San Cristobal, et que la liberté ne sera pas seulement pour moi mais aussi pour tous les prisonniers politiques. […] Ici, je partage avec les autres prisonniers politiques, même si je ne les connaissais pas, ils sont devenus ma famille. A mon arrivée à El Helicoide [la prison], ils m'ont accueilli et m'ont généreusement aidé. Aujourd'hui je suis l'exemple de mes camarades en aidant ceux qui continuent à arriver du fait de la persécution politique…

Les organisations de droits humains ont dénoncé la torture dans les prisons et le recours aux tribunaux et prisons militaires pour juger et détenir des civils. Pendant ce temps, le nombre de victimes tuées lors des manifestations qui ont commencé en avril 2017 n'est pas connu précisément. Le ministère de l'Intérieur a reconnu 70 tués, tandis qu'un média indépendant comme “Efecto Cocuyo” en a comptabilisé 94, outre les milliers de blessés et les centaines d'emprisonnés

Lisez notre dossier spécial Venezuela pour plus d'articles sur les derniers développements dans ce pays.

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