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Le site gouvernemental de pétitions en ligne jamaïcain sous le feu des projecteurs grâce à une campagne pro-environnementale

Capture d’écran de la page d’accueil du site internet de pétitions du Parlement jamaïcain, la nouvelle initiative gouvernementale.

[Billet d'origine publié le 29 septembre]

Le peuple jamaïcain n’est pas coutumier des pétitions en ligne. Le concept de pétitions auprès du gouvernement n’est pas très prisé, les rares pétitions existantes étant remises en format papier, au Bureau du Premier ministre. Qui plus est, le mot « pétition » évoque davantage l’idée de requête électorale lorsqu’un siège est très disputé par exemple, ou encore dans le cadre d’une demande de visa d’immigration aux États-Unis.

De fait, quand le Bureau du Premier ministre a officiellement lancé le site de pétitions en ligne au gouvernement le 24 juillet 2017, cela n’a déclenché qu’un intérêt limité et peu de réactions de la part du grand public.

On trouve actuellement 26 pétitions sur le site ; certaines d’entre elles sont assez décalées et d’autres, plutôt obscures. Les causes varient de : « faire d’un poète dub reconnu, un héros national » à « bannir les groupes de suprématie blanche de Jamaïque ». Il en existe même une suggérant l’abolition de tous les feux de signalisation.

Les pétitions ont une durée de vie de 40 jours, pendant lesquels elles doivent collecter 15 000 signatures ou plus pour être prises en compte. Le site indique :

If you gather 15,000 signatures in 40 days, we’ll review your petition, and if it complies with agreed standards, the Office of the Prime Minister will issue an official response.

Si vous atteignez 15 000 signatures en 40 jours, nous examinerons votre pétition et, si elle respecte les normes attendues, le Bureau du Premier ministre publiera une réponse officielle.

Une pétition pour faire de Miss Lou, personnalité culturelle très appréciée, une « icône nationale » a tristement tourné court. Cependant, certains Jamaïcains ont remarqué que le succès d’une pétition dépend de sa diffusion massive, et notamment sur les réseaux sociaux. Carolyn Cooper, universitaire et observatrice s’est intéressée au site et en est arrivée à la même conclusion :

Petitions need to secure 15,000 signatures within 40 days of being launched. That's the only way they are going to be taken seriously. I wonder if the OPM is setting us up for failure. How likely is it that any petition could attract so many signatures in such a short time? How did the OPM arrive at that seemingly arbitrary number? And why 40 days?

Les pétitions doivent obtenir 15 000 signatures en 40 jours. C’est la condition pour qu’elles soient prises au sérieux. Je me demande si le Bureau du Premier ministre ne cherche pas à nous mener en bateau. Comment une pétition pourrait-elle attirer autant de signatures en si peu de temps ? Comment est-il arrivé à ce chiffre qui semble arbitraire ? Et pourquoi 40 jours ?

Face à ces doutes, le Fonds jamaïcain pour l’environnement (Jamaica Environment Trust) a décidé de tester le site avec une pétition pour la sauvegarde du Pays Cockpit, la dernière et plus grande forêt naturelle de Jamaïque, abritant un havre de biodiversité ainsi qu’un important bassin versant.

Pourtant, la zone est menacée par l’exploitation minière de bauxite. Les activités minières sur l’ile vont s’accroître dans le but de fournir une entreprise productrice de bauxite achetée en 2016 par la société Jiuquan Iron & Steel (Group) Company Limited (JISCO), basée en Chine. Cette entreprise devrait être alimentée par une centrale à charbon de 1000 mégawatts, bien que la construction n’ait pas encore démarré. En fait, ce projet a fait l’objet d’une pétition recueillant 21 000 signatures que le Fonds jamaïcain pour l’environnement a imprimée et remise en mains propres au Bureau du Premier ministre en octobre 2016.

Une dimension historique et émotionnelle très forte se dégage du paysage abrupt et calcaire du Pays Cockpit. C’est là-bas que les Marrons trouvèrent refuge après avoir fui l’esclavage sous la domination britannique et où des batailles furent livrées et un traité de paix, signé. Les descendants d’esclaves qui y vivent toujours ont également fait entendre leur voix en protestant au fil des années.

La date limite de la pétition pour atteindre le nombre requis de signatures était le 30 septembre 2017. Depuis que le site de pétition a ouvert, quelques problèmes techniques sont apparus. Certains signataires se sont plaints que le site internet ne fonctionnait pas. Le site internet a été « fermé pour maintenance » de 15 h le 21 septembre jusqu’à 9 h environ le matin suivant, provoquant une vague d’inquiétude et de questionnements. En parallèle, Diana McCaulay, PDG du Fonds jamaïcain pour l’environnement rappelait aux sympathisants :

À tous : extra, le soutien pour le Pays Cockpit, mais s’il vous plaît, pas de propos personnels, injurieux ou déplacés #sticktotheissue (on reste dans le sujet)

Toutefois, la campagne s’est poursuivie sur les médias traditionnels à l’occasion d’une journée dédiée à la sauvegarde du Pays Cockpit « Save Cockpit Country Day », couverte par plusieurs stations de radio :

Aujourd’hui, c’est « Save Cockpit Country Day », il faut sauver le Pays Cockpit (#SaveCockpitCountry). Malheureusement, le site de pétitions en ligne du Premier ministre est en maintenance. Mais restez branchés !

Une vaste campagne a été lancée sur Facebook et WhatsApp :

All Jamaican friends, our Cockpit Country is very important. At present, there are no boundaries set for the place where our water flows from, and the home to much of Jamaica's biodiversity. Please sign this petition and share it for others to sign as well. The government will respond if enough signatures are garnered. You can help. Please, please do.

Amis jamaïcains : notre Pays Cockpit est précieux. Aujourd’hui, il n’y a pas de frontières entre le lieu d’où provient notre eau et le domaine d’une grande partie de la biodiversité jamaïcaine. Merci de signer la pétition et de la partager pour que d’autres personnes puissent signer également. Le gouvernement répondra si un nombre suffisant de signatures est atteint. Vous avez la possibilité d’aider. Alors s’il vous plaît, faites-le.

Pourtant, cette pétition a suscité un certain cynisme parmi les Jamaïcains. « Pourquoi a-t-il été aussi dur de recueillir 15 000 signatures ? » se sont demandé certains. Le journaliste Rodney Campbell a relevé que plutôt que d’essayer d’influencer le gouvernement, les Jamaïcains ont besoin d’adhérer à la cause :

Le plus gros défi n’est pas d’essayer d’amener le gouvernement à défendre la cause… Mais d’amener la nation à prendre conscience de son importance.

Un autre encore a mis en doute l’efficacité des pétitions en ligne :

Ce ne sont pas 15 000 signatures qui empêcheront un gouvernement de faire quoi que ce soit.

L’argument de base était « pourquoi une pétition est-elle même, nécessaire ? Le gouvernement ne devrait-il pas savoir que c’est mal ? »

Je ne sais pas ce qui est le plus triste, la nécessité de sauver le Pays Cockpit ou la nécessité de lancer une pétition pour sauver le Pays Cockpit.

Comme pour tout en Jamaïque, les hommes politiques ont pris part au débat concernant le Pays Cockpit, qui subsiste depuis des années. Le leader de l’opposition Peter Phillips a tweeté une vidéo incitant les Jamaïcains à signer la pétition :

Le peuple a parlé et il ne veut pas d’exploitation minière. La démocratie aux mains du peuple.

Ce à quoi le directeur de la communication du Premier ministre Andrew Holness, a répondu :

Pourquoi ne pas vous être intéressé au problème avant aujourd'hui ? Pourquoi n’avez-vous pas encouragé le gouvernement à définir des limites après tant d’années ?

Au-delà de ces querelles, les signatures continuent d’affluer. Le soir du 22 septembre, la pétition dépassait les 15 000 signatures requises. Le Fonds jamaïcain pour l’environnement a posté sur Facebook :

Thanks to everyone who supported the Save Cockpit Country petition and helped us reach the target of 15,000 signatures. The petition remains open for signatures until September 30. Let's send our nation's leaders a clear message. We encourage everyone to continue to learn more about this issue and share the information and petition with your friends, families and colleagues. Stay tuned to JET's social media for further updates #savecockpitcountry […]

Merci à tous ceux qui ont soutenu la pétition « Save Cockpit Country » et qui nous ont aidés à atteindre les 15 000 signatures. La pétition reste ouverte aux signatures jusqu’au 30 septembre. Envoyons un message clair à nos dirigeants. Nous vous encourageons à rester informés quant à l’issue de la pétition et à partager les informations et la pétition auprès de vos amis, familles et collègues. Restez connectés aux réseaux sociaux du Fonds jamaïcain pour l’environnement pour suivre les nouvelles. #savecockpitcountry.

Entre temps, le Premier ministre a réagi à la forte implication du public en faveur de la pétition. Le 25 septembre, il a publié ceci sur le site officiel et les réseaux sociaux :

The Office of the Prime Minister wishes to congratulate the Jamaica Environment Trust and other Jamaicans who worked together to ensure the success of the ‘Save Cockpit Country’ petition [and] wishes to advise that, as was committed, the government will officially respond […] within thirty (30) days to address the issues and concerns brought by the petition.

Le Bureau du Premier ministre souhaite féliciter le Fonds jamaïcain pour l’environnement et tous les Jamaïcains qui ont travaillé ensemble pour assurer le succès de la pétition « Save Cockpit Country » [et] souhaite informer que, comme convenu, le gouvernement apportera une réponse officielle […] dans les trente (30) prochains jours aux problématiques et préoccupations portées par la pétition.

Alors que la pétition elle-même a atteint son but, le sort du Pays Cockpit reste sur la table, mais il y a peut-être une lueur d’espoir quant à l’issue de ce problème de longue date. Cependant, cette réussite encouragera-t-elle d’autres personnes à soutenir le site internet de pétition ? À voir.

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