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A Damas, la solidarité avec la Ghouta orientale assiégée est périlleuse

‘La Ghouta,’ peinte par Randa Maddah. Utilisation autorisée. Source: Women Now.

Voici des témoignages depuis Damas, après les deux témoignages dans la Ghouta orientale (dans les environs immédiats de Damas) d'une infirmière et d'un dentiste, publiés respectivement le 21 février et le 6 mars, et mis à disposition par le collectif Act For Ghouta

Contrôlée par les rebelles anti-régime, la Ghouta orientale est assiégée par le régime syrien et ses alliés depuis la fin de 2013. Mais ces dernières semaines, la violence a atteint un paroxysme. Plus de 120 personnes ont été tuées entre le 6 et le 8 février seulement, et le 19 février, ce sont plus de 110 personnes qui sont mortes en une seule journée. Depuis le 18 février, plus de 650 personnes ont été tuées, dont plus de 150 enfants. Les infrastructures civiles sont aussi gravement endommagéesavec plus de 25 hôpitaux et centres de santé bombardés, certains plus d'une fois en quatre jours.

La catastrophe humanitaire de la Ghouta orientale dans les faubourgs de Damas continue à se dérouler pendant l'offensive militaire des forces syriennes et russes contre l'enclave rebelle assiégée par le pouvoir syrien depuis 2013.

Depuis le 18 février, 650 personnes auraient été tuées. Le bilan continue à s’aggraver avec les bombardements aériens et terrestre incessants et les dommages massifs aux infrastructures. Les images effroyables affluent de l'intérieur de la Ghouta sans discontinuer, donnant un aperçu de la gravité de la situation et des souffrances des gens là-bas.

Sur les médias sociaux, des partisans du Président Bachar al-Assad publient des plaidoyers pour que l’armée syrienne stoppe les attaques de roquettes sur la capitale Damas, c'est-à-dire celles envoyées par les rebelles de la Ghouta orientale, qui déferlent depuis le commencement de l'offensive impitoyable du régime contre la Ghouta.

Les médias d’État syriens diffusent des interviews d'habitants dans les rues de Damas, mécontents des fréquentes attaques de roquettes frappant leur ville, et accusant les rebelles de la Ghouta orientale. Et qui exhortent leur gouvernement à ‘éradiquer les attaques rebelles’.

Le despotisme du régime et l'ubiquité des agents de la sécurité rendent pratiquement impossible d'évaluer l'opposition à l'offensive contre la Ghouta à l'intérieur de Damas. Malaisées à trouver, de nombreuses voix étouffées ont émergé. La majorité reste silencieuse devant l'omnipotence de l'armée.

Salam (ce n'est pas son vrai nom), une mère de deux enfants qui vit à Damas, raconte à Global Voices que son fils développe une phobie depuis qu'il vit dans une peur permanente :

Mon fils de deux ans pleure hystériquement et s'accroche à moi quand un avion militaire vole au-dessus de nous ou quand il y a une explosion…Il a développé une phobie.

Elle ajoute que la vie est devenue difficile à Damas avec les roquettes rebelles, et qu'elle ne peut imaginer ce que ça doit être dans la Ghouta :

Depuis que l'opération Ghouta a commencé, on entend des explosions d'une intensité inusitée…le passage d'un avion dans le ciel fait trembler les bâtiments. Cela dépasse mon entendement d'imaginer comment les mères font face dans la Ghouta. Si j'étais là-bas, je serais devenue folle. Je suis une mère et je comprends ce que ressentent les mères. Je regarde des vidéos et suis des posts sur Facebook de mères de la Ghouta. Il m'est impossible de ne pas compatir.

Les missiles et les obus ont interrompu la vie ici à Damas. Il y a des quartiers où les gens n'envoient plus leurs enfants à l'école. alors imaginez la vie là-bas. Les civils des deux côtés paient le prix. Cette folie doit s'arrêter.

Ahmad (ce n'est pas son vrai nom), un fonctionnaire originellement de Harasta dans la Ghouta orientale, est parti pour Damas avec sa famille peu après le début de la répression des autorités contre les manifestations dans sa ville. Ahmad passe la plupart de son temps scotché à son ordinateur portable pour suivre les développements dans la Ghouta et vit maintenant dans une peur constante pour la vie de ses proches et de la paranoïa sur les lieux de travail à Damas :

J'ai de la famille et des amis dans la Ghouta orientale. Ils continuent à mettre en ligne sur les médias sociaux des nouvelles de leur enfer. J'ai déjà perdu trois amis depuis que l'opération a commencé.

Les employés qui viennent de la Ghouta sont étroitement surveillés. Il faut faire attention de ne pas même montrer de l'empathie. Il faut peser ses mots avec soin.

Interrogé sur les conséquences possibles, Ahmad répond :

Vous risquez d'être suspecté d'avoir des liens avec les ‘terroristes’, vous pouvez perdre votre emploi si quelqu'un vous dénonce. Vous risquez même la prison. D'une manière générale, il y a un accord tacite que le silence est ce qu'il y a de plus sûr.

Il explique ne pas savoir quelle réaction avoir quand ses collègues appellent à ‘éradiquer la Ghouta ‘ :

Quand des collègues se plaignent des obus et des attaques de roquettes et appellent à ‘éradiquer la Ghouta’ en représailles, tout ce que vous pouvez faire c'est serrer les dents et prendre votre mal en patience. Je suis dans une profonde amertume. J'ai des amis et de la famille là-bas. J'y ai ma maison dont je suis sûr qu'elle n'est plus qu'un gros amas de décombres. J'y ai mes souvenirs d'enfance et de jeunesse.

Au fond de moi-même je suis un lâche. Mais nous ne pouvons rien faire. Ils ont le pouvoir militaire de leur côté. Même les Nations-Unies et la communauté internationale se montrent incapables. Nous sommes piégés dans notre impuissance.

Omar (ce n'est pas son vrai nom), un étudiant d'université qui vient du district de Qaboun près de Damas fait écho à ces réflexions :

Je me rappelle comme si c'était hier qu'en 2006, nous avons hébergé dans notre maison de Qaboun une famille libanaise qui avait fui la guerre israélienne. Je me souviens que mes frères participaient à des actions de solidarité et collectaient des fonds pour les gens de Gaza pendant les opérations israéliennes. Avec la Ghouta, le luxe de témoigner de la solidarité nous est refusé. J'envie les gens à travers le monde qui peuvent manifester et crier à tue-tête en solidarité avec la Ghouta.

Omar dit avoir créé une faux compte Facebook pour participer à des campagnes en ligne et partager des comptes de personnes à l'intérieur de la Ghouta. Actif sur les médias sociaux, Omar dit qu'il traduit des comptes, des billets et des vidéos de personnes assiégées dans l'espoir de “galvaniser l'opinion publique à agir”.

Chaque fois que vous voulez fermer les yeux sur cette tragédie, un bruit d'explosion la ramène à votre attention. Impossible de l'ignorer…Le voisinage géographique, les liens de parenté et l'humanité l'imposent à vous.

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