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La pollution dans la région d’Ahvaz en Iran devient mortelle

Image: domaine public de Pixabay.

[Billet d'origine publié le 14 février. Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages web en anglais]

De violentes tempêtes de sable ont à nouveau recouvert la semaine dernière la région d'Ahvaz en Iran. Les gens suffoquent sous des niveaux de poussière atmosphérique atteignant 57 fois la limite de sécurité fixée par l'Organisation mondiale de la santé. Fin janvier, les informations annonçaient que les habitants s’entassaient dans les hôpitaux [ar] de la région à prédominance arabe, qui est désespérément pauvre malgré le fait qu'elle abrite plus de 95 % des ressources pétrolières et gazières perçues par l'Iran, et se plaignaient de graves problèmes respiratoires et d'essoufflement. Entre le 21 et le 25 janvier, trois personnes sont décédées de maladies respiratoires graves.

La zone est recouverte d'un épais smog de sable et la visibilité est inférieure à 200 mètres. Le gouvernement a suspendu les vols à destination et en provenance des aéroports régionaux et a fermé des écoles, des bureaux et des banques dans cette province autrefois luxuriante.

En 2013, la ville d'Ahvaz, capitale de la région, était en tête de la liste des villes les plus polluées du monde établie par l'Organisation mondiale de la santé. Selon ce rapport, la moyenne de l’indice de qualité de l'air d'Ahvaz était de 372 – la moyenne mondiale est d'environ 71 – soit « dangereux ». C'était la seule ville de la liste avec une valeur moyenne supérieure à 300. Dans son rapport sur la situation de l'époque, l'Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO : Unrepresented Nations and Peoples Organization) a écrit que « la désertification causée par le détournement des cours d'eau et l'assèchement des marais, et par les usines de traitement du pétrole, de la pétrochimie, des métaux, du sucre et du papier à Ahvaz et dans les environs sont les facteurs qui y ont contribué ».

Plus de quatre ans plus tard, la situation à Ahwaz reste inchangée et le groupe le plus touché est celui des Arabes ahvazis autochtones, qui font depuis longtemps l'objet de discriminations de la part des gouvernements iraniens successifs.

Les taux élevés de pollution s'expliquent par la désertification accélérée de la région, due à l'assèchement massif des cours d'eau et des marais en raison du vaste projet de construction de barrages et de détournement des cours d'eau initié par Hashemi Rafsanjani, qui est devenu président en 1989. Le projet a vu des millions de litres d'eau détournés des rivières de la région vers d'autres parties de l'Iran et a intensifié les taux régionaux déjà élevés de pollution et de dégradation de l'environnement. Les tempêtes de poussière se mélangent aux nuages continus de pollution suffocante que les raffineries et les usines pétrochimiques de la région (dont aucune ne fait l'objet de réglementation ou de surveillance en matière d'environnement) rejettent dans l'atmosphère, à quoi s'ajoute la pollution produite par le brûlage de la canne à sucre.

S’exprimant sous anonymat à cause des peurs de représailles du régime iranien, un lycéen ahvazi a déclaré à Global Voices : « Le brûlage avait lieu pendant la journée, mais qu’après que les Arabes ont protesté en scandant : « Nous pourrions acheter de l'eau potable, mais nous ne pouvons pas acheter de l'air pur ! » ils ont commencé à le brûler la nuit. Ce matin, le terrain de l'école était recouvert de plusieurs centimètres de cendres provenant du brûlage. J'ai déjà de l'asthme sévère, et ça aggrave mon état. »

La canne à sucre dans la région d'Ahvaz

La canne à sucre ne pousse pas naturellement en Iran, mais elle est cultivée dans la région depuis les années 1960. Pendant le mandat de Hashemi Rafsanjani, le gouvernement s'est lancé dans un ambitieux projet de culture de canne à sucre subventionné par l'État, qui a consisté à confisquer des milliers d'hectares de terres agricoles aux agriculteurs ahvazis que leurs ancêtres cultivaient depuis des générations. Des milliers de familles ont été plongées dans une extrême pauvreté lorsque leurs terres agricoles ont été transformées en vastes plantations de canne à sucre.

Ces efforts n'ont apporté que peu de bénéfices : le projet de canne à sucre s'est avéré économiquement désastreux, les importations étant beaucoup moins chères que la production locale. La plus grande préoccupation, cependant, est la pollution généralisée et la dévastation environnementale qu'elle a causées dans une région qui était autrefois le grenier à blé de la région du Golfe. Dans la région d'Ahvaz, dans des agglomérations comme Falahiyeh, Muhammarah et Abadan, des plantations massives de palmiers dont les produits étaient réputés au Moyen-Orient, ont été délibérément détruites ou laissées dépérir. La flore et la faune de la région sont également gravement menacées, car les zones humides de Falahiyeh et d'Haur Al-Azim sont presque complètement détruites.

Les raffineries de sucre appauvrissent l'approvisionnement en eau, déjà peu abondante, des rivières, pour leurs traitements gourmands en eau, et polluent les cours d'eau restants de la région en déversant dans les cours d'eau les produits chimiques non traités utilisés dans le processus de nettoyage et de raffinage du sucre. Cela rend l'eau en aval inutilisable et avec de fortes teneurs en sel, ce qui détruit les terres arables des agriculteurs ahvazis apauvris de la région.

Ensuite, il y a le brûlage de la canne à sucre, qui a lieu dans des plantations autour de la capitale ahvazi et d'autres villes de la région avant la récolte de mai à novembre. La fumée du brûlage de la canne à sucre est épaisse et lourde en raison de la densité de sucre et d'alcool qu’elle contient ; au lieu de dériver vers le haut, elle se rabat au-dessus du sol, causant des problèmes respiratoires et cutanés graves et parfois mortels au sein de la population.

Le lourd tribut sur la santé

A la fin du mois de janvier, on rapporte qu’au moins trois Arabes ahvazis seraient morts des suites de problèmes respiratoires causés ou aggravés par la grave pollution atmosphérique de la région. L'un d'entre eux, Kareem Abdul Khani, 43 ans, de la ville de Susa, qui souffrait d'asthme chronique, a été transporté d'urgence à l'hôpital Mafi de la ville le 21 janvier après s'être plaint de vertiges et de difficultés respiratoires dues à l’extrême pollution de la région, qui dépassait largement les niveaux habituels. Il est décédé le lendemain.

Le deuxième homme, Hamid Hamdian, 47 ans, originaire du district de Mollasani près d'Ahvaz, souffrait de maladie pulmonaire depuis un certain temps. Il est décédé subitement, emporté par une insuffisance respiratoire aiguë.

Le troisième homme, Ahmed Chenani, 34 ans, de Hamidieh, à 30 kilomètres à l'ouest d'Ahvaz, est décédé des suites de problèmes respiratoires chroniques dans la nuit du 25 janvier, après avoir été suffoqué par la pollution de l'air qui recouvre la zone. Les membres de sa famille qui l'ont emmené d'urgence à l'hôpital Golestan, dans la ville d'Ahvaz, ont déclaré que le manque d'installations de soins adéquates et la négligence du personnel médical ont contribué à son décès.

Les taux de cancer dans la région sont également en hausse. Un membre du personnel médical d'un hôpital d'Ahvaz qui, comme d'autres personnes interrogées, a souhaité rester anonyme, a déclaré qu'il y a dix ans, l'hôpital disposait de 40 lits largement sous-utilisés. Ces dernières années, l'hôpital a été envahi par des patients atteints de cancer.

Tout cela représente un coût énorme à payer, en particulier pour les Arabes ahvazis locaux, qui sont toujours privés de tous les emplois, sauf les plus ingrats, dans la canne à sucre et le pétrole – les deux industries qui font des ravages dans leur région d'origine – tandis que les Perses ethniques viennent d'autres parties de l'Iran et reçoivent des salaires élevés et des logements modernes et construits à dessein dans des colonies séparées. Bien qu'ils soient originaires de la région la plus riche d'Iran en termes de ressources, dans les faits, la majorité des Ahvazis vivent dans des conditions médiévales sous un régime d'apartheid.

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