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Au Cachemire, d'aucuns soupçonnent les autorités indiennes de faire couper de force les tresses des femmes dans les rues

Des Cachemiris scandant des slogans lors d'une manifestation contre l'assassinat d'un civil à la périphérie de Srinagar, capitale d'été de l'Etat du Jammu-et-Cachemire. Image Instagram d'Ieshan Wani. Utilisée avec son autorisation

[Article d'origine publié le 21 octobre] Au cours des deux derniers mois, au moins 200 femmes ont déclaré avoir été attaquées au Cachemire indien par des agresseurs masqués qui leur ont par la suite coupé les tresses. Selon les déclarations de plusieurs victimes, les agresseurs ont tendu une embuscade aux femmes, à l'intérieur ou aux alentours de leurs maisons. Certains pulvériseraient même leurs victimes de produits chimiques afin de les rendre inconscientes et pouvoir ainsi leur couper les cheveux.

Étant donné que la longueur de la chevelure de la femme est associée à son honneur, la réduire de force est non seulement une attaque sur sa personne mais également une attaque sur son honneur. Malgré leur nombre, ces agressions demeurent non-résolues, et les manifestations deviennent au fil des jours de  plus en plus violentes.  Cette situation a remis au grand jour la dangereuse confiance qui existe entre les populations et les autorités, dans cette région connue pour son instabilité.

Depuis trois décennies, les populations de la vallée du Cachemire réclament le droit d'organiser un référendum sur leur indépendance. Dans ce laps de temps, plus de 68 000 personnes ont été tuées dans des soulèvements populaires sporadiques et au cours des répressions qui ont suivi. L'armée indienne a été accusée de nombreuses violations des droits de l'homme, dont les disparitions forcées de plus de 8 000 personnes.

Beaucoup de Cachemiris, qui vivent avec une forte présence militaire dans leur région, doutent de l'ignorance réelle des forces de sécurité concernant les auteurs de ces attaques. Certains accusent même le gouvernement d'orchestrer ces agressions dans le but de forcer la population à se soumettre.

Dans le quotidien indépendantiste en ligne The Citizen, Seema Mustafa à expliqué :

Il est difficile de croire que ces personnes peuvent agir aussi facilement, entrer dans les maisons, et s'enfuir au Cachemire, un pays où même les mouvements d'oiseaux et de feuilles sont traqués. Les services de renseignement, capables de déloger les manifestants dans tous les coins du pays, n'ont “aucune idée” sur l'identité de ces personnes qui sèment la panique au sein de la population, à tout moment qu'ils souhaitent.

Les “théories de la rumeur et de la conspiration” qui circulent sont nombreuses, a déclaré Raees –ul-Hamid Paul à Kashmir Reader :

Certaines personnes pensent qu'il s'agit de la résurgence des vielles tactiques de New Delhi, consistant à créer la peur et la psychose au sein de la population dans le but de la détourner du sentiment de liberté. Cependant, une contre-question peut être posée, quel était la nécessité d'utiliser cette tactique au moment où il régnait un calme relatif dans les rues de la vallée et où les gens vaquaient normalement à leurs occupations ?

Tandis que certains pensent que les mobiles de tels incidents sont de redorer le blason de la police et des politiciens traditionnels à qui les personnes effrayées racontent ces histoires d'horreur, l'autre théorie proposée est une réduction de l'espace pour les militants de la vallée dès lors contraints de rester chez eux […] parce que la population locale se méfierait de tout étranger […] Le [chef de la police], de son côté, reproche aux séparatistes d'avoir exploité cette situation pour attiser les troubles dans la vallée.

La méfiance à l'égard des autorités et la peur entourant les attaques au Cachemire ont conduit à des cas parfois meurtriers de violence collective. Un homme de 70 ans,  pris pour un “coupeur de tresse” a été lynché par ses voisins à Anantnag. Travailleurs migrants, étrangers y compris les touristes ont été pris à partie par la foule qui doute des motivations de leur présence.

‘Tentatives de création d'une hystérie générale’

Certains ont lié cette série d'agressions de coupures de tresses au Cachemire aux cas de tresses de femmes mystérieusement coupées, en début de cette année, dans de nombreux États en Inde.

D'après les habitants, l'essentiel de ces phénomènes est l'œuvre de forces surnaturelles, mais les psychiatres ont accusé une hystérie collective : “D'après les preuves disponibles, les femmes se coupent les cheveux soit consciemment soit dans un sensorium altéré, dans le but d'attirer l'attention”, a déclaré en août l'ancien directeur du département de psychiatrie de l'Institut indien des sciences médicales de New Delhi au Hindustan Times.

Des mesures ont toutefois été prises pour réduire les actes de coupures de tresses. a écrit Mustafa à The Citizen :

Au début des événements, une troisième hypothèse avait été émise. Mais elle avait fait long feu car les fantômes en faisaient de trop. Le fait de dire que les femmes du Cachemire sont hystériques et que les actes de coupures de tresses sont un produit de leur imagination fertile semble avoir été balayé par l'ampleur des actes […] En outre, si tel était le cas, on s'attendrait à ce que les autorités le prouvent, et mettent ainsi fin à la terreur inspirée par les tresses.

D'après le Premier Ministre de l’État de Jammu-et-Cachemire, les événements qui se sont déroulés au Cachemire visaient à “créer une hystérie générale” :

Ces actes de coupures de tresses visent à créer une hystérie générale et saper la dignité de la femme dans l’État.

L'inquiétude des Cachemiris reste sans réponse. En réaction, des habitants ont créé des patrouilles nocturnes. La police a déjà enregistré des douzaines de premiers rapports d'incident (FIR) sur de prétendues coupures de tresses et rumeurs au Cachemire. Selon la police, tous les suspects détenus jusqu'à présent se sont révélés innocents et n'étaient aucunement liés à ces actes. La police n'y comprend rien, incapable d'arrêter les auteurs de ces actes elle menace d'engager des poursuites contre ceux qui propagent les rumeurs. Des récompenses en espèces ont été également annoncées pour encourager les gens à dénoncer les coupables.

‘Nous les femmes du Cachemire ne nous sentons pas en sécurité dans notre propre pays’

La situation a sérieusement affecté le sentiment de sécurité des femmes du Cachemire, a posté une utilisatrice de Twitter :

Nous les filles du Cachemire ne nous sentons pas en sécurité dans notre propre pays, c'est horrible.

Cela risque également de réduire l'espace où les femmes peuvent se rendre sans voile et aussi de les empêcher d'aller où elles le souhaitent, a écrit Arshie Qureshi dans Feminism in India. Elle a décrit les «réactions patriarcales» qu'elle a connues depuis que le phénomène de coupures de tresses a commencé :

Au cours de la semaine passée, à plusieurs reprises, il m'a été demandé par des hommes et des femmes dans la rue de me couvrir la tête. Et quand j'ai refusé, la réponse récurrente était que ce sont les femmes comme moi qui sont à l'origine de la généralisation de ce phénomène de coupures de tresses. En le disant, elles manifestent non seulement leur mécontentement que je ne me couvre pas la tête, mais également un certain soutien aux phénomènes de coupures de tresses des femmes qui ont refusé de se couvrir la tête.

[…] Mes parents ont commencé à s'inquiéter de mes sorties matinales et tardives de la maison, durant les heures où les rues sont pour la plupart désertes. J'observe que dans la plupart des écoles, les filles attendent aux arrêts de bus accompagnées de leurs parents, surtout les hommes. […] Ce comportement ne permet pas seulement d'éviter de se faire couper les tresses, mais il rétrécit aussi progressivement la participation déjà limitée des femmes à la vie publique.

Des manifestations se sont répandues dans toute la région du Cachemire :

Des étudiants de l'université du Cachemire protestent contre les actes de coupures de tresses.

Une commission a été mise en place par le gouvernement local du Cachemire pour faire face aux attaques et offrir une assistance médicale et des conseils aux victimes. Mais les tensions demeurent fortes. Sans réponses crédibles, la place des femmes dans l'espace public, ainsi que la paix dans la région, semblent de plus en plus menacées.

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