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Les héros méconnus des inondations de Mumbai

Arrêt sur image de la vidéo sur YouTube de Video Volunteers : un travailleur migrant déblaye les égouts à Mumbai.

Cet article de Madhura Chakraborty a été publié à l'origine sur Video Volunteers, une organisation internationale primée, centrée sur les médias communautaires et basée en Inde. Une version éditée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenu. Sauf mention contraire, les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

Des milliers de travailleurs migrants sont employés chaque année par la Brihanmumbai Municipal Corporation (BMC), le plus riche organe municipal de l'Inde, pour un “grand nettoyage” avant l'arrivée de la mousson. Bien que ce nettoyage requière leur intervention, ils travaillent souvent dans des conditions inhumaines et illégales, découvertes pendant les récentes inondations de Mumbai.

Le 29 août, les trombes de la mousson ont fait des ravages, paralysant les moyens de transport et de circulation dans la mégapole de plus de dix-huit millions d'habitants. Une vingtaine de personnes ont péri quand un bâtiment s'est effondré, après que les routes ont été transformées en rivières dans la capitale financière de l'Inde.

Les eaux ont reculé en une journée grâce aux efforts des éboueurs migrants de la BMC.

L'absence de système d'égouts approprié en Inde entraîne des pratiques insalubres comme la défécation en plein air [fr] et la vidange manuelle. Cette dernière est essentiellement accomplie par la caste des dalits [fr].

Après avoir fait campagne pendant des décennies pour améliorer le système sanitaire, les législateurs indiens ont voté en 2013 la Loi pour l'interdiction de l'emploi de vidangeurs manuels et leur réhabilitation. Elle criminalise la coutume d'employer des individus pour nettoyer, transporter, disposer de ou manipuler manuellement des excréments humains depuis des latrines, égouts à ciel ouvert, fosses ou égouts sans équipement de protection adéquat.

Pourtant, les employés de la BMC continuent leur nettoyage à mains nues et sans la moindre protection.

Le correspondant de Video Volunteers à Mumbai et chauffeur de rickshaw à moteur Amol Lalzare rapporte :

They don’t touch us because our hands and feet are dirty. They say we stink. They yell at us, hit us, ask us to go away.

Ils ne nous touchent pas parce que nos mains et nos pieds sont sales. Ils disent que nous puons. Ils nous crient dessus, nous frappent, nous demandent de partir.

Nana Kale se rappelle comment il a été traité après avoir nettoyé les égouts de Mumbai avant la mousson. Il avait parcouru près de cinq cent kilomètres avec son épouse et leur fille de deux ans pour participer au grand nettoyage de la ville, en prévention des inondations.

Employé par des sous-traitants de la BMC, Kale se rend dans les égouts de Mumbai sans masque à gaz, gants protecteurs, chaussures ni combinaison. Il ramasse du plastique et des déchets solides à la main et débouche les canalisations avec une pelle et ses mains nues. Son épouse l'aide pendant que leur fillette joue dans l'eau noire putride et respire les vapeurs toxiques de méthane, d'ammoniaque et d'autres gaz.

She [my daughter] had once fallen inside the gutter. The contractor was right there, but he didn’t do anything. He asked us to keep her away. Where will this child go? says Kale.

Une fois, elle [ma fille] est tombée dans le caniveau. L'entrepreneur était présent, mais il n'a rien fait. Il nous a demandé de la tenir éloignée. Où est-ce que cette enfant irait ? demande Kale.

En décembre 2016, la Cour suprême de Mumbai a statué en faveur de la contractualisation des éboueurs employés par la BMC :

Residents of the city have a fundamental right to a clean environment…But in a welfare state, cleanliness for one class of citizens cannot be achieved by engaging in ‘slavery’ of the others.

Les habitants de la ville ont un droit fondamental à un environnement propre… Mais dans un État-providence, la propreté pour une classe de citoyens ne peut être obtenue au prix de l'”asservissement” d'une autre.

La BMC est l'organe municipal le plus riche d'Inde : avec un budget excédant les 250 milliards de roupies (environ 3,3 milliards d'euros), les citoyens concernés se demandent pourquoi elle ne prend pas meilleur soin de ceux qui accomplissent ce travail essentiel pour la ville. Les militants avancent que la BMC prend les vies des éboueurs à la légère à cause de leur appartenance à la plus basse caste de la société, les dalits.

D'après les données de la BMC elle-même, 1.386 ouvriers sanitaires ont perdu la vie depuis 2009. Quatre-vingt-dix sont déjà décédés cette année. Des recherches révèlent une espérance de vie de seulement 52 ans pour ceux qui accomplissent ce type de travail.

Abdul Shaikh, un sous-traitant employé pour le nettoyage, l'explique avec éloquence :

“Modiji talks about Swachh Bharat. But I want to ask this government, is the cleanliness of the streets the only important thing? What about the people who do this work?”

Monsieur Modi parle de Swachh Bharat. Mais je voudrais demander à ce gouvernement : la propreté des rues est-elle la seule chose qui importe ? Quid des gens qui font ce travail ?

La campagne Swachh Bharat, ou “Mission Inde Propre” défendue par le Premier Ministre Narendra Modi, a levé plus de 90 milliards de roupies (environ 1,2 milliards d'euros) depuis octobre 2016 via un nouvel impôt introduit spécialement pour financer ses initiatives. Malgré cela, le sort des travailleurs des égouts n'a pas changé.

Les Mumbaikars ont exprimé leur indignation envers la BMC quand des vies ont été perdues pendant les inondations, et on a beaucoup parlé de “l'esprit de Mumbai”. Mais alors qu'ils se congratulent sur les réseaux sociaux pour la générosité de leur esprit, imaginez Anil, douze ans, submergé dans les eaux usées jusqu'à la taille toute la journée, à nettoyer derrière tout le monde.

Les fumées toxiques et la boue putréfiée ne sont pas les seules à tuer les travailleurs migrants. Il y a aussi l'apathie des Mumbaikars qui détournent le visage de cette tragédie humaine.

Video Volunteers dirige le seul réseau d'informations avec l'objectif exclusif de couvrir des sujets sur les territoires les plus pauvres et les plus occultés par la grande presse indienne.

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