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Les Mayas musulmans mexicains donnent un nouveau sens à leur identité indigène

Copie d'écran du mini-reportage fait par Zoomin.TV Latinoamérica.

L'état du Chiapas [fr], au sud-est du Mexique, est connu pour sa forte démographie et la densité de groupes ethniques qu'il héberge, tout comme pour la véritable interaction entre personnes de cultures métissées.

Pendant longtemps, les communautés de la région, pour la plupart indigènes, se sont vues convertir au catholicisme tout et au protestantisme évangélique, et la fusion de ces croyances était en accord avec la vision du monde traditionnelle maya. Pourtant, ce sont les communautés tzoztiles [en] converties à l'islam, dans la région de San Cristobal de las Casas, qui ont attiré l'attention des médias au Mexique ces dernières années .

Beaucoup de ces reportages, tout comme les commentaires de téléspectateurs et utilisateurs illustrent l'effarement ressenti face à ces nouvelles communautés. Dans un contexte où les groupes indigènes souffrent de racisme et discrimination, la conversion à l'islam colle à leur complexe identitaire et aux attaques qu'ils subissent de ceux qui pensent que la diversité est un problème :

Il y a longtemps, la TV rapportait que les indigènes musulmans du Chiapas ne se sentaient pas indigènes et ne s'identifiaient pas non plus avec l'EZLN [Armée zapatiste de libération nationale, NdT]

Les communautés tzotziles musulmanes dénoncent la discrimination subie, d'être le centre d'attention de campagnes de dénigration ainsi que d'être victimes de rumeurs et humiliations.

Le site web de Zoomin.TV Latinoamérica a collecté des témoignages qui montrent combien il est difficile de se convertir, comment s'adapter et aussi le parallèle entre les coutumes tzotziles et la pratique de l'islam :

Soraya: Piensan que tenemos algo en la cabeza [por usar el pañuelo]. Un ejemplo de lo que decían es que tenía piojos.

Layla: Cada vez que salgo con el pañuelo… No me hacen preguntas, pero las miradas… Y me dicen que es malo, que soy terrorista.

Manuel: Cambio a musulmán, pero mi comida eso sí no.

Roberto: Teníamos una imagen mala del musulmanismo [sic], pero vemos que son gente muy sencilla. Y sobre todo que le dan cariño y respeto a toda la gente.

Soraya : Ils pensent qu'on a des trucs dans la tête [parce-qu'on porte le voile]. Ils disent par exemple qu'on a des poux.

Layla : A chaque fois que je sors voilée… On ne m'adresse pas la parole, on ne me regarde pas… On me dit que c'est mal, que je suis une terroriste.

Manuel : Je suis devenu musulman, mais je n'ai pas changé mon alimentation.

Roberto : Il y avait de beaucoup de préjugés sur le musulmanisme [sic], mais on voit bien que ce sont des gens très humbles. Et surtout qu'ils sont sympas et respectueux avec tout le monde.

Malgré les problèmes, les membres d'autres groupes religieux et d'autres personnes de San Cristóbal reconnaissent que les musulmans tzotziles sont des membres pacifiques de la communauté et représentent des figures positives contre les stéréotypes islamophobes.

Le nombre de musulmans tzotziles augmente et leurs activités communautaires se renforcent. Les familles étudient le Coran et les nouvelles générations apprennent l'arabe très tôt. Des groupes s'organisent pour faire le Hadj, des croyants font le pèlerinage à la Mecque (Arabie Saoudite) ; et beaucoup d'entre eux, qui n'étaient jamais sortis du Mexique, se sont trouvés pour la première fois avec des musulmans du monde entier.

A l'origine

L'islam est arrivé au Chiapas par des missionnaires du mouvement mondial Mirabitún qui voulaient créer des relations avec les leaders du mouvement zapatiste au Mexique en 1994, le jour de la signature de l’Accord de Libre-Echange Nord Américain.

Au début, le soulèvement armé dirigé par l’Armée zapatiste de libération nationale voulait créer un nouveau modèle d’État et de défendre les populations indigènes dont les droits étaient brutalement bafoués. En accord avec le document envoyé par les missionnaires musulmans, ils ont cherché à s'unir et à avoir un appui des zapatistes, mais il n'y pas eu de réponse de l'EZLN.

Malgré cela, l'invitation de s'unir à l'islam a été acceptée par Salvador López, aujourd'hui Mohammed Amín, le premier musulman originaire de la région. Dès lors, la communauté n'a cessé de s'agrandir et de se renforcer, avec quelques conflits externes et internes qui ont créé des divisions. Actuellement, le Chiapas compte quatre groupes de musulmans.

Identités sur leurs gardes

Le travail de Paulina Villegas, Marcela Zendejas et Lasso de la Vega, publié dans Letras Libres (qui a donné lieu à une partie d'un documentaire) raconte l'histoire de ces personnes et relate la complexité de leur histoire. Des croyances héritées des cultures pré-colombiennes aux mélanges culturels du Chiapas contemporain, les témoignages recueillis par les auteures reflètent un nouveau tournant d'une histoire plus ancienne tout comme une recherche spirituelle et identitaire liée à d'autres coins de la planète :

El entramado de este islam que se extiende en el sureste de México está compuesto por varios ejes, tales como una identidad étnica compartida, condiciones socioeconómicas específicas, elementos de transnacionalismo y multiculturalismo debido a las peregrinaciones y viajes que han realizado, y un fuerte sentido de pertenencia. Los matices y particularidades que definen este islam indígena son precisamente las prácticas, los usos y costumbres resultantes de la adaptación y simbiosis entre los chamulas y “su” islam.

Le fond de cet islam qui s'étend au sud-est du Mexique a différents axes. Une identité ethnique partagée, des conditions socio-économiques particulières, des éléments de trans-nationalisme et de multiculturalisme grâce aux pèlerinages et aux voyages effectués, et un fort sentiment d'appartenance. Les nuances et particularités qui définissent cet islam indigène sont précisément les pratiques, les habitudes et les coutumes résultant de la symbiose entre les chamulas et “leur” islam.

Elles ajoutent :

…lo que es más importante reconocer: que los indígenas no católicos –ya sean evangélicos, pentecostales o musulmanes– no son cajas vacías donde se depositan ideologías extranjeras, sino dueños y estrategas de su propia historia […] Esta reflexión constituye un reto importante y necesario en un país donde hablar de grupos indígenas se reduce con frecuencia a moldes racistas y falsos estereotipos, en un país donde la diversidad no es realmente asumida ni comprendida como sinónimo de riqueza. Porque resulta que en Chiapas, desde hace mucho tiempo, se descubren y crean nuevas formas de ser indígena a través de luchas y procesos históricos. Porque la identidad étnica, tanto como cualquiera otra forma de identidad, es dinámica, se redefine y reinventa en el tiempo para mantenerse viva.

… ce qu'il est important de reconnaître c'est que les indigènes non catholiques – qu'ils soient évangéliques, pentecôtistes ou musulmans – ne sont pas des cases vides où déposer des idéologies étrangères sans résonances avec leur propre histoire […] Cette réflexion est importante et nécessaire dans un pays où parler de groupes indigènes se limite à les mettre dans des cases racistes avec de faux stéréotypes, où la diversité n'est pas vraiment assumée ni perçue comme synonyme de richesse. En fait, il semble qu'au Chiapas, depuis un moment, on découvre et on crée de nouvelles formes d'être indigène grâce aux luttes et à l'avancement de l'histoire. Parce  que l'identité ethnique, comme toute autre forme d'identité, est dynamique, elle se redéfinit et se réinvente dans le temps pour rester vivante.

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