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En Inde, la condamnation pour viol du “gourou rock-star” laisse des millions de disciples désorientés

Dera Sacha Sauda Chief Gurmeet Ram Rahim. Capture d'écran d'une vidéo YouTube par Siddharth Kannan.

En Inde, une multitude de ‘gourous’ (maîtres spirituels) et ‘babas’ (ascètes) prêchent des enseignements spirituels, religieux et philosophiques. Des ‘hommes-dieux’ auto-proclamés se créent une popularité de masse en séduisant des adeptes et en se cultivant une cour par une relation psychologique et sociale intime offrant consolation, pouvoir et communauté.

Vendredi 25 août, Gurmeet Ram Rahim, le chef controversé de l'immensément populaire Dera Sacha Sauda, a été reconnu coupable de deux cas de viol par un tribunal spécial du Bureau Central d'Enquête (CBI selon l'acronyme anglais). Des affaires qui étaient devant la justice depuis 2008, quand le CBI a ouvert une enquête sur le chef du Dera Sacha Sauda. Durant cette enquête, deux femmes s'étaient présentées pour accuser Gurmeet Ram Rahim de viol, et leurs affaires ont traîné pendant près de dix ans devant le tribunal spécial du CBI.

Le Dera Sacha Sauda est l'un des cultes religieux les plus répandus de l'Inde, avec une base d'adeptes approchant les 3 millions d'Indiens. Surtout répandu dans les États indiens de l'Haryana et du Pendjab, ce culte religieux se dit une organisation spirituelle et de bien-être social, actuellement présidée par Gurmeet Ram Rahim, qui se donne le titre de ‘Saint Spirituel’. Rahim, originaire d'un village de l'État du Rajasthan, s'est aussi fait connaître par ses vêtements tape-à l'œil ainsi que ses rôles-vedettes dans deux films appelés ‘Messager de Dieu’.

Tandis que le chef du Dera Sacha Sauda se rendait au tribunal pour entendre le verdict dans la ville de Panchkula en convoi de 700 voitures, des milliers de ses adeptes s'assemblaient dans les rues de l'Haryana et du Pendjab pour soutenir leur ‘homme-dieu‘. Les hauts responsables ont annulé bus et trains, fait venir des renforts de police, et fermé plus tôt de nombreuses administrations pour le cas où les choses tourneraient mal. Des heures avant l'annonce du verdict, une atmosphère d'hostilité et de tension s'emparait de ces deux États du nord de l'Inde. Et de fait les choses ont mal tourné quand le tribunal annonça le verdict. Les adeptes ont tenu des manifestations violentes dégénérant en heurts avec la police d'une telle intensité que les autorités décrétèrent un couvre-feu dans le district de Panchkula. Il y a eu une trentaine de morts, et beaucoup plus de blessés. Anand Mohan, un correspondant de l'Indian Express a tweeté :

Un wagon de chemin de fer incendié à la gare de chemin de fer Anand Vihar.

Simples citoyens et célébrités ont été nombreux à condamner ces violences sur les médias sociaux, tout en défendant le verdict du tribunal.

Arun Sharma ironise :

Je vis dans un pays où Babas et Maulvis ont plus d'impact sur les gens que l'enseignement

L'actrice de Bollywood Twinkle Khanna a tweeté :

C'est de notre faute s'il existe des Babas vers lesquels nous nous tournons comme de stupides tournesols vers le soleil, en oubliant qu'un halo n'est qu'un phénomène d'optique !

Ajay Kadian a tweeté :

Tu peux maintenant ajouter “violeur” à ta biographie

Le caricaturiste Satish Acharya a tweeté :

Foi aveugle !

Lundi 28 août, les tribunaux ont prononcé une peine de 20 ans au total, 10 ans pour chaque délit, et une amende de 14 lakh roupies indiennes (soit près de 22.000 dollars US). De nouvelles émeutes ont suivi l'annonce du verdict.

Amit Dholakia accuse les médias d'avoir omis un détail essentiel de la condamnation :

Les unes en hindi : Dans les titres sur Ram Rahim, le mot qui manque est “viol”.

D'autres, comme Yogendra Yadav, ont exprimé leur satisfaction en termes mesurés :

C'est fait. Enfin, 18 ans après le viol, 10 ans de procès. Reste à s'assurer qu'il purge sa peine comme un détenu, et non un VIP à l'hôpital ou libre sous caution

Les partis politiques Bharatiya Janata (BJP) et d'opposition Congrès National indien (INP) ont chacun tenté d'exploiter l'affaire en leur faveur. Le Congrès a accusé le BJP d’entretenir des relations politiques étroites avec Gurmeet Ram Rahim, tandis que le BJP clame que le verdict a été trop sévère, tout en gardant un relatif silence.

Le Ministre en chef de l'Haryana a été mis en cause pour négligence à assurer la sécurité, et celui du Pendjab a annoncé qu'aucun dédommagement ne serait payé aux adeptes blessés pendant les violentes manifestations qui ont balayé son État. Le Premier ministre indien Narendra Modi a condamné les violences lors de son programme radiophonique hebdomadaire. L'Uttarakhand, l'État situé à l'est de l'Haryana, a connu de violentes émeutes, forçant les autorités à imposer la Section 144 du code de procédure pénale de 1973, pour interdire les rassemblements de cinq personnes et plus sur son territoire.

Pendant ce temps, le chef Gurmeet Ram Rahim doit encore répondre de trois autres accusations criminelles en cours à son encontre, pour meurtres et la castration alléguée de 400 adeptes de Dera au siège de la secte.

Sous le choc de la condamnation de leur gourou, les adeptes de Dera Sacha Sauda restent dans les rues, sans savoir en qui croire désormais.

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