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Les moments de comique involontaire de la visite officielle du président turc Erdogan en Serbie

Capture d'écran du titre satirique “En l”honneur de la visite d'Erdoğan, 17 journalistes arrêtés aujourd'hui” de Njuz.net, l'équivalent en ligne serbe du Canard Enchaîné français.

L'accueil chaleureux réservé au Président turc Recep Tayyip Erdoğan par son homologue serbe Aleksandar Vučić pendant une visite d’État cette semaine a inspiré de nombreux commentaires satiriques sur le nationalisme et les libertés des médias.

M. Erdoğan est arrivé à Belgrade le 10 octobre, et a visité le lendemain Novi Pazar, la ville principale de la région méridionale du Sandžak, principalement habitée par des Bosniaques. La population de cette région a des liens historiques, religieux et familiaux forts avec la Turquie, car beaucoup de leurs parents avaient immigré en Turquie au siècle dernier.

Le nationalisme serbe est construit sur des récits de résistance à l’‘Empire ottoman, alors que Erdoğan est souvent vu comme un adepte du “néo-ottomanisme” — une orientation stratégique de la Turquie visant à retrouver son influence sur les pays autrefois parties de l'Empire ottoman. Aussi certaines tentatives de dignitaires visant à plaire à l'honoré visiteur ont-elles été moquées par des citoyens sceptiques.

Des commentateurs plus imaginatifs ont déterré les formes de poésie épique serbe qui ont grandement servi d'instrument principal pour éveiller le sentiment patriotique (anti-ottoman) au XIXe siècle. Ces récentes parodies visaient particulièrement les politiciens nationalistes locaux qui ont construit leurs carrières sur la promotion du nationalisme serbe.

Dans sa communication officielle, le gouvernement serbe a mis l'accent sur les bénéfices économiques attendus des multiples accords signés pendant la visite, dont un futur pipeline de gaz naturel, tout en éludant prudemment les questions politiques sur lesquelles ses positions sont diamétralement opposées à celles de la Turquie.

Des lacunes que la communauté des internautes a pourtant astucieusement et rapidement pointées :

Sire Vučić tint conseil
avec Erdoğan, Empereur des Turcs
De maintes affaires palabrèrent
De gaz naturel, foi et récits insignes,
Mais pour le Kosovo point n'y eut le temps.

De tels commentaires prenaient le ton des chants épiques du temps où la Serbie était un État vassal ottoman, disposant d'une autonomie interne mais nominalement subordonné au Sultan.

Vučić rassembla ses collecteurs d'impôts,
Pour crier hautes louanges d'Erdoğan
Au Sultan dans le Kalemegdan
Que jamais ne se fit [depuis 1867]
Lors que le Prince Mihajlo de la forteresse chassa le Turc

Le ministre serbe des Affaires étrangères Ivica Dačić se chargea lui-même de fournir une grande part du matériau satirique, en se saisissant du micro à un dîner officiel de Belgrade pour chanter des chansons populaires remontant au passé commun.

Ivica la Valise chanta comme le rossignol
Dans l'oreille du Sultan Erdoğan
Il chanta d'abord la [rivière] Miljacka de Sarajevo
Puis la chanson turque Osman Aga

Le site web satirique Njuz.net a évoqué l'aversion partagée des deux gouvernements pour la liberté de parole en ‘rapportant’ que “en l'honneur de la visite d'Erdoğan, 17 journalistes ont été arrêtés aujourd'hui” :

BEOGRAD, 10. oktobar 2017, (Njuz) – Sedamnaest novinara iz štampanih i onlajn medija uhapšeno je danas u čast posete turskog predsednika Srbiji.

Novinari će biti predstavljeni Erdoganu nakon svečane večere, kada će mu biti omogućeno da u ime prijateljstva dva naroda odredi simbolične kazne.

– U Erdoganovu čast smo priveli najbolje primerke antirežimskih novinara koje smo mogli da nahvatamo u tako kratkom periodu – oni su svakodnevno pisali i izveštavali najgore moguće stvari protiv vlade, predsednika i generalno, napretka Srbije, kaže se u saopštenju predsedništva Srbije.

Kako se nezvanično saznaje, Erdogan je veoma zadovoljan ovakvim potezom državnog vrha Srbije i obećava da će uzvratiti istom merom prilikom posete našeg predsednika Ankari.

– Neka ovo bude početak jedne duge i uspešne demokratske tradicije u razmeni kažnjavanja nepodobnih medija, navodi se u zvaničnom saopštenju turske delegacije.

BELGRADE, 10 octobre 2017 (Njuz) – Dix-sept journalistes de la presse papier et en ligne ont été arrêtés aujourd'hui, en l'honneur de la visite du président turc en Serbie.

Les journalistes seront présentés à Erdoğan à la fin du dîner de gala, où il lui sera permis d'annoncer des verdicts symboliques au nom de l'amitié des deux peuples.

- Pour honorer Erdoğan nous avons interpelé les meilleurs spécimens de journalistes anti-gouvernement que nous ayons pu arrêter dans un délai aussi court. Ils ont écrit et rapporté de la pire manière contre notre gouvernement, le président, et, en général, contre le progrès en Serbe, a énoncé le communiqué des services de la présidence de Serbie.

Selon des sources officieuses, Erdoğan a accueilli avec grande satisfaction cette mesure de la direction d'Etat serbe, et a promis de rendre la faveur lors de la visite du président serbe à Ankara.

- Puisse ceci être le début d'une longue et fructueuse tradition démocratique d'échanges de châtiments de médias indésirables, est-il dit dans le communiqué officiel de la délégation turque.

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