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Au Japon, les préparations à une attaque de missile font s'inquiéter la population plus qu'elles ne la rassurent

japan north korea missile drills

Légende : “Missiles nord-coréens : les exercises ne comportent pas de scénario en cas de dommage à une centrale nucléaire.” Arrêt sur image de ANN YouTube channel.

À la suite de l'organisation, pour la première fois, d'exercices de défense civile dans les écoles locales, certains habitants de la préfecture de Fukui ont exprimé leur inquiétude quant à l'absence d'instructions en cas de frappe d'une centrale nucléaire, autres que “Mettez-vous à l'abri”. La préfecture de Fukui [fr] est une petite préfecture rurale sur la côte de la mer du Japon, à environ 500 km au sud-ouest de Tokyo. Elle abrite la concentration de centrales nucléaires la plus élevée du pays, sinon du monde.

Le 14 novembre, les élèves des 219 écoles primaires et collèges de la préfecture ont pratiqué la procédure à suivre en cas d'avis, via le système national J-Alert, de l'arrivée d'un missile en provenance de Corée du Nord. Dans un exercice conduit dans un collège de la ville de Fukui, un représentant du Bureau du Cabinet (un département du gouvernement sous la direction du Premier Ministre du Japon) explique aux élèves que faire dans le “cas improbable” (万が一) d'une attaque de missile et de l'alerte associée. Dans le cadre de l'exercice, les élèves sortent de leur salle de classe rapidement et se mettent à l'abri dans un couloir de l'école.

Dans cet exercice, l'école a été notifiée qu'un missile “passait au-dessus de” (通過), mais ne visait pas la préfecture de Fukui elle-même. Les habitants interviewés ont exprimé leur inquiétude quant à l'absence d'instructions pour le cas où la préfecture serait la cible d'une attaque de missile, surtout compte-tenu du fait qu'elle abrite quinze centrales nucléaires, la plus forte concentration de réacteurs du Japon.

Sur Twitter, un abonné a publié une photographie d'un article du journal local expliquant que selon des estimations américaines, une attaque d'une centrale nucléaire résulterait probablement en au moins 3.600 morts et 6.000 blessés.

“Les premiers exercices de prévention de missiles à Fukui ne comportent pas de scénario sur les centrales nucléaires, bien qu'avec 15 réacteurs, ce soit le nombre le plus élevé du Japon”

C'est juste horrible.

Ni la ville de Fukui, capitale de la préfecture, ni celle de Tsuruga, une petite ville de 70.000 habitants hébergeant ou située près de, cinq réacteurs nucléaires sur trois sites, n'ont d'instructions détaillées en cas d'attaque par un missile. Les deux villes donnent simplement l'ordre de s'abriter dans une structure appropriée proche ou souterraine pour ceux qui se trouvent dehors. Ceux qui se trouvent à l'intérieur d'un bâtiment doivent s'éloigner des fenêtres.

Elles renvoient ensuite vers le site internet du Secrétariat du cabinet de la protection civile, qui présente des informations en japonais et en anglais.

Actions in case of missiles flying to Japan

Extrait de “Actions à prendre en cas de missiles en direction du Japon“, un poster en anglais du gouvernement japonais expliquant que faire en cas d'attaque de missile : “Les missiles peuvent atteindre le Japon moins de 10 minutes après avoir été lancés. Si des missiles peuvent toucher le Japon, le système J-Alert procure des informations d'urgence via différents canaux comme des sirènes et des emails. 1. Evacuez immédiatement. 2. Rassemblez des informations précises immédiatement. Suivez les instructions officielles et agissez calmement.”

Les alertes aux missiles et les exercices ne sont plus des nouveautés au Japon, après que la Corée du Nord a conduit une série de tests nucléaires et de missiles plus tôt dans l'année. Les tests les plus récents datent du 3 septembre 2017, quand elle a fait détoner ce que l'on pense être une bombe thermonucléaire environ dix fois plus destructrice que celle qui a détruit Hiroshima en 1945. La Corée du Nord a également testé des missiles à courte, moyenne et longue portée pendant toute l'année. Certains de ces tests se sont produits près du Japon ou même au-dessus de son territoire.

Le systeme d'alerte d'urgence du Japon donne aux gens six minutes entre l'avertissement et l'arrivée potentielle d'un missile.

En retour, le gouvernement japonais a exploité le système d'alerte sismique du pays pour envoyer plusieurs alertes par sms pendant l'automne, à chaque fois qu'un missile balistique était lancé de Corée du Nord. De la même facon que les inquiétudes exprimées à Fukui, une plainte récurrente pendant cette crise a été l'absence d'instructions sur ce que les résidents japonais devraient faire en cas d'un lancer de missile, encore plus en cas de frappe directe, autre que “se mettre à l'abri”.

mihama genpatsu

Trois réacteurs dans un complexe opéré par Kansai Electric Power Company à Mihama, près de la ville de Tsuruga, préfecture de Fukui. Le complexe est situé dans la région de Wakasa, sur la côte de la Mer du Japon. Photographie de Nevin Thompson.

La possibilité d'une attaque de missile de l'un des nombreux réacteurs nucléaires de Fukui n'est pas non plus prise à la légere. En septembre, la Corée du Nord avait menacé de “couler” le Japon. La région côtière de Wakasa, ou sont concentrés les quinze réacteurs de Fukui, est voisine de Maizuru, la principale base navale japonaise sur la Mer du Japon.

La région est également proche du lac Biwa, le plus grand lac d'eau douce du pays et une source d'eau potable pour presque quinze millions d'habitants dans le Kansai densément peuplé. Bien que la plupart des réacteurs de la préfecture de Fukui ne soient pas actuellement en service, ils stockent tous des quantités importantes de combustibles nucléaires usagés et hautement radioactifs. Une attaque des réacteurs pourrait donc répandre des tonnes de déchets radioactifs toxiques et polluer le lac.

nuclear reactors near kyoto

Location des réacteurs nucléaires près du lac Biwa, dans la région du Kansai. Les points jaunes représentent les centrales. La ville de Kyoto est au centre de la carte, et Kobe et Osaka en-dessous. Image largement diffusée sur les médias sociaux.

En juillet, le dirigeant de l'Autorité de régulation nucléaire de Japon, qui supervise les centrales nucléaires de la préfecture de Fukui, a été obligé de revenir sur des propos qui se voulaient rassurants, selon lequels du point de vue de la Corée du Nord, il serait plus logique de lancer un missile sur Tokyo plutôt que sur une centrale de province. Il a dû retirer sa remarque.

Certains aimeraient que le danger que représentent des centrales nucléaires soit éliminé des le début. Comme le commente un usager de Twitter :

Tweet : Avant de commencer les exercices [de préparation aux attaques de missiles] nous devrions nous débarrasser des réacteurs.

Article : Malaise à Fukui, qui abrite la plus forte concentration de réacteurs nucléaires du Japon, sur “l'absence de plan d'action” pour organiser des exercices anti-missiles. Il n'existe aucune estimation du dommage que pourraient subir les réacteurs, provoquant l'inquiétude des habitants locaux.

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