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Phil Paoletta à Bamako raconte la mobilisation mondiale pour aider le regretté Boukary Konaté dans sa maladie

Depuis Bamako, Phil Paoletta, un Américain résident au Mali, a lancé un appel à fonds pour la collecte de 8 500 dollars qui devaient servir pour l'évacuation de Boukary Konaté. En deux semaines, il a réussi à collecter plus de 9 600 dollars américains, une somme suffisante pour les frais de transport Bamako-Tunis-Bamako du malade avec un médecin pour l'accompagner, les frais médicaux et d'entretien.

Malheureusement, à son arrivée à Tunis, les médecins ont découvert que son état était si grave qu'il ne pouvait pas être opéré. Boukary a été renvoyé à Bamako sur le premier vol retour où il est décédé quelques jours aprés.

Dans cet interview, Phil Paoletta explique comment il a réussi l'exploit de collecter autant d'argent en deux semaines et d'autres aspects de la tragédie qui a emporté Boukary. 

Pourriez-vous vous présenter et nous expliquer comment un Américain se retrouve au Mali ?

Je suis au Mali depuis 2010. Au début, je suis venu parce que j’étais intéressé par la musique malienne. Puis j'ai commencé à être intéressé aussi par d'autres aspects de la culture, comme la langue bamanankan [le bambara], et c”est ainsi que j'ai rencontré Boukary.

Expliquez votre implication  dans la prise en charge medicale de Boukary: 

Je regrette de n'avoir su que très tard que Boukary était malade. Une amie m'a appelé pour m'en informer. Quand je suis venu voir Boukary j'ai vu que la situation était très confuse. Il y avait plusieurs médecins impliqués et plusieurs diagnostics. Je me suis senti obligé de tirer la situation au clair autant que possible. Claire Ulrich de Global Voices m'a contacté et m'a mis en relation avec un autre médecin ici à Bamako et c'est ainsi qu'on a tenté l’évacuation.

Dans l’identification de la maladie dont souffrait Boukary,  que s'est-il donc passé ?  N’y a-t-il pas eu des erreurs dans son suivi ?

Oui, malheureusement il y a eu une perte de temps énorme. Il a été mal diagnostiqué depuis le début. On a parlé d'un ulcère alors c’était quelque chose de beaucoup plus menaçant. En plus tout le monde n’était pas sur la même longueur d'onde. Il y a eu différents médecins qui ont donné des informations contradictoires. Le processus médical a été très regrettable.

Comment se fait-il que l’on ait découvert que son état était si grave seulement après son évacuation à Tunis ? 

Dès qu'on a su qu'il y avait un espoir pour une opération, on l'a transféré le plus tôt possible. A Tunis ils ont fait les analyse exhaustives qui ont montré qu'il était trop tard pour opérer.

En deux semaines, depuis Bamako, grâce aux réseaux sociaux, vous avez réussi à collecter plus de 9 000 dollars USD en ligne. Pourriez-vous nous expliquer comment et pourquoi un tel succès en moins de deux semaines ?

Le succès de la collecte de fonds est dû au fait que Boukary a touché beaucoup de personnes au long des années. Beaucoup de monde a découvert les langues et les cultures du Mali grâce à lui. C'est pour cela qu'on a pu vite trouve les moyens pour l'évacuer. 

Qu'en sera-t-il de tous les projets que Boukary exécutait et avait au programme? En avez-vous une idée?

Oui, je suis en train de parler à ce sujet ici avec Renaud Gaudin, un Français “wikipédien” et informaticien installé à Bamako. Lui était en contact avec un jeune qui avait déjà commencé à travailler avec Boukary en tant qu'assistant. On est donc entrain de voir comment on peut continuer son travail. On attend que la famille revienne du village.

Quelle leçon tirez-vous de cette tragédie ?

Dans cette tragédie, il y a plusieurs leçons, mais la plus grande leçon que j'ai apprise est que la capacité de soigner au Mali est très limitée. Il y avait un médecin qui a condamné Boukary sans même évoquer l'option de l’évacuation. En plus, j'ai appris qu'il n'y a même pas de prévention de l'hépatite B au Mali. On vaccine les enfants mais pour les adultes, beaucoup de gens sont dans l'ignorance. Boukary est parti trop tôt et ça fait très mal car je pense que c’était évitable.

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