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BNP Paribas soupçonnée de complicité dans le génocide des Tutsis au Rwanda

Capture d'écran du documentaire sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi -

Dans l'enquête sur le génocide des tutsis de 1994 au Rwanda, de nombreuses responsabilités internationales tant au niveau des gouvernements, en particulier la France, que d'entités supranationales, restent encore à éclaircir 23 ans après. Le combat pour les identifier et les traduire en justice continue donc malgré des ressources limitées et d'énormes obstacles d'ordre juridique et politique. En effet, trois associations de défense des droits humains ont déposé une plainte auprès du tribunal de grande instance de Paris, contre le groupe français BNP Paribas, en se constituant parties civiles sur le fondement de complicité de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.

Dans un communiqué de presse publié le 29 juin 2017, ces associations expliquent le motif de leur action dirigé contre le groupe BNP Paribas:

La banque aurait accepté de transférer en juin 1994, pendant le génocide et alors que l’embargo sur les armes avait été adopté par l’ONU un mois plus tôt, 1,3 million de dollars d’un compte de sa cliente, la Banque nationale du Rwanda (BNR), sur le compte suisse d’un courtier d’armes sud-africain, M. Ehlers.

Ehlers se serait alors rendu avec un commandant Hutu, M. Théoneste Bagosora, aux Seychelles, pour conclure, le 17 juin 1994, la vente de quatre-vingt tonnes d’armes, qui auraient ensuite été acheminées à Gisenyi au Rwanda, via Goma. Au cours de son audition devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), le colonel Bagosora a confirmé que des armes arrivées des Seychelles par Goma auraient servi à « donner un coup de main à Kigali »[1].

Force est de constater que la Banque Bruxelles Lambert (BBL) avait refusé la demande d’utilisation de fonds émanant de la Banque commerciale du Rwanda, se refusant de violer l’embargo. D’après le témoignage du détaché de la BBL au Rwanda, le milieu bancaire, qui avait déjà l’obligation de se renseigner auprès de leur client sur la destination des fonds en cas de circonstances inhabituelles, savait que « le gouvernement rwandais avait un besoin crucial d’argent. […] Il était évident pour tout le monde qu’ils devaient acheter des armes et munitions. Le Rwanda était sous embargo ». La BNP aurait été la seule banque à accepter ce transfert de fonds.

Ainsi, selon les nombreux témoignages et rapports d’enquête joints à la plainte, la BNP aurait eu nécessairement connaissance de la destination des fonds et conscience que ce transfert pouvait contribuer au génocide en cours.

C’est la première fois qu’une plainte est déposée sur ce fondement contre une banque en France.

Le site TRIAL International, une organisation non-gouvernementale qui lutte contre l’impunité des crimes internationaux et soutient les victimes dans leur quête de justice présente le commandant Hutu, M. Théoneste Bagosora, condamné à la prison à perpétuité par le TPIR le 18 décembre 2008 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, Réduction de a peine à 35 ans de prison en appel le 14 décembre 2011, en ces termes:

Considéré comme le «cerveau du génocide» Bagosora aurait, en 1990 déjà, commencé à élaborer un plan dans l’intention d’exterminer la population civile tutsie et d’éliminer des membres de l’opposition et se maintenir ainsi au pouvoir. Selon l’acte d’accusation, ce plan comportait entre autres éléments le recours à la haine et à la violence ethnique, l’entraînement et la distribution d’armes aux miliciens ainsi que la confection de listes de personnes à éliminer. Dans l’exécution de ce plan, Bagosora et ses acolytes auraient organisé, ordonné et participé aux massacres perpétrés à l’encontre de la population tutsie et des Hutus modérés.

Les trois associations se sont unies à SumOfUs afin de lancer une pétition internationale en français, anglais et allemand pour exiger que les institutions financières soient tenues responsables de leurs implications dans des violations de droits humains. Lancée le 29 juin, cette pétition a déjà réuni plus de 154 000 signatures de la pétition interpellant le gouvernement Macron et les nouveaux députés.

Si les faits s'avérent prouvés, les trois associations trouvent que:

cette plainte permettrait de mettre en lumière la responsabilité éventuelle des investisseurs en matière de crimes de guerre, et plus largement en matière de violation de droits humains.

Au lendemain du début d’une nouvelle mandature, nous disposons d’un formidable moyen pour obtenir un renforcement de la responsabilité des banques, afin que tout individu ne puisse douter de la destination de son épargne. La loi sur le devoir de vigilance des multinationales, adoptée le 21 février dernier, appliquée aux banques, devrait éviter désormais l’implication des acteurs de la finance dans de telles violations.

Les responsabilités de ce groupe bancaire ne doivent pas cacher celles de la France, qui est soupçonnée par de nombreux témoins de l'époque d'avoir aidé les génocidaires dans leurs activités. Dans son livre “La France au cœur du Génocide des Tutsi”, disponible gratuitement en ligne, Jacques MOREL écrit:

La France a contribué à la formation et à la reconnaissance internationale du gouvernement qui a organisé les massacres. Elle a évacué ses ressortissants et s’est enfuie. Elle a paralysé toute action du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle en a obtenu un mandat qui, au prétexte de protéger les populations en danger, a permis la fuite de ses alliés pourchassés par le Front patriotique. Celui-ci, devant le refus des Casques bleus d’intervenir contre les massacres des Tutsi, a repris les armes et mis un terme à ce que les Nations unies ont reconnu comme le génocide des Tutsi.

Morel résume dans la vidéo ci-dessous les arguments présentés dans son livre:

Le Pape François, en recevant le Président Paul Kagame a reconnu les responsabilités de certains membres du clergé rwandais et imploré le pardon. Un jour la France aura-t-elle le courage d'en faire autant? Pour le moment, elle continue à faire la sourde oreille. Mais c'est sans compter avec la détermination des organisations de défense des droits humains.

C'est ainsi que l'association Survie a déposé, récemment, à Paris, une plainte contre des responsables politiques et militaires français pour “complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité”.

Même parmi les membres des forces armées françaises qui opéraient au Rwanda et même hors de ce pays, les langues commencent à se délier. L'ancien officier français de l’armée de terre lors du génocide, Guillaume Ancel, a affirmé sur France Info, “que ses supérieurs lui ont clairement demandé de “livrer des armes aux génocidaires dans les camps de réfugiés.”

 

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