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L'InfoBus donne aux migrants qui errent à Calais accès au wifi et à l'information

InfoBus

Un jeune garçon d'Erythrée se connecte à WhatsApp. Photo : Refugee Info Bus sur Medium, reproduite avec l'autorisation d'InfoBus Calais

Neuf mois après le démantèlement de la « jungle », plusieurs centaines de migrants continuent à vivre à Calais dans des conditions déplorables, cherchant désespérément à passer en Angleterre, notamment dissimulés, à l'aide de passeurs, dans les camions empruntant le tunnel sous la Manche. Ils affrontent la dissuasion des barrières et barbelés, la lourde présence policière qui les surveille ou les harcèle selon les moments, l'absence criante de lieux de vie et d'hygiène. Un rapport de Human Rights Watch, constitué à partir de témoignages de migrants victimes des fréquents abus, et repris et commenté par les médias, a sévèrement condamné l'attitude de la police française, particulière à Calais.

La politique migratoire du nouveau président Emmanuel Macron a encore besoin d’être éclaircie dans ses dispositions concrètes. Le Premier ministre, Edouard Philippe, et le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, ont affiché leur fermeté, tandis que le Président joue plutôt la carte de « l'humanité ». Sur le terrain, les distributions de nourriture et vêtements, exclusivement assurées par les ONG et associations, se font dans un cadre limitatif au mieux, répressif au pire, alors que la préfecture leur accorde des délais pour la mise aux normes des cuisines collectives.

Un an après notre premier séjour auprès de Help Refugees à Calais, nous sommes revenues rejoindre les bénévoles dans le vaste entrepôt de l'organisation, cette fois dans la « cuisine communautaire » qui prépare chaque jour quelque 2.500 repas, avant de les distribuer, pour part sur le lieu unique assigné par les autorités, pour part en maraudes.

Chaque jour, un fourgon hérissé d'une grande antenne et couvert d'affiches d'information, appelé InfoBus, passait la matinée dans la cour à refaire le plein d'électricité pour les batteries placées à l'arrière au milieu des matériels électroniques. Loan Torondel, son coordinateur, a bien voulu répondre à nos questions.

Loan Torondel. Photo Marie Bohner

Global Voices (GV) : Peux-tu présenter rapidement l'InfoBus ?

Loan Torondel (LT) : Ce projet a été d'abord lancé par l’association Refugee Info Bus, déjà présente ici du temps de la Jungle, avec un véhicule qui venait apporter l’information et du wifi, et après le démantèlement, ils sont allés en Grèce sur l’île de Chios. Le projet a été relancé tout récemment à Calais par l'Auberge des Migrants qui le gère à présent. Nous sommes trois à le faire fonctionner.

GV : Quelle est ta formation ?

LT : J’ai beaucoup appris sur le tas, mais j’ai suivi des formations sur les actions juridiques, la protection de l’enfance, les droits humains etc. Je vais reprendre des études plus poussées dans ce domaine.

GV : Est-ce que vous travaillez avec des avocats, localement ?

LT : Oui. Les réseaux associatifs de Calais ont récemment attaqué l'État en justice, sur les conditions de vie et le non-respect des droits des migrants ici. L'audience en appel est demain [28 juillet] [le Conseil d'Etat a confirmé le jugement de première instance donnant tort à l'État].

Affiche placardée sur l'InfoBus. Photo Marie Bohner

GV : Comment fonctionne l'InfoBus ?

LT : On va sur les différents lieux de distribution, pour apporter le wifi, la recharge de portables, de l’info sur leurs droits et la procédure d'asile en France. D'où les affiches collées sur le van.

Pour la communication des associations nous collectons aussi de l’information, ce qu’on voit, ce que les réfugiés nous racontent sur ce qui se passe la nuit.

GV : Vous travaillez avec des interprètes ?

LT : On communique avec 2 ou 3 migrants qu’on connaît bien et qui ont un très bon anglais, ils nous servent d’interprètes. Pour les articles, on en trouve en pachtoune, en tigrigna et en amharique. On leur traduit aussi les articles de la presse française ou anglaise. Les informations très spécifiques aux droits sont dures à trouver sur Internet, on essaie donc de les leur fournir, de traduire, d’expliquer. Pour les questions juridiques personnelles, on les oriente vers des avocats.

GV : Quelques chiffres ?

LT : Une centaine de personnes viennent voir l'InfoBus à chaque passage. On peut connecter jusqu’à 70 personnes sur le réseau wifi. Ce sont plusieurs dizaines de gigas utilisés pour les migrants chaque mois.

Affiche placardée sur l'InfoBus. Photo Marie Bohner

GV : Quelles sont les demandes les plus surprenantes que tu as eues dans l’InfoBus ?

LT : Ils sont vraiment intéressés par ce que disent sur eux les gens, les médias… Ils ont beaucoup de mal à comprendre pourquoi il y a ici tant de violence envers les migrants, et c’est difficile de leur expliquer. Ils ont l’impression que tout le monde s’en fout ici, alors qu’il y a quand même beaucoup d’articles, les gens en parlent, se préoccupent d’eux.

GV : Est-ce qu’il y a beaucoup de femmes qui viennent à l’InfoBus ?

LT : Il y en a quelques-unes ; 4 ou 5 hier. Mais il n'y a plus de structures spécifiques pour elles à Calais.

GV : Rencontrez-vous d’autres difficultés dans l’exercice de votre activité ?

LT : Le bon côté, c'est qu'on a peu de problèmes avec la police. Ils s’en prennent aux distributions de vêtements et de nourriture, mais ne comprennent pas vraiment ce que fait l’InfoBus, donc ils nous laissent tranquilles.

On va sur les lieux de distribution, où il n'y a pas d’électricité, pas d’eau. C’est difficile de trouver des lieux avec une bonne couverture réseau, et un accès à l’électricité.

Affiche placardée sur l'InfoBus. Photo Marie Bohner

GV : De quoi auriez-vous besoin ?

LT : Il nous faut des fonds pour payer nos factures de FAI : la connexion de 70 personnes à la fois, tous les jours, ce sont beaucoup de données utilisées. On peut nous faire des dons sur le site de l’Auberge des Migrants.

On a besoin de dons de matériels technologiques, chargeurs, portables, cartes SIM…

Quand les mineurs n’ont plus d’argent et plus de moyen de communiquer, en termes de sécurité c’est grave, ils n’ont pas de moyen de prévenir les secours ou de nous appeler s’ils ont un problème. Ils sont dehors, ils dorment dans les bois, du coup les portables sont plus rapidement abîmés, de même quand ils essaient de monter sur les camions pour passer en Angleterre. On essaie donc de leur donner des portables en priorité.

GV : Est-ce que vous recherchez des volontaires à profils spécifiques pour l’InfoBus ?

LT : Toute personne ayant des compétences techniques assez poussées en informatique, en électronique, peut nous aider. Et aussi des personnes ayant des connaissances médicales, pour faire des premiers soins. Les migrants se blessent très facilement vu la dureté de leurs conditions de vie.

GV : En conclusion, quel message voudriez-vous faire passer aux lecteurs ?

LT : Beaucoup de gens n’ont pas conscience de ce qui se passe ici, puisqu'il n’y a plus de jungle, plus de bidonville, et c’est bien. Mais il y a toujours 700 personnes ! Les migrants sont partout et nulle part, dans les rues, dans les bois, ils n’ont pas de lieux de vie. Leurs conditions d’hygiène sont effroyables, des cas de « pieds de tranchées » ont été constatés, des ulcères nécrosés apparus pendant la 1ère guerre mondiale.

La meilleure manière de résumer la situation, c’est de dire « avant c’était pire, maintenant c’est encore pire ».

De tout récents reportages vidéos sur les opérations policières nocturnes et les conditions de survie des migrants à Calais sont visibles sur le site de Taranis News.

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