Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Premier concert depuis 121 ans d'une chanteuse amérindienne au Théâtre Amazonas

Djuena Tikuna pendant son concert au Théâtre. arrêt s

Le 23 août 2017, Djuena Tikuna a été la première femme indigène à monter sur les planches du Teatro Amazonas de Manaus au Brésil, un bastion de la culture européenne au cœur de la plus grande forêt tropicale du monde.

L'artiste de 32 ans a dernièrement produit et lancé son album Tchautchiüãne, ‘mon village’ en langue tikuna. Un travail qui s'inspire de la Fièvre du caoutchouc en Amazonie, l'exploitation massive des hévéas dans la région — et celle des habitants — qui a débuté au tournant du 20ème siècle.

L'Etat brésilien d’Amazonas compte l'une des populations amérindiennes les plus nombreuses, soit environ 17 % des 896.000 autochtones vivant actuellement au Brésil.

Djuena, originaire de l’ethnie Tikuna – la plus importante du Brésil – s'identifie comme la “chanteuse du mouvement indigène”. Selon Djuena, les Tikuna sont un peuple “très musicien” ; elle a appris de sa mère, qui a appris de sa propre mère, qui elle-même a appris de ses ancêtres.

Les paroles de ses chansons, toutes en langue Tikuna, sont animées d'esprit militant, et évoquent des sujets chers à sa communauté, comme l'environnement et la démarcation des terres. Et, plus important, elle chante en langue tikuna, ce qui, pour elle, est un choix politique :

Alguns povos não falam mais a sua língua. Já pensou se canto em português? Os jovens que estão me assistindo vão querer me imitar. Mesmo na cidade, temos de manter a língua e a identidade.

Il y a des gens qui ne parlent plus leur langue. Vous m'imaginez chanter en portugais ? Les jeunes qui me regardent voudront m'imiter. Même en ville, nous devons conserver notre langue et notre identité.

Il est important de revenir sur l’histoire du théâtre Amazonas pour comprendre ce que cela symbolise pour les peuples autochtones d’y voir représentée la chanteuse.

Le bâtiment, au centre de Manaus, la capitale de l’État d'Amazonas, a été conçu par l'Institut portugais d'Ingénierie et d'Architecture de Lisbonne et inauguré en 1896, à l'apogée de l'exploitation du caoutchouc dans la région.

A une époque où l’industrie automobile faisait ses premiers pas, la découverte du caoutchouc obtenue à partir de l’hévéa, un arbre typique de l’Amazonie, s’est avérée une affaire extrêmement lucrative qui a attiré une horde d’investisseurs, d'aventuriers et ouvriers de tout le Brésil.

La richesse générée par cette industrie – qui a utilisé les techniques indigènes pour extraire le latex des arbres – a placé les capitales des États du Nord du Brésil parmi les plus développées du pays et permis de financer la construction du Teatro Amazonas sur la proposition de la nouvelle élite locale. Ce dernier a été édifé par une main d’œuvre indigène.

La conversion en grand nombre d'Indiens en travailleurs pauvres n'a pas été le seul dommage créé par la fièvre du caoutchouc ; la période a été caractérisée par l'expulsion en masse de diverses tribus de leur terres.

121 ans ont passé depuis que les ouvriers Indiens ont construit le Teatro Amazonas, et pour la première fois, une chanteuse indienne est montée sur la scène de l'un des plus importants monuments de cette époque.

Encore enfant, Djuena a quitté le village et est allée à Manaus. Dans un entretien rapporté par le site Jornalistas Livres, elle explique que l'idée de présenter son récital au Teatro Amazonas est venue d'une question qu'elle s'est posée : “Pourquoi je ne pourrais pas y chanter ? Parce que je suis Indienne ?”

Et d'ajouter :

Quando eu cantei no palco do Teatro Amazonas com eles, que nós batemos os pés, é uma forma de eu estar dizendo: estamos aqui, parentes. Vocês sofreram por causa dessa construção, mas nós estamos aqui, vamos continuar aqui lutando e vamos continuar aqui resistindo.

Quand j'ai chanté sur la scène du Teatro Amazonas avec eux, et que nous battions des pieds, c'est une façon de leur dire : nous voici, une famille. Vous avez souffert à cause de cette construction, mais nous voici, nous allons continuer à lutter ici et à résister ici.

La vidéo se termine sur des appels à la “Demarcação já!” (“démarcation [des terres] maintenant”), qui font partie de campagnes — dont une chanson protestataire lancée par des artistes au courant de l'année — pour défendre les terres indigènes restantes en leur assurant une reconnaissance juridique entière, une question encore plus compromise par le gouvernement de l'actuel président brésilien Michel Temer.

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
* = required field
Non merci, je veux accéder au site