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Au Kirghizstan et Kazakhstan, Instagram est un chemin vers la célébrité et le scandale

Capture d'écran du compte Instagram d'Anjelika Bekbolieva, publiée dans un article du média kirghize Kaktus Media. A droite de l'image : “Bientôt vous aurez les réponses à toutes les questions.”

Dans ces voisins d'Asie Centrale que sont le Kirghizstan et le Kazakhstan, Instagram est le plus court chemin vers la renommée. Et parfois, ce service populaire de média social mène encore plus vite à l'infamie.

En ce moment, les sites d'information de ces deux pays post-communistes sont embourbés dans des scandales impliquant des célébrités locales et Instagram.

Au Kazakhstan, 2017 s'est terminé sur les informations autour de l'arrestation suivie de la remise en liberté d'Aizhan Baizakova, 22 ans, une top-model et danseuse qualifiée par les médias locaux de provocante “star d'Instagram”.

Elle s'est retrouvée en prison le 26 décembre après s'être dénudée avec d'autres lors d'une fête licencieuse enregistrée sur vidéo au bar Zakova, un nightclub de l'ex-capitale du Kazakhstan Almaty. Depuis, l'établissement a été fermé par ses propriétaires.

Le jour du procès qui l'a expédiée pour trois jours en prison, son compte Instagram aux centaines de milliers d'abonnés est devenu inaccessible. Les autorités kazakhes, connues pour leur blocage des contenus érotiques et pornographiques, ont démenti avoir requis le blocage du compte.

Dans le même temps au Kirghizstan, la chanteuse populaire Anjelika Bekboliyeva (741.000 abonnés) est allée sur la plateforme au début de ce mois pour se défendre contre des allégations de vol de mari, dans un post qu'elle a ensuite supprimé.

A en croire l'organe de média kirghize Kaktus.media, le texte était le suivant :

Скоро вы получите ответ на все вопросы. И очень много переписок одной сумасшедшей мамочки, которая вымогает на данный момент деньги у своего мужа. Да что ты за мать, Айжана? Перед тем как распространять смешную клевету, надо было замазать лицо своих детей. Не строй из себя замужнюю, приличную! Кашу наварила не вкусно и с комочками!

Bientôt vous recevrez la réponse à toutes vos questions. Et tout un tas de courriers d'une petite mère foldingue qui extorque en ce moment de l'argent à son mari. Quelle sorte de mère es-tu donc, Aijana ? Avant de colporter ces calomnies ridicules, il t'a fallu salir le visage de tes enfants. Ne joue pas la femme convenable et mariée ! Tu as cuisiné une bouillie immangeable et pleine de grumeaux !

A la différence de Bekboliyeva, qui utilise Instagram pour booster un profil public pré-existant, Baizakova était une inconnue quand elle a créé son compte Instagram cette année.

La top-model et danseuse a rattrapé le temps perdu, postant des photos et vidéos suggestives ainsi que des billets provocants qui lui ont valu courroux et admiration à doses égales.

Les charges pour lesquelles Baizakova a été arrêtée et emprisonnée — “exécution en un lieu public d'un événement contraire aux normes et aux règles de la morale” — sont vagues.

Le Kazakhstan possède quantité de boîtes de nuit, après tout. Selon Baizakova, les policiers lui ont dit qu'elle était arrêtée pour avoir dit des gros mots en présentant l'événement au club Zakova.

Quant au Zakova, il a fermé ses portes car ses propriétaires ont subi les pressions de manifestants conservateurs masculins après que les images du soi-disant “concours de nudité” ont atterri sur l'internet.

Baizakova n'a pourtant pas plié, et attire encore plus d'intérêt depuis qu'elle est la vedette d'un clip musical publié par le populaire boys band Alem.

Postée sur YouTube le 10 janvier, la vidéo a déjà atteint près de 700.000 vues.

Le Daily Mail en embuscade

Les scandales Instagram d'Asie Centrale ne fascinent pas que les audiences locales : un certain tabloïd britannique en est lui aussi friand.

Jusqu'à récemment, la couverture de l'Asie Centrale dans le Daily Mail était largement dominée par Gulnara Karimova, la séduisante fille de 45 ans de feu le président d'Ouzbékistan Islam Karimov. Mais Karimova étant supposée se trouver aujourd'hui incarcérée en Ouzbékistan — ou du moins fermement écartée de la sphère des médias sociaux —  le tabloïd a commencé à lancer ses filets ailleurs.

Un article publié l'an dernier, “L'étudiante surnommée ‘la Barbie du Kazakhstan’ répond en ligne à ses détracteurs musulmans en publiant des clichés TRÈS osés montrant sa taille minuscule de 56 cm” racontait l'histoire d'une jeune femme “exhibant son corps parfait en lingerie affriolante” sur Instagram.

L'article était à gros traits, oubliant de mentionner que si le Kazakhstan est un pays majoritairement musulman, les femmes des grandes villes peuvent généralement s'habiller comme il leur plaît.

Le point de vue du Daily Mail sur le scandale de l'allaitement d'Aliya Shagiyeva sur Instagram en a irrité plus d'un au Kirghizstan. Capture d'écran du site web du Daily Mail.

Quelques mois plus tard, un autre article du Daily Mail, “La fille du président du Kirghizstan accusée d'être la honte de la famille en publiant des photos d'allaitement dans ce pays musulman à 75%” a fâché au Kirghizstan en faisant implicitement croire qu'il y existe un tabou de l'allaitement en public — ce n'est pas le cas.

Des Instagrammeurs créatifs monétisent leurs contenus

Par bonheur, Instagram dans ces deux pays n'est pas que sexe, mensonges et vidéo. Deux comptes Instagram valent d'être suivis pour leur valeur créative et distrayante :  @eldana_foureyes (Eldana Satybaldieva) au Kirghizstan avec 570.000 abonnés, et @territima au Kazakhstan avec près d'un million.

En plus de régaler les internautes, ces deux comptes convertissent leur célébrité en ligne en revenus commerciaux grâce à la publicité.

Territima, une troupe d'humoristes kazakhs installée dans la capitale Astana, réussit particulièrement bien à se vendre.

Toyota est le gros sponsor dont ils se targuent ces derniers temps, aux côtés de plusieurs entreprises locales d'internet. La marque Territima orne aussi les frontons d'une nouvelle boutique de floriste et d'un café branché d'Astana.

Toutefois, les premières incursions d'Eldana dans la publicité ont fait grincer des dents.

Dans une publicité de mars 2017, Eldana est saisie dans la rue par un groupe d'hommes et emmenée en voiture vers une destination inconnue.

Elle commence par résister à cet “enlèvement de mariée” et menace ses assaillants de les faire mettre en prison.

Mais quand elle arrive à l'appartement familial des ravisseurs, dans une “elitka”, ou immeuble d'appartements pour l'élite construit par la firme Cap Stroy KG, elle change d'avis et décide qu'après tout elle fait un assez bon mariage.

Cette publicité-choc a fait mouche dans un pays où des milliers de jeunes filles sont enlevées chaque année en vue d'être épousées. Mais elle a déçu la base libérale de ses fans qui raffole de ses sketchs d'une ou deux minutes, légers, geeks, sur la vie quotidienne d'une jeune personne vivant au Kirghizstan.

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