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Peindre l'Histoire à neuf : l'art Sohrai de Jharkhand

Exemples de peintures Sohrai Painting. Capture d'écran de l'art tribal de la page Hazaribagh, via Bulu Imam

Le présent article écrit par Alankrita Anand, est paru originellement sur Video Volunteers, une organisation communautaire internationale de média primée basée en Inde. Une version adaptée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un partenariat avec Global Voices.

Sohrai et Khovar, les formes artistiques traditionnelles de l’État indien de Jharkhand, sont des formes ritualisées pratiquées par les femmes. Ces dernières années, cette forme artistique a reçu beaucoup d'attention, car les services de l'art et de la culture de l’État ont passé commande à des artistes et des spécialistes issus des tribus de fresques hautes en couleurs sur des murs d'édifices publics, de gares de chemin de fer et d'aéroports. Ce qui infuse un sens de leur identité chez les artistes des tribus et leur redonne de l'assurance.

L'art Sohrai est l'art de la fête de Sohrai (des moissons). Créé avec de la terre sur les murs de terre des maisons de Jharkand

L'art Sohrai doit son nom à la fête des moissons qui commence autour de Divali. Pendant la moisson, les femmes de la maison procèdent à un grand nettoyage de l'habitation et des murs, et peignent des fresques artistiques. La particularité de cette forme d'art traditionnel est qu'elle est créée uniquement par les femmes. Le Sohari décrit le cycle des récoltes, et le Khovar, ou peinture au doigt, décrit le mariage et la fertilité, et est réalisé traditionnellement pour les noces.

Avec ses petits pots de pigments naturels, extraits de différentes sortes de terres et de roches, la célèbre artiste de Sohrai Putli Devi trace des touches expertes sur le mur pendant que la correspondante communautaire Basanti Soren converse avec elle sur cette forme d'art.

Dans la vidéo, Putli Devi mentionne :

Ce que cette forme artistique a de plus spécial est qu'elle n'est réalisée que par les femmes et transmise par les femmes, et on les compte sur les doigts de la main. La plupart appartiennent à la communauté Kurmi et vivent à Hazaribagh.

Putli Devi a grandi à Chotanagpur, Hazaribagh et c'est en regardant sa mère peindre des fresques avec ses doigts qu'elle a appris cette forme artistique.

Je voyais les loups et les chats sauvages s'enfuir avec des poules dans la forêt, et j'ai commencé à les représenter dans mes peintures.

Les peintures sont réalisées avec pour couleurs du rouge, du noir, du jaune et du blanc, et les représentations d'animaux abondent. Devi explique :

Je peins de mémoire, les choses que j'ai vues en grandissant, et celles que je vois autour de moi.

Mais Putli et ses consœurs artistes n'étaient pas toujours reconnues pour leur travail, qu'elles ne destinent pas à la vente. Ce qui n'empêche pas Putli Devi d'être ravie aujourd'hui que son travail soit exposé dans des pays comme l'Australie et l'Allemagne.

Un jour, Bulu Imam est venu par ici et a vraiment aimé mes peintures. J'étais réticente à le rencontrer, mais mes belles-sœurs insistaient. Il m'a encouragée à peindre sur du papier, et a apporté mes peintures à un public mondial.

A 75 ans, Bulu Imam est un écologiste qui travaille à la préservation de l'art et de la culture autochtones à Jharkhand. Il explique :

Les peuples autochtones, dans le monde entier, ont des droits sur les terres qu'ils habitent historiquement, mais en Inde, il y a des limitations à ces droits.

L'Inde a voté en faveur de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des peuples autochtones (UNDRIP) mais ne reconnaît pas le terme ‘peuple autochtone’ lui-même, ce qui rend la déclaration inapplicable à l'Inde.

Sur le terrain, ceci se traduit par une violation des droits des peuples autochtones. C'est ainsi qu'Imam relève que si les autochtones indiens ou Adivasis sont dépendants de leur terre pour vivre, ils n'ont aucun droit aux “récoltes sous-terre”. “Je parle des mines”, dit-il, évoquant les riches ressources minérales qu'abrite le plateau de Chotanagpur.

La question de l'art et de la culture autochtones est étroitement liée à l'identité et aux droits. dit Imam :

J'ai trouvé la preuve de I'indigénéité des Adivasis de Jharkhand dans leur art : les grottes de la région sont ornées de peintures similaires remontant à des millénaires. Pour que les communautés autochtones recouvrent leurs droits, il faut établir qu'elles sont historiquement présentes sur le territoire.

Pour Basanti, qui appartient aussi à une communauté autochtone, préserver son art et sa culture est important pour une communauté tribale.

La nouvelle génération ne sait pas grand chose de son histoire, c'est pourquoi il est important de promouvoir les cultures locales. Nous devons être conscients de nos traditions, c'est une question d'identité.

Devidas Gaonkar, un correspondant qui documente les cultures autochtones à Goa, partage ce sentiment sur l'art, la culture et l'identité.

L'art Sohrai est désormais connu comme l'art national de Jharkhand. Il a fini par recevoir le parrainage tant du gouvernement régional que de compagnies comme Tata Steel qui ont leur siège hors de cet État. Les gares de villes comme Hazaribagh et Jamshedpur accueillent aujourd'hui les voyageurs avec des fresques Khovar et Sohrai qui jusqu'à récemment n'ornaient que les murs de maisons villageoises.

Peintures sohrai d'artistes tribaux à la gare de Hazaribagh

@TantAFaire Ne manquez pas les fresques ‘Art Sohrai’ sur les murs à votre gauche en sortant de l'aéroport Birsa Munda vers la ville

De nouvelles superbes fresques d'art Sohrai de Hazaribagh bientôt à l'aéroport de Ranchi. Nos talentueux artistes viennent de Barkagaon et Katkamsandi.

Le passage de cet art du village à l'espace international et commercial a-t-il apporté la prospérité à ses pratiquantes ? Basanti indique que la situation matérielle de Devi s'est certes améliorée, mais pas tant que ça. Personne ne s'intéresse plus à apprendre le métier. Imam souligne cependant que le changement apporté dans la vie de Devi est un sens de l'identité et d'assurance. “Ça n'a pas de prix”, dit Imam.

Video Volunteers fait fonctionner le seul réseau d'information exclusivement consacré en Inde à fournir une large couverture des territoires indiens les plus démunis et les plus absents des médias.

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