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Les taxis jaunes d'Amman se disputent les clients après l'arrivée d'Uber et de Careem

Un chauffeur de taxi prend un passager à Amman, Jordanie. Photo Monther Hammad, utilisée avec autorisation.

[Article d'origine publié le 3 janvier 2018. Tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais]

Dans la capitale de la Jordanie, Amman, environ 11.400 taxis jaunes transportent plus de 3,5 millions de résidents. La majorité des habitants de la ville prennent chaque jour le taxi et leurs attentes élevées ne sont pas satisfaites par les chauffeurs.

Les réclamations portent sur la manipulation du compteur, les jurons, le refus de certaines destinations et la cigarette dans la voiture. Voilà pourquoi de nombreux habitants d'Amman ont été soulagés à l'arrivée dans leur ville de sociétés privées comme Uber et Careem début 2016.

Une habitante d'Amman, Aseel Odeh, déclare à Global Voices (GV) :

J'habite à Jabal Al-Hussein, un endroit très fréquenté. J'ai quitté mon dernier travail parce que c'était à 30 minutes et que personne ne voulait me ramener chez moi. 

Et lorsqu'un taxi acceptait de la prendre en charge, il lui demandait un prix exorbitant. Or Aseel Odeh ne dispose pas de nombreuses options de transport. Un consultant en transport, Hazem Zureiqat, rappelle qu'Amman n'a que 350 grands bus pour desservir l'ensemble de la capitale et que le système de transport urbain ne représente que 5 % des besoins de transport quotidiens.

Par ailleurs, les prix du carburant sont relativement élevés par rapport aux pays voisins, avec des prix atteignant 3,44 USD par litre, contre seulement 0,24 USD en Arabie saoudite voisine.

Les sociétés de covoiturage promettent sécurité et sûreté

Les habitants d'Amman comme Yacoub Lambaz préfèrent les sociétés comme Careem et Uber aux taxis jaunes :

Careem est une entreprise et chaque chauffeur est un employé qui suit des règles et doit répondre devant l'entreprise s'il ne les respecte pas. Cela me rassure de savoir que si le chauffeur fait quelque chose d'interdit, on lui demandera des comptes et je serai dédommagée.

Dans un pays conservateur comme la Jordanie, la fonctionnalité de suivi d'itinéraire de l'application mobile rassure les familles sur le fait que les femmes se sentiront plus en sécurité. Avant l'introduction des applications Uber et Careem, un membre de la famille représentait la seule possibilité de transport pour les femmes.

Aisha Azzam, une habitante d'Amman, rapporte à GV :

Je me sens en sécurité avec Careem, parce que les chauffeurs nous respectent, veillent à notre confort et qu'ils ne se plaignent pas s'il y a du trafic sur la route.

Suzan, qui a 5 enfants, indique :

Je suis du genre à me faire du souci, donc je ne laissais jamais mes enfants aller nulle part si je ne pouvais pas les conduire moi-même. Mais, avec Careem, je les laisse aller partout tant qu'ils partagent leur itinéraire avec moi par Whatsapp.

Heyam, une fan d'Uber, affirme :

Uber est beaucoup plus sûr la nuit.

Vives contestations et batailles juridiques en conséquence

Careem avait promis de créer 10.000 emplois dans le pays entre 2016 et 2018. Toutefois, jusqu'en décembre 2017, la loi jordanienne interdisait à des voitures privées de fournir des services de transport, rendant illégales les activités de Careem et d'Uber.

Le gouvernement avait décidé de taxer plutôt que d'interdire ces services, mais des complications plus importantes sont arrivées sous la forme d'une contestation massive des chauffeurs de taxis jaunes, rapportant une baisse de 80 % de leur activité depuis l'arrivée d'Uber et de Careem. 

Les chauffeurs de taxi ont réagi en organisant plusieurs manifestations en quelques mois, accusant de façon répétée le gouvernement de ne rien faire pour les défendre.

Les protestations ont débuté en novembre 2016, lorsque Uber et Careem ont commencé à gagner en popularité. Les chauffeurs de taxi ont alors décidé de se rassembler et d'exprimer publiquement leur mécontentement.

Le gouvernement a ainsi été conduit à adopter de nouvelles mesures comme de mettre à la fourrière les voitures d'Uber et de Careem, d'imposer des amendes à leurs chauffeurs, de fermer leurs applications et même de consacrer une unité entière de la police de la route à les pourchasser.

Les réactions se sont poursuivies tout au long de l'année 2017, progressant de manifestations de mécontentement jusqu'à des menaces de la part des chauffeurs de brûler leurs taxis. 

Des manifestations ont eu lieu en janvier, avril, juillet, août, septembre et novembre 2017. 

Ces actions ne sont pas bien passées auprès des partisans de Careem et d'Uber qui s'étaient habitués à des voitures sûres et sans tabac.

Une habitante d'Amman, Farah Mohammed, raconte à GV :

 Lorsque les deux applications Uber et Careem ont été fermées pendant quelques jours, j'étais folle. Je ne pouvais plus aller nulle part. Même avec des taxis jaunes juste devant ma porte, je ne voulais pas les prendre. J'ai laissé mon père me conduire partout jusqu'au retour des applications.

Le fait que ces applications soient techniquement illégales n'a empêché personne de se déplacer avec Careem ou Uber, en particulier lors des difficiles conditions hivernales. 

Yacoub Lambaz explique :

J'ai utilisé Careem même quand c'était illégal et, une fois, un chauffeur de taxi nous a signalés à un policier. Le chauffeur et moi sommes parvenus à nous sortir de cette situation. Je lui ai mis une note de 5 étoiles pour cette course pleine d'action !

Finalement, le gouvernement a permis à Careem de faire une demande de licence, mais uniquement à la condition que la société ajoute un service de taxis jaunes à son application. Careem a accepté cette condition, pourvu que les nouveaux chauffeurs de taxi suivent une formation pour se conformer aux normes de la société. Le processus de légalisation a commencé en août 2017 et s'est terminé en décembre 2017.

Une autre manifestation a eu lieu suite à l'autorisation des applications.

Les plaintes de concurrence déloyale continuent

Les chauffeurs de taxi jugent toujours la concurrence déloyale, car Careem a seulement accepté de reprendre 5.000 taxis jaunes, laissant les autres sur la touche.

Abu Mahmoud, un chauffeur de taxi de 55 ans, explique :

J'ai travaillé comme chauffeur de taxi presque toute ma vie, économisant dans l'espoir d'acheter mon propre taxi un jour. Lorsque j'ai finalement dépensé les économies de toute une vie pour m'acheter un taxi, on n'a plus besoin de nous ! Je ne peux pas travailler, car personne n'utilise plus de taxis jaunes et personne ne veut racheter mon taxi, car ce n'est plus une activité lucrative.

Abu Al-Abed, qui a travaillé comme chauffeur de taxi pendant 13 ans aux côtés d'Abu Mahmoud, renchérit :

Je dois payer 25 dinars jordaniens (35 USD) au propriétaire du taxi que je loue. Récemment, j'ai dû payer l'essentiel de cette somme de ma poche, car je ne gagne même pas 15 dinars jordaniens (21 USD) la plupart des jours.

Les plaintes des chauffeurs de taxi n'ont rencontré que peu de sympathie chez la majorité des Jordaniens.

Une habitante d'Amman, Mariam, affirme :

Les taxis nous facturaient un surcoût pour certaines destinations, nous faisaient une conversation non souhaitée et posaient parfois des questions déplacées. Je ne recommencerai jamais à les utiliser après avoir commencé avec Uber.

Le syndicat des services de transport et des chauffeurs de taxi n'a pas officiellement commenté la décision du gouvernement, car il attend de lire la réglementation pour se positionner.

Pour les chauffeurs de taxi, la lutte pour les passagers est bien réelle. Auparavant seule option de transport privé en Jordanie, ils sont désormais totalement submergés par la nouvelle concurrence.

Répondant à Al Monitor, Hazem Zureiqat souligne que l'origine du problème est l'échec du gouvernement à fournir un bon système de transport public :

Si ces services ont du succès ici, c'est que le gouvernement a échoué à proposer un système de transport décent.

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