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Audrey Azoulay succède à une autre femme à la tête de l'UNESCO

 

Audrey Azoulay, qui succède à Mme Irina Gueorguieva Bokova à la tête de l'UNESCO. Photo par Didier Plowly CC-BY-3.0

C'est donc Mme Audrey Azoulay ancienne ministre française de la culture que les 58 membres du Conseil exécutif de l’UNESCO vont soumettre aux 195 Etats membres de l’Organisation le 10 novembre 2017. Elle était confrontée à neuf autres concurrents.

Le verdict en sa faveur n'est arrivé qu'au 5e tour avec 30 voix pour elle et 28 pour son concurent Hamad bin Abdulaziz Al Kawari du Qatar.  Formellement elle ne sera élue que le 10 novembre 2017, avec l'approbation par la conférence générale des 195 États membres.

La succession d'une femme à une autre femme à la tête d'une des plus grosses agences des Nations Unies est sans précédent. C'est ce qui s'est passé à l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), où la française Mme Audrey Azoulay va remplacer la bulgare Mme Irina Gueorguieva Bokova qui a terminé son deuxième mandat comme Directrice generale. Le fait mérite d'être souligné.

Des 8 candidats, l'ancienne ministre française de la culture était la plus jeune et, logiquement celle qui avait le moins d'expérience du travail dans les organisations internationales ou dans la diplomatie de son pays. En outre,  comme sa prédécesseur était une femme, son élection n'était pas acquise d'avance.

Amina Benlhasen a retracé son parcours académique et professionnel pour le site d'actualités marocain MAP. Elle la présente ainsi:

A son actif, Audrey Azoulay peut se prévaloir d’un pedigree “diversité” en or. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une grand-mère marocaine séfarade, un père conseiller du Roi du Maroc et une mère écrivaine qui, vivant entre Paris et Rabat, ont su créer un pont entre les deux rives de la Méditerranée, écrit également d’elle le “Journal du Dimanche”.

De par sa diversité, la richesse de son vécu et sa foi en les valeurs de dialogue et de multiculturalité dans lesquelles elle a puisée depuis sa tendre enfance, Audrey Azoulay réunit, à ne pas en douter, toutes les qualités qui lui permettront durant son mandat, comme elle s’y est engagée, de redonner toute sa place à l’UNESCO et de restaurer la confiance en cette institution et de placer l’éducation et la Culture au  coeur de la gouvernance mondiale.

Pour en arriver là Mme Audrey Azoulay a dû surmonter de nombreux obstacles. Avant tout, comme Anissa Hégly le  rappelle sur oumma.com, qu'en avalisant la candidature de Mme Azoulay, c'est un impair diplomatique que l'ancien Président français, François Hollande, laissait en héritage à son successeur, brisant une règle tacite dans le choix des responsables des organisations internationales qui veut qu'un ressortissant d'un pays où se trouve le siège d'une d'entre elles ne soit pas nommé au plus haut niveau. Elle révèle aussi que:

L’annonce de la candidature d’Audrey Azoulay a fait l’effet d’une petite bombe dans les milieux feutrés de la Diplomatie et de la Culture. Une situation gênante pour le Quai d’Orsay, car il était à peu près entendu depuis de nombreuses années dans les différentes chancelleries que le prochain Secrétaire général de l’organisation devait être issu d’un pays arabe. En effet, durant ses 72 ans d’existence, l’UNESCO a vu à sa tête 10 présidents, dont 7 venaient d’Europe ou d’Amérique du Nord. Il faut savoir que les pays membres de l’UNESCO sont divisés en six groupes, chacun représentant une zone culturelle et géographique donnée. Le premier groupe auquel appartient la France a obtenu six fois le poste de Directeur général, et chaque autre groupe une fois, à l’exception… des pays arabes…

Un impair diplomatique d’autant plus grave qu’en voulant trouver un parachutage en or pour son ancienne ministre, François Hollande a aussi brisé une règle tacite des organisations internationales : un pays où siège l’une de ces institutions ne propose pas de candidat à sa tête. Une forme de courtoisie pour assurer une neutralité maximale et pour éviter qu’un Suisse siège à l’OMC, un Italien à la FAO… ou un Français à l’UNESCO. Les ennuis s’accumulent pour les fonctionnaires du Quai d’Orsay, contraints de devoir défendre une candidature qui horripile la plupart de nos partenaires.

Cette victoire, inattendue selon plusieurs observateurs, a été rendue possible, grâce à la discorde au sein du groupe des états arabes, due aux relations diplomatiques difficiles du Qatar avec voisins. Parmi les 58 membres du Conseil Exécutif de l’organisation il y a sept représentants arabes, à savoir l’Algérie, l’Egypte, le Liban, le Maroc, le Qatar, Oman et le Soudan.  Khaled Elraz explique pour afrik.com:

Lors de l’ultime tour d’un scrutin très serré entamé lundi…Audrey Azoulay a reçu le soutien de l’Egypte, dont la candidate avait été éliminée sur la dernière ligne droite, contre le candidat du Qatar, qui faisait la course en tête depuis le début. Mais le Qatar était loin de faire l’unanimité du monde arabe, d’autant plus que l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec lui en juin dernier. La candidate française d’origine marocaine, fille d’Essaouira, était idéalement désignée pour battre un candidat qatari, en rupture de ban dans le monde arabe.

La bataille a cependant été âpre pour prendre le leadership d’une organisation déjà fragilisée par ses dissensions et ses difficultés économiques, et à laquelle les Etats-Unis et Israël avaient porté “un coup dur” avec l’annonce jeudi de leur départ, selon la directrice générale sortante de l’organisation, la Bulgare Irina Bokova…

Un problème auquel Audrey Azoulay saura sans nul doute répondre : car elle est issue d’une famille marocaine, issue d’une terre dont le souverain musulman est commandeur des croyants, musulmans aussi bien que juifs.

D'autre part, l'Ambassadeur Qatari, Hamad bin Abdulaziz Al-Kawari, avait  tenu des attitudes dans le passé que le Centre Simon Wiesenthal avait dénoncées à la veille de l'élection. Pierre-Alain Lévy se demande sur le site online WUKALI, sur les arts et la culture, se demande:

Quelle est donc la stratégie du Quatar, et quelle mouche a piqué leurs dirigeants pour avoir désigné comme candidat au poste de directeur-général de l’Unesco monsieur al-Kawari ? Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture, tout est dit, pourquoi alors un tel candidat, Le Centre Simon Wiesenthal avait pourtant à plusieurs reprises alerté l’opinion sur les propos inquiétants de l’Ambassadeur al-Kawari, notamment ses propos furieusement antisémites tenus lors du salon du Livre de Doha et sur ses écrits. On aurait pu souhaiter que pour une telle responsabilité à ce poste éminent Doha fût plus circonspect sur ses choix… Par ailleurs dans les semaines qui précédèrent le vote, le Quatar avait multiplié les pressions et les invitations généreuses auprès de délégués, ce qui n’avait pas manqué de susciter pour le moins l’irritation de certains. En outre la stratégie diplomatique du Quatar manque (en termes diplomatiques) de lisibilité.

Malgré cette polémique autour de sa candidature et son élection, on ne peut que souhaiter bonne chance à la première Mme Audrey Azoulay qui succède à une autre femme à la tête d'une des majeures institutions spécialisées des Nations unies et qu'elle puisse redorer le prestige de cette importante institution dont l'utilité n'est pas à démontrer.

 

 

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