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Dans la péninsule égyptienne du Sinaï, les interruptions de réseaux rendent les civils inaccessibles et incapables d'appeler à l'aide

Une manifestation contre les coupures du réseau mobile dans le Nord du Sinaï. La bannière dit: “Nous ne voulons pas utiliser les réseaux israéliens à cause de votre négligence.” Photo de Sinai2014/page du groupe SinaiOutofCoverage.

Cet article a été écrit par Asser Khattab et publié sur le blog de SMEX. Il est publié à nouveau sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Dans le cadre d'une opération militaire visant à éradiquer “les terroristes et les éléments et organisations criminelles” de la péninsule égyptienne du Sinaï et des zones adjacentes, les forces armées égyptiennes ont ordonné la fermeture de l'internet et des télécommunications dans toute la région.

Appelée “Opération totale: Sinaï 2018“, l'opération militaire vise les insurgés affiliés à l'EI dans les zones méridionales et centrales de la péninsule du Sinaï, de l'ouest de la vallée du Nil et dans le Delta.

Les activistes en ligne et les citoyens égyptiens tirent la sonnette d'alarme sur Twitter en utilisant le hashtag #سيناء_خارج_التغطية [“Le Sinaï exclu de la zone de couverture”] pour exprimer leur inquiétude sur le sort largement inconnu des civils du Sinaï, puisqu'ils sont maintenant physiquement et virtuellement inaccessibles. Depuis juillet 2013,  le Nord du Sinaï est traité comme une zone militaire fermée par les autorités égyptiennes, qui en ont interdit l'accès aux journalistes et aux observateurs des droits humains. Des milliers d'habitants ont été expulsés et déplacés de force alors que les militaires égyptiens détruisaient les maisons au bulldozer pour créer des zones tampons à la frontière avec Gaza, et plus récemment autour de l'aéroport du Sinaï.

Cette grande campagne militaire a effectivement placé le Sinaï dans un blackout médiatique, avec les coupures des télécommunications qui ont déconnecté et isolé ses habitants les des autres et du reste du pays et du monde.

De tels blocages sont devenus monnaie courante pour les habitants d'Al-Arish et d'autres villes du nord du Sinaï peu peuplé, qui sont soumis à des perturbations de réseau “à chaque fois que des opérations de sécurité et militaires sont menées dans la zone désertique au sud de la ville,” selon un ingénieur d'al-Arish qui a parlé à sous condition d'anonymat, par crainte d'être interpellé par les autorités. La source a ajouté que le gouvernement ne prévient pas les habitants avant la coupure et ne fournit aucune justification une fois les services rétablis.

Le gouvernement égyptien a lancé des offensives contre l'insurrection du Sinaï depuis ses débuts en 2011, dans le sillage de la révolution égyptienne qui a renversé le régime du Président Hosni Moubarak. Le groupe extrémiste militant Ansar Beit al-Maqdis (ABM) a attaqué à plusieurs reprises les forces de sécurité égyptiennes avant de prêter allégeance à l'Etat Islamique autoproclamé dans la Péninsule du Sinaï, appelée province ISIL-Sinaï.

Mohannad Sabry, un journaliste et chercheur qui a largement couvert le Sinaï, a dit à SMEX lors d'un entretien téléphonique que les blocages des télécommunications et d'internet n'étaient tout simplement pas efficaces.

“Les forces gouvernementales souffrent davantage des perturbations de réseau que les insurgés,” a-t-il dit, faisant référence à des cas où les forces au sol ont perdu le contact entre elles ou avec le ministère de l'Intérieur pendant les combats. Les groupes insurgés “ont d'autres moyens de communication, comme les terminaux portables BGAN [téléphonie par réseau satellitaire, NdT] et les émetteurs-récepteurs à ondes courtes,” ajoute Sabry, expliquant que les perturbations des services de télécommunication avaient peu d'impact sur les cibles présumées.

Ces blocages empêchent les journalistes locaux et étrangers et les organisations non-gouvernementales de joindre leurs sources sur le terrain.

“Limiter la couverture de l'échec de la stratégie égyptienne dans le Sinaï et son impact négatif sur la communauté est l'une des raisons de ces interruptions,” a déclaré Sabry.

Le 3 février, le New York Times a dévoilé un “accord secret” entre l'Egypte et Israël contre les militants du Nord Sinaï. Le gouvernement égyptien tente de dissimuler au public de telles informations, selon Sabry, “les dirigeants égyptiens ont voulu dissimuler l'approbation des attaques aériennes israéliennes sur les positions de l'Etat Islamique dans le Sinaï,” a-t-il déclaré.

Le secteur des télécommunications en Egypte est exploité par l'Autorité Nationale des Régulation des Télécommunications (NTRA), ce qui “signifie que cette entité est impliquée dans toute perturbation de réseau qui survient dans le pays,” a déclaré sous condition d'anonymat par mesure de précaution, un militant de la liberté d'expression à SMEX.

“Différents corps de l'Etat interviennent dans les activités de la NTRA, comme les ministère de la Défense et de l'Intérieur, l'Agence de la Sécurité Nationale, et d'autres tels le ministère des Télécommunications,” a ajouté l'activiste.

L'ingérence récurrente dans les services de télécommunication et d'internet est due au fait que la liberté de la presse et la liberté d'expression soient menacées par le régime militaire du Président Abdel Fattah El-Sissi. En 2016, selon le comité pour la protection des journalistes l'Egypte était le troisième pays du monde en termes de journalistes emprisonnés.

Les reportages sur le Nord Sinaï sont encore plus difficiles depuis que la zone a été déclarée zone militaire fermée et rendue inaccessible aux journalistes en juillet 2013. Selon notre source d'Al-Arish, alors que les journalistes peuvent demander une autorisation d'entrer dans la région au porte parole militaire de l'Egypte, Tamer al-Refai, “il accorde très rarement ces autorisations … personne n'a été autorisé à écrire sur ce sujet ou tout autre ayant réellement de l'importance pour [les habitants du Sinaï].”

Interrogé sur la question de savoir si des organisations défendent les droits des habitants à l”accès à internet et aux services de télécommunications, l'ingénieur d'Al-Arish a déclaré: “absolument pas, personne ne le fait … tout comme celui de la presse, le travail des ONG est très limité ici.”

Sabry a déclaré que les victimes réelles de ces interruptions sont les civils locaux dans le Nord du Sinaï parce qu'ils “ne peuvent pas signaler les cas de dommages collatéraux et blessures et qu'ils ont un accès restreint aux services d'urgence.”

“Plusieurs femmes en début d'accouchement n'ont pu appeler une ambulance,” a-t-il ajouté.

Pour les habitants comme notre source d'Al-Arish, qui sont directement affectés par ces blocages, “l'élément de surprise est le pire aspect.” Certains habitants ont été incapables de se renseigner sur le décès d'un parent,  et étaient informé du fait 10 à 12 heures après. D'autres ont dû parcourir de longues distances, jusqu'à 90 kilomètres, pour simplement passer un appel téléphonique ou envoyer un courriel.

Le fait d'entraver ou de limiter l'accès à l'information et aux services de communications est une préoccupation nationale égyptienne s'étendant bien au de la péninsule du Sinaï. Depuis le 24 mai 2017, le gouvernement égyptien a bloqué au moins 496 sites web, selon l'Association pour la liberté de pensée et d'expression, un cabinet d'avocats indépendant.

Les sites web de plusieurs organes d'information internationaux , tels que le Washington Post, et des organes de presse locaux indépendants, comme Mada Masr, sont bloqués. Sous prétexte de soutenir le terrorisme ou le fourre-tout des “fake news”, le public égyptien est privé de services et informations essentiels tandis que les travail des journalistes locaux fait l'objet d'attaques systématiques.

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