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Le projet de budget qui a embrasé la contestation en Iran

Manifestation le 1er janvier à Téhéran pour protester contre la mauvaise situation économique. Photo IRNA news Reproductions autorisées.

Cet article a été initialement publié le 8 janvier 2018, sur le site d’Arseh Sevom, une organisation non-gouvernemental qui promeut la paix, la démocratie et les droits humains pour les communautés de langue persane.

Un projet de budget qu'un grand nombre de travailleurs et de ménages précaires ressentent comme ignorant leurs besoins est au cœur des manifestations dans la République islamique d'Iran.

Les manifestations contre ce projet de budget ont commencé dès sa présentation le 10 décembre. Enseignants, chauffeurs de bus, syndicats et retraités ont été parmi les premiers à descendre dans la rue devant le parlement.

C'était la première fois qu'une esquisse budgétaire était publiée en entier. “Avec la publication d'emblée du budget entier”, explique le journaliste Mostafa Khosravi à Global Voices, “la corruption au cœur du système était plus apparente”.

Les fonds destinés aux organisations religieuses et culturelles dépourvues de transparence et ne publiant pas de comptes posent question. Beaucoup de ces organisations sont inconnues du grand nombre en Iran.

On croit communément que le mouvement national de protestation a commencé dans la ville de Mashhad dans le Nord-Est. Mais, dix jours avant l'éruption du mouvement national de manifestations, des citoyens exprimaient déjà publiquement dans les rues leur colère contre le projet de budget. Sur l'application de messagerie Telegram, le député Mohammad Taghi Akbarnejad raconte avoir marché anonymement parmi les manifestants devant le bâtiment du parlement :

در این حین بود که خانم ۵۵-۶۰ ساله ای که از سر و وضعش پیدا بود که هنوز از خودش نا امید نیست، با تندی جلو آمد و پرسید: شما نماینده مجلسید؟ گفتم: نخیر. بنده هم مثل شما مراجعه کننده هستم! گفت: آقا شما را به خدا اگر دستتان می رسد به اینها بگویید: من غلط کردم رفتم آموزش و پرورش. من گداخانه رفتم! به آقای خامنه ای بگویید به رئیس جمهور بگویید به هر کسی که دستتان می رسد بگویید ما واقعا بریده ایم. ما این انقلاب را نمی خواهیم. ما از شما آخوندها متنفریم!… زن ۶۰ ساله ای در دو قدمی من با یک آرامش آکنده به غروری گفت: حاج آقا عبا قبایتان را بذارید توی صندوقچه، مردم به خونتان تشنه اند!!! من به روی خودم نیاوردم. با آرامش به حرف ها گوش می دادم و ابراز همدردی می کردم.

J'étais au milieu des manifestants, quand une femme, la cinquantaine avancée, m'a approché et m'a demandé si j'étais un député. J'ai répondu, ‘Je suis là comme vous.’ Elle m'a dit, ‘sI vous pouvez aller au parlement, dites-leur que j'ai fait une erreur en devenant enseignante. Vous avez fait de nous tous des mendiants. Veuillez dire à M. Khamenei, au président, à tous, que nous sommes désespérés. Nous n'avons pas besoin de votre révolution. Nous détestons les religieux’.

Plus tard, une femme, la soixantaine, m'a approché calmement pour me dire de cacher mon manteau de religieux. ‘Les gens sont assoiffés de votre sang !!!’

Je n'ai rien pris de ça personnellement, je voulais montrer ma solidarité.

Pour beaucoup, le projet de budget promet d'exacerber une situation économique déjà désespérée.

La politique étrangère de l'Iran est particulièrement visée par la rancœur. Les protestataires sont irrités que l'argent aille directement soutenir les guerres en Syrie et au Yémen, de même que les acteurs par procuration dans d'autres pays comme le Liban. Un des slogans entendus dans les manifestations du passé et, à nouveau, de ces jours-ci est : “Ni Gaza ni Liban, je ne donne ma vie que pour l'Iran.”

Si le parlement vote l'augmentation du prix de l'essence, les Gardiens de la Révolution obtiendront également une hausse significative de crédits de 120 %. Le budget de la milice iranienne des Bassidj équivaut presque à celui de l'armée régulière. En outre, le budget de la Force Qods (la branche secrète des Gardiens de la Révolution iraniens, active en Syrie) est complètement caché au public. Si les griefs contre ce déséquilibre de la dépense publique n'ont rien de nouveau, ils semblent connaître une poussée de fièvre après les grands espoirs de prospérité économique nés de la levée des sanctions en janvier 2016.

“C'est contre la corruption que les gens s'indignent” a dit l'analyste et journaliste Pezhman Tavahori dans un entretien. “Ils pensent que mettre fin à de la corruption allégera la pauvreté”.

Un des objectifs du gouvernement iranien est de propager l'islam chiite dans la région. Ce qui est une mission coûteuse, en termes humains et financiers. Sur Buzzfeed, le journalist Borzou Daraghi écrit :

Ever since the US invasion of Iraq in 2003, Iran — a Shiite state — has had its eyes on its Shiite-majority neighbor, intent on taking over the levers of power, commerce, and the military. But this is just one part of Iran’s wider goal: to establish territorial dominance from the Gulf of Aden to the shores of the Mediterranean.

Depuis l'invasion américaine de l'Irak en 2003, l'Iran – un pays chiite – a des visées sur son voisin à majorité chiite, résolu à prendre les leviers du pouvoir, du commerce et de l'armée. Mais ce n'est qu'une partie de l'objectif plus vaste de l'Iran : établir une domination territoriale du golfe d'Aden aux rives de la Méditerranée.

Le Guide Suprême de l'Iran est-il prêt à des compromis sur ses buts de politique étrangère pour remédier à des inégalités de revenus et à des souffrances économiques ? Tavahori pense que non :

The current demonstrations may be suppressed, but the anger won’t end. I don’t think the Supreme Leader will give up this policy. Poverty and corruption will continue and before long people will be back on the streets

Les manifestations actuelles peuvent être étouffées, la colère ne s'arrêtera pas. Je ne pense pas que le Guide Suprême renoncera à sa politique. Pauvreté et corruption vont continuer et avant longtemps les gens seront de retour dans les rues.

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