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En Arménie, « Quand vous avez un bon pigeon, vous êtes très respecté »

Ashot Metsoyan, un ghushbas de Gyumri âgé de 65 ans, nourrit ses pigeons. (Armine Avetisyan)

Cet article de Armine Avetisyan est une publication de notre partenaire EurasiaNet.org. Il est republié avec autorisation.

Dans son récit “Colombes”, l'écrivain du XIXe siècle Vahan Totovents a décrit la position sociale modeste des éleveurs de colombes en Arménie.

“Les gens pointaient du doigt les éleveurs de colombes comme s'ils étaient des voleurs ou des criminels”, a écrit Totovents. “Personne ne donnerait sa fille à un fils d'éleveur de colombes, et personne n'épouserait une fille de colombophile. Et ils enquêtaient plus profondément, pour s'assurer que nulle part dans la famille du jeune homme ou de la jeune femme il n'y avait d'éleveur de colombes.”

David Shirvanyan rit quand il se souvient de la phrase célèbre. “Maintenant, l'attitude a changé, plus personne ne nous critique. Nous sommes acceptés par la société”, explique le colombophile de 38 ans d'Erevan. “Mais en tout cas je ne laisserai pas mes enfants élever des pigeons – c'est comme une maladie, et je ne veux pas qu'ils vivent comme moi, tout pour ces oiseaux.”

Shirvanyan élève des colombes (un nom vernaculaire non scientifique désignant certaines espèces de pigeons ou de tourterelles) depuis ses cinq ans, quand il a reçu un oiseau en cadeau d'un parent. Il s'est pris de passion et aujourd'hui il en a 300.

Il exerce son métier sur le marché aux oiseaux d'Erevan, qui fonctionne le week-end et où on peut les acheter pour les manger ou comme animaux de compagnie.

Les prix des pigeons commencent à 5000 drams (environ 10 dollars). Le prix le plus élevé que Shirvanyan a obtenu pour un pigeon est de 5000 dollars, mais il y en a certains qu'il considère comme inestimables. Récemment, dit-il, un acheteur a proposé d'échanger une Opel Astra quasi neuve contre sa colombe préférée, mais il a refusé l'offre.

“Même si on me proposait le prix d'un appartement de luxe dans l'avenue Nord [d'Erevan], je ne le vendrai pas. Même avec un pistolet sur la trempe, je ne le vendrai pas. On n'y croit pas, mais quand vous êtes lié à une colombe, elle devient comme votre propre bébé”, explique Shirvanyan.

Shirvanyan et les autres éleveurs de colombes – connus sous le nom de ghushbas en arménien – se préparent pour le printemps. C'est la saison des concours de colombes en Arménie, quand les ghushbas dressent leurs meilleurs oiseaux pour rivaliser les uns contre les autres pour voir lequel peut voler le plus longtemps.

Les compétitions durent plusieurs semaines, chaque pigeon ayant son propre jour de vol. Shirvanyan dit: “L'argent n'est pas aussi important que l'honneur: quand vous avez un bon pigeon, vous jouissez d'un grand respect.

Le record d'Erevan est un vol de 11 heures. Si un pigeon ne peut rester dans le ciel que moins d'une heure, il est considéré comme déshonorant et le propriétaire s'en débarrasse.

Gyumri, la deuxième ville d'Arménie, a également ses concours de pigeons, mais avec des règles différentes. Les enjeux sont moindres – le droit d'entrée pour chaque oiseau est compris entre 10 et 20 dollars – et les pigeons ne sont pas jugés sur leur endurance, mais sur leur capacité à effectuer des figures aériennes.

“Notre ville est le centre culturel de l'Arménie, nous valorisons la beauté et, dans ce cas, la beauté du vol des pigeons”, explique Ashot Metsoyan, un Gyumri ghushbas de 65 ans . “Il y a différents types de sauts en patinage artistique, et nos pigeons doivent aussi faire des sauts similaires.”

Les pigeons ne sont pas seulement utilisés pour la compétition. Une coutume païenne, qui perdure jusqu'à ce jour à Gyumri, voit le pigeon comme un oiseau “pur” à sacrifier à la naissance d'un enfant ou lorsqu'un membre de la famille survit à un accident. Les pigeons sont tués en leur tranchant le cou, puis ils sont nettoyés et mangés.

Les pigeons sont également achetés pour les mariages à travers l'Arménie, et les couples nouvellement mariés en libèrent traditionnellement un couple pour s'assurer une heureuse et paisible vie commune.

Le grand-père de Metsoyan était éleveur de pigeons, et son fils et son frère ont également adopté cette profession. Mais Metsoyan lui-même n'avait rien à voir avec les oiseaux jusqu'au tremblement de terre dévastateur de 1988 à Spitak, près de Gyumri.

“Mon père, mon fils, mon frère et la femme enceinte de mon frère sont morts”, dit Metsoyan. “Je devenais fou. Je voulais me suicider. Je ne m'intéressais à rien. “Un jour, cependant, il sortit de sa maison et vit un nid de pigeons qui semblaient mourir de faim. “Cela m'a brisé le cœur”, se souvient-il. “J'ai décidé de les nourrir et à partir de ce moment ma vie a changé.”

Metsoyan estime que sur sa pension de 36 000 drams par mois, il consacre environ 20 000 à nourrir les pigeons: “Je peux avoir faim et soif, mais eux doivent avoir leur nourriture”.

Comme d'autres ghushbas, Metsoyan dit qu'il met l'amour pour les oiseaux au-dessus de ses intérêts commerciaux.

Il se souvient avoir vendu un pigeon à un acheteur qui a emmené l'oiseau à Tbilissi. Quelques jours plus tard, le pigeon est revenu à Gyumri. “J'ai appelé l'acheteur et lui ai dit de venir récupérer son argent, car mon oiseau ne voulait pas rester avec lui”, explique Metsoyan.

Et il désigne un pigeon jaune, qu'il appelle son favori. “On m'a promis une maison, une voiture, beaucoup d'argent, mais je ne le vendrai jamais.”

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