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Petits mais forts : Luttes et succès des Sarayaku

Sabino Gualinga, un ainé du peuple Sarayaku, débute un rituel à l'occasion des excuses publiques de l’État Équatorien. Photo de  @wambraradio Medio Digital Comunitario, utilisée avec autorisation.

[Article d'origine publié le 7 novembre 2017] Le peuple Sarayaku, petite communauté autochtone dans l'est de l’Équateur, fait rarement la une des journaux. Ils vivent dans la forêt amazonienne. Cependant, par deux fois ces dernières années, ils ont réussi à attirer l'attention des médias nationaux équatoriens.

S'excuser auprès de la communauté Sarayaku

Entre septembre et novembre 2014, les Sarayaku firent parler d'eux sur la scène publique. Le gouvernement équatorien leur présenta publiquement des excuses (fait rarissime),  pour avoir autorisé des compagnies minières à exploiter le territoire Sarayaku sans l'autorisation de la population autochtone.

Nous avons creusé ces informations afin d'accéder à l'histoire complète. Dans notre recherche MediaCloud,  204 articles associent “excuses” avec la communauté Sarayaku. Cependant, l'histoire derrière ces excuses est confuse pour qui n'est pas familier des batailles politico-légales des Sarayaku.

Il s'avère que ces excuses font suite à la décision d'un jugement de la Cour inter-américaine des droits de l'homme  (IACHR). Cette décision, émise le 27 juin 2012, condamnait l’État équatorien pour sa violation des droits des Sarayaku à la propriété collective.

Exploration MediaCloud des mots associés avec Sarayaku de septembre à octobre 2014 dans la collection équatorienne de NewsFrames. Le mot “Disculpas” (excuses) a été surligné.

Depuis les années 80, les Sarayaku combattent publiquement l'exploitation pétrolière sur leurs terres. A la fin des années 90, le gouvernement équatorien a accordé une concession à une compagnie pétrolière pour réaliser des forages sur les terres ancestrales des Sarayaku, en infraction de la loi qui requiert le consentement des communautés autochtones avant l'accord de licences d'exploitations minières.

Lors de son discours d'excuse au nom de l’État équatorien, le ministre de la justice Ledy Zúñiga a rappelé  que ces violations des droits humains avaient été commises par les précédents gouvernements de Jamil Mahuad (1998-2000) et Lucio Gutiérrez (2003-2005).

Ofrecemos disculpas por la violación a la propiedad comunal indígena, violación a la identidad cultural, violación del derecho a la consulta, por haber puesto gravemente en riesgo la vida e integridad personal y por la violación a los derechos de las garantías judiciales y protección judicial y los derechos humanos”, declaró Zúñiga.

Nous présentons nos excuses pour la violation de la propriété collective autochtone, la violation de l'identité culturelle, la violation du droit à la consultation, pour avoir mis gravement en péril la vie et l'intégrité personnelle ainsi que pour la violation des droits à des garanties judiciaires, à la protection juridique et aux droits humains”,  a déclaré Zúñiga.

Ces excuses sont une des rares victoires politiques et médiatiques du peuple Sarayaku, ainsi que des groupes autochtones et activistes qui se mobilisent contre l'exploitation pétrolière. Ils ont obtenu une décision favorable de la Cour inter-américaine des droits de l'homme. Ils ont également bénéficié d'une large couverture médiatique desdites excuses, qui furent massivement retransmises en espagnol et en kichwa.

Kidnappeurs ou groupe en rétention? Une victoire du cadrage

Après le pic de couvertures médiatiques faisant suite au jugement, le peuple Sarayaku disparut de l'agenda des médias équatoriens. En décembre 2016, des nouvelles de la communauté refirent surface.

La couverture médiatique  “Sarayaku” en ordre chronologique de septembre 2014 à juillet 2017.

La raison? Le 19 décembre, à travers leur page officielle Facebook, Sarayaku, defensores de la selva (“Sarayaku, défenseurs de la forêt”), les Sarayaku rapportèrent détenir 11 soldats de l'armée équatorienne qui se trouvaient sur leur territoire sans permission.

La plupart des médias équatoriens, pro-gouvernements inclus, couvrirent l'histoire en référence à Facebook, sans inclure les déclarations officielles de l'armée ou du gouvernement. Les premières déclarations des Sarayaku sur Facebook disaient  “inviter les soldats au dialogue” après leur entrée sur leur territoire sans permission et également que ces soldats étaient “sous la protection” de la communauté.

Publication  Facebook  à travers laquelle les  Sarayaku annoncèrent la détention de soldats  dans leur communauté.

Le même soir, le président équatorien Rafael Correa décrivit les incidents différemment, parlant d'une “séquestration”. Dans le discours suivant il déclara à travers les médias nationaux :

esto es inconstitucional, es detención arbitraria, esto es secuestro porque todo el que permanezca dentro del territorio sin hacer nada ilegal se le respeta la libre movilidad.

Ceci est inconstitutionnel, c'est une détention arbitraire, c'est une séquestration car tous ceux qui restent à l'intérieur du territoire sans rien faire d'illégal doivent voir leur libre circulation respecté.

Cette version du gouvernement qui fut par la suite reprise par les médias de masse déclara également que les Sarayaku avaient enfreint la loi, et  qualifia les soldats de “séquestrés” (los soldados fueron secuestrados). Tout le long de la semaine, le mot secuestrados (séquestrés) fut le seul utilisé par les médias pour reprendre les déclarations du président Correa ou du ministre de la défense Ricardo Patiño.

La plupart des médias mirent l'accent sur la version des Sarayaku, utilisant le mot retenidos (retenus) au lieu de secuestrados (sequestrés) et rappelant l’imposante militarisation dans la région. Malgré les déclarations du président, la version Sarayaku prévalut.

Comparaison MediaCloud entre l'utilisation des mots “retenidos” (retenus) utilisés par les leaders autochtones et le mot”secuestrados” (sequestrés) utilisé par le gouvernement, suivant la rétention de 11 soldats dans la communauté Sarayaku. Décembre 2016.

Lorsque  les soldats furent relâchés après les négociations, le mot retenidos (retenus) utilisé par les leaders autochtones prévalut sur le mot secuestrados (séquestrés). Tant la presse papier que télévisée et même certains médias numériques pro-gouvernemental optèrent pour retenidos.

Finalement, même la déclaration de presse de l'agence gouvernementale du Ministère de la Communication (SECOM) employa le langage des Sarayaku, écrivant :

así como hay derechos también hay obligaciones que deben ser respetadas para asegurar esos mismos derechos como por ejemplo el de la libre movilidad en el territorio nacional. Por ello el Gobierno rechaza categóricamente la retención contra la voluntad de once soldados de las Fuerzas Armadas por decisión arbitraria de algunos dirigentes de la comunidad Kichwa Sarayaku.

Tout comme il y a des droits, il existe également des devoirs qui doivent être respectés afin d'assurer ces mêmes droits, des droits comme que celui de la libre circulation sur le territoire national. Pour cette raison la gouvernement rejette catégoriquement la rétention contre leur volonté des onze soldats des Forces Armées par décision arbitraire de certains leaders de la communauté Kichwa Sarayaku.

Ces moments de couverture médiatique du peuple Sarayaku reflètent une petite mais néanmoins importante amélioration . Ainsi que le déclara Andrés Tapia — chargé de communication au sein de la Confédération de Nationalités Indigènes de l'Amazonie Équatorienne (CONFENIAE) —  “il est important de signaler qu'il y a, bien sûr, des conflits, des combats et de la résistance mais il y a également des améliorations.”

* * *

Comment nous avons déterminé que retenidos prévalait
Les recherches sur MediaCloud  n'ont trouvé que 20 articles de médias nationaux équatoriens relatant l'incident des soldats retenus. Ces articles sont listés sur cette feuille de calcul en ligne, où les lecteurs peuvent voir que retenidos a été utilisé dans 14 articles, tandis que  secuestrados l'a été dans 10. Les informations incluses dans le résultat MediaCloud  sont représentatives des grands médias équatoriens, dont celui détenu par le gouvernement El Telegrafo. MediaCloud a aussi saisi les informations des principales chaînes de télévision. Parmi les journaux équatorien les plus importants qui rapportèrent la libération des soldats, les résultats MediaCloud ont manqué un article d'“El Comercio” que nous avons trouvé en cherchant dans les archives du journal. Dans cet article, “El Comercio” utilisait secuestrados dans le titre d'un article sur une annonce du Ministère de la Défense mais faisait référence à la version Sarayaku dans le paragraphe principal en utilisant le mot retenidos.
Au total, 18 articles sur un échantillon de 20 accordaient la primauté à la version Sarayaku. Dix articles utilisèrent retenidos dans leurs unes, tandis que quatre utilisèrent secuestrados. Deux articles utilisèrent l'expression “invitèrent au dialogue” en référence à la rétention des soldats. L'un d'eux utilisa l'expression “sous la protection de la communauté Sarayaku”, et un autre évita de caractériser l'incident. Le texte de l'accord de libération entre l'armée et la communauté Sarayaku évite les deux mots, leur préférant  “presencia y permanencia” (présence et permanence).

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