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Mentalité kamikaze et risque de guerre en Asie du Nord-Est

The remains of a Japanese Kamikaze aircraft that crashed on board HMS FORMIDABLEoff the Sakishima Islands, May 1945.

“Les débris d'un avion kamikaze japonais qui s'écrasa sur le destroyer britannique HMS Formidable près des îles Sakishima en mai 1945.” Image de Wikimedia Commons, Imperial War Museum. Ce travail issu du Gouvernement du Royaume-Uni fait partie du domaine public.

Un débat fait rage parmi les analystes politiques pour déterminer si la Corée du Nord s'engage dans une voie suicidaire en continuant de développer son arsenal nucléaire.

De toute apparence, la Corée du Nord et son dirigeant suprême Kim Jong-Un semblent réussir à déjouer les sanctions de l'ONU et à contourner l'embargo sur le pétrole qui leur est imposé. Au mois de juin dernier, Vladimir Poutine avait déclaré que « M. Kim Jong-Un a  sans équivoque gagné cette bataille. Il dispose de missiles à portée internationale pouvant atteindre des cibles situées à presque n'importe quel endroit du globe dans un rayon de 13 000 km.» Les autorités russes semblent croire que ce dirigeant « rusé et mature » parviendra à tenir tête à ses « ennemis impérialistes » en fabriquant des missiles balistiques intercontinentaux pouvant menacer n'importe quelle ville et base militaire majeure des États-Unis et de ses alliés.

Cependant ces experts semblent ignorer la nature impulsive et auto-destructrice qui est à la base de la bravade nord-coréenne. La question qui se pose est de savoir si le régime de Kim Jong-Un est prêt à risquer de se faire annihiler alors que des négociations sont encore envisageables, du moins en théorie.

Quiconque a étudié la structure du pouvoir nord-coréen sait bien que Kim Jong-Un est sous la pression de généraux préoccupés par l'humiliation subie lors de la guerre de Corée. De fait, leurs opinions sur les attaques suicides ressemblent d'une certaine manière à la propagande diffusée par l'armée japonaise durant la Seconde Guerre Mondiale. Un transfuge nord-coréen a récemment révélé que l'armée nord-coréenne a constitué une brigade de kamikazes prête à attaquer l'ennemi avec des « dispositifs nucléaires de poche » dans le cas où la situation deviendrait désespérée.

Bien que la Corée du Nord et le Japon se méprisent l'un l'autre, il existe des parallèles frappants dans leur attitude vis-à-vis du suicide. Avant et durant les années de guerre, tous les « sujets » japonais étaient idéologiquement conditionnés pour sacrifier leur vie à l'Empereur. De la même manière, les « sujets » nord-coréens sont dans l'obligation de faire preuve d'une dévotion fanatique envers la dynastie Kim en combattant jusqu'au dernier si nécessaire. Au sein de ces deux nations, leur ministère de propagande respectif a réussi — et continue encore aujourd'hui — à endoctriner les masses en leur faisant croire en leur propre exceptionnalisme national par rapport à leurs voisins décadents.

Au Japon, le rituel du suicide a longtemps été popularisé au travers de films sur le bushido et sur les pilotes kamikazes mais la voix de ceux qui étaient prêts à se sacrifier — et qui ont contre toute circonstance survécu à la guerre — a souvent été réduite au silence. Dans une culture où la honte est la pire des humiliations, la distinction entre mort forcée et mort volontaire est souvent floue. Même les 47 rōnin immortalisés dans le chef d'oeuvre du Chūshingura et dans de nombreux autres films peuvent être vus comme des victimes du rituel cynique du suicide aussi connu sous le nom de seppuku ou harakiri.

Les récits sur la pression sociale qui pesait sur la classe de guerriers et qui les poussait à sacrifier leur vie pour « préserver leur honneur » révèle un étrange parallèle entre la pratique du seppuku et l'exécution publique. Certains conservateurs japonais comme Shintaro Ishihara ne cessent de vanter dans les romans et les films les mérites des jeunes soldats qui se sacrifient, mais en vérité il n'était pas rare que les pilotes kamikazes soient drogués ou enfermés dans leur cockpit avec seulement assez de carburant pour atteindre les cibles ennemies.

Malgré le manque de statistiques nord-coréennes sur ce sujet, le Japon et la Corée du Sud ont les taux de suicide les plus élevés du monde développé. Il est bien connu que la société coréenne et la japonaise sont très rigides et hiérarchiques et n'offrent que très peu de secondes chances aux minorités ou à ceux qui ont été laissés pour compte. À moins d'accepter de se conformer aux conventions et aux rituels de subordination, on peut aisément être puni ou ostracisé.

Alors que les décès individuels peuvent faire l'objet de compassion, les conséquences du suicide ritualisé sont particulièrement problématiques. L'attitude coréenne envers la mort et le suicide a été façonnée par trois décennies d'occupation japonaise. Comme des transfuges nord-coréens l'ont rapporté, il est possible que des brigades spéciales de Kim Jong-Un puissent employer des tactiques kamikazes si leur pays ne parvenait pas à résister à des attaques aériennes ou maritimes américaines.

Le recours au suicide est souvent le signe d'une incapacité à trouver des solutions créatives à des dilemmes apparemment insurmontables. Plutôt que de raviver des conflits géopolitiques futiles qui auraient dû prendre fin au 20ème siècle, les dirigeants politiques devraient se focaliser sur des problèmes plus urgents tel que la probable extinction de masse engendrée par la crise environnementale actuelle.

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