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Le collectif Dispatch Beirut “restaure” les parties endommagées ou délabrées de la ville avec des briques LEGO

Installation artistique rue Geitawi, Beyrouth. Photo prise le 28 mars 2013. Source: Facebook.

[Article d'origine publié en anglais le 7 février 2017]

Un collectif libanais d’art dans l’espace public, nommé Dispatch Beirut, s’est fait connaître en utilisant des briques LEGO pour « reconstruire » des morceaux de la capitale libanaise.

Ces « petits blocs d’espoir », comme le collectif les nomme, ont vocation à être éphémères. Selon leurs propres mots, Dispatch Beirut souhaite « marquer la ville de Beyrouth avec de l’art éphémère et créatif en tant que proclamation urbanistique concernant les espaces actuellement rasés et délabrés ».

Dispatch Beirut a été fondé par Lea Tasso et Pamela Haydamous. Ce collectif a été inspiré par le travail de l’artiste allemand Van Jormann, qui utilisait des pièces en plastique de jeux de construction pour réparer et combler les trous dans des murs endommagés.

La principale motivation à l’origine de cette initiative était le sentiment que la reconstruction de la ville par le gouvernement, à l’issue de 15 années de guerre civile en 1990, était en train de prioriser le profit au détriment du patrimoine. Les spécialistes Marwan Ghandour et Mona Fawaz écrivaient en 2010 que, au lieu d’être la « cicatrisation  » annoncée comme motivant la reconstruction de Beyrouth, la reconstruction a « moins de liens avec l’époque précédant la destruction qu’avec un véritable acte de destruction ». Autrement dit, « l'effacement spatial initié par les destructions lors de la guerre est consolidé par la reconstruction d’après-guerre ».

Cette situation difficile nécessitait une réponse artistique et Dispatch Beirut a souhaité y apporter sa contribution. Lors d’un entretien avec Global Voices, Haydamous expliquait :

Beirut has become a shadow of its former self and we wanted to change that. We wanted to bring Beirut’s bullet holes, broken stairways and streets back to life in a fun way. We wanted to give people a chance to reminisce about their childhood and their past by giving them back that sense of hope that they lost growing up during war. We gave them blocks of legos and asked them to build their own world with us.

Beyrouth était devenue l’ombre d’elle-même et nous souhaitions changer cela. Nous voulions ramener à la vie de manière plaisante les impacts de balles, les escaliers cassés et les rues endommagées de Beyrouth. Nous voulions donner aux personnes une chance de se remémorer leur enfance et leur passé en leur donnant de nouveau ce sentiment d’espoir perdu en grandissant pendant la guerre. Nous leur avons donné des briques LEGO et demandé de construire leur monde à eux avec nous.

Il est devenu rapidement évident pour l’équipe que leur travail allait subir le même traitement que celui imposé à la ville.

We knew that our street art couldn’t forever remain untouched. We were faced with a lot of forced destruction. The government didn’t help either. When we created our Independence Day installation on a shattered wall, we received a signed permit to keep our installation for an entire month. After only 12 hours, we received a phone call saying that our installation was causing a lot of parties to object and therefore, had to be taken down. It was very depressing to hear that. It’s almost as if people were used to disappointment.

Nous savions que notre art de la rue ne pourrait être maintenu intact indéfiniment. Nous avons été confrontés à de nombreuses destructions. Le gouvernement n’a pas aidé non plus. Lorsque nous avons créé notre installation Independence Day sur un mur éventré, nous avions obtenu une autorisation signée pour laisser notre installation pendant un mois entier. Après seulement 12 heures, nous avons reçu un appel téléphonique disant que beaucoup de tiers s’étaient plaints de notre installation et que, par conséquent, elle devait être retirée. Cela a vraiment été déprimant à entendre. C’est presque comme si les gens étaient habitués à être déçus.

Installation réalisée pour la fête nationale libanaise, 22 novembre 2012. Source: Facebook

La création de ces installations uniques requiert beaucoup de temps et d’efforts. L’équipe avait réussi à se faire sponsoriser par Lego Beyrouth, en remplacement des demandes de dons à leurs amis et relations comme ils le faisaient simplement jusqu’alors. Mais cela n’a pas duré non plus. Haydamous a raconté à Global Voicies :

We started off using our own bricks and received donations from friends, friends of friends and so fourth. By the time we got to our 4th installation, Lego Beirut offered to sponsor us fully. After two years, the sponsorship stopped because we were having problems protecting our installations. Now we’re back to receiving donations. We’re hoping to find new forms of urban interventions that will stay for a longer time.

Nous avons débuté en utilisant nos propres briques et des dons d’amis, des amis d’amis et ainsi de suite. Arrivés à notre quatrième installation, Lego Beyrouth a proposé de nous sponsoriser intégralement. Au bout de deux ans, ce mécénat s’est arrêté car nous avions des problèmes pour protéger nos installations. Aujourd’hui, nous nous reposons de nouveau sur les dons. Nous espérons trouver de nouvelles formes d’installations urbaines qui tiennent plus longtemps.

Quatrième installation de Dispatch Beirut’. Source: Facebook

Malgré les problèmes rencontrés avec leurs installations, le travail de l’équipe a retenu l’attention. En 2013, Dispatch Beirut a collaboré avec le festival « Geitawi on my mind » et l’équipe « Dihzahyners » pour créer un projet nommé « A Little Wonderland » par lequel une vieille maison de l’un des secteurs les plus fréquentés de Geitawi à Beirut a été réhabilitée avec de la peinture et des Legos colorés.

Les photos avant – après :

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Photos avant et après de ‘A Little Wonderland’. Source: Bananapook

Alors que certains peuvent voir ces efforts comme une tentative d’effacer le passé, Dispatch Beirut soutient qu'il ne s'agit pas de cela :

Our goal is not erase our memories of war but to give hope to not give up on a country that has suffered so much.

Notre objectif n’est pas d’effacer nos souvenirs de la guerre mais de permettre de ne pas perdre espoir en un pays qui a déjà tellement souffert.

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