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Pour les femmes de Jordanie, une année de progrès durement gagnés et des obstacles qui demeurent

Des femmes manifestent dans la capitale jordanienne Amman en 1968. Photo mise dans le domaine public.

Dans le mois qui commémore la Journée internationale des Femmes, il faut souligner ce que les femmes jordaniennes ont accompli dans la lutte pour leurs droits au long de 2017. Il y a tout juste un an, elles n'étaient pas dans la même situation qu'aujourd'hui.

Mais il n'est pas moins important néanmoins de relever que des obstacles persistent.

Malgré une campagne couronnée de succès pour repousser une échappatoire légale permettant aux violeurs d'épouser leurs victimes, de multiples embûches jalonnent encore le chemin de l'égalité de genre en Jordanie : le mariage des enfants, les barrières à l'accès au marché du travail, et la loi sur la nationalité qui interdit aux femmes de transmettre la leur à leurs enfants.

Mariage des enfants et viol

L'article 308 du code pénal jordanien disposait originellement qu'un violeur pouvait éviter la prison en épousant sa victime et en restant marié pendant au moins trois à cinq ans. Selon le sondage d'un groupe local de la société civile, 70 % de Jordaniens au total considéraient ceci comme un vide juridique permettant aux hommes violeurs d'échapper à la punition, tandis que 30 % y voyaient une façon de “sauver l'honneur d'une jeune fille” dans une société conservatrice comme celle de la Jordanie.

Au bout de 20 ans de pression des militantes des droits des femmes, d'érudits musulmans et de prêtres chrétiens, l'article fut modifié en 2016 pour n'inclure que les cas de viols où la fille est âgée de 15 à 18 ans, et avec son consentement. Les filles de cette tranche d'âge étant encore mineures — et même si elles ne l'étaient pas, il est improbable qu'une victime veuille épouser son violeur — 63 organisations de droits des femmes ont lancé une campagne sur les médias sociaux exigeant que l'article soit purement et simplement abrogé.

Le 1er août 2017, la suppression de l'article a finalement été avalisée, après des mois de discussions.

Si l'abolition de l'article 308 fut un succès, 2017 a aussi vu le gouvernement approuver une nouvelle réglementation permettant à des mineurs à partir de 15 ans de se marier si deux juges autorisent leur union.

De nombreux Jordaniens sont opposés au projet de loi, et ont ironisé sur les médias sociaux contre la décision du gouvernement. Un concours a même été lancé pour récompenser la caricature la plus expressive contre le mariage infantile.

Les statistiques indiquent que près de 20 % des mariages en Jordanie impliquent des mineurs, qui ne peuvent ni voter, ni conduire ni boire.

En Jordanie, les mineures de 15 à 18 as peuvent se marier, mais ne sont pas autorisées à boire, conduire ou voter.

Le mariage infantile implique souvent la fin de la scolarisation des filles. La loi a beau être formulée pour protéger le droit à l'enseignement malgré le mariage, qui en fait la condition d'obtention du certificat, les chiffres démontrent le contraire.

Selon le Haut Conseil de la Population, la majorité des femmes mariées avant 18 ans ont arrêté leurs études au niveau du primaire ou avant.

Un autre rapport, publié par l'institut Sisterhood Is Global montre que 33 % des femmes jordaniennes illettrées étaient mariées à 17 ans ou plus jeunes.

Cette loi a des répercussions évidentes, car les jeunes filles qui se marient avant 18 ans révolus ont plus de probabilité d'être exposées à des violences domestiques.

Autre problème avec cette loi, les réfugiées syriennes forcées à épouser des Jordaniens plus âgés par peur et besoin de protection.

Des récits indiquent que des Jordaniens âgés proposent à des réfugiés syriens un emploi et d'autres avantages en échange de la main d'une fille de la famille. Pour un paiement unique d'à peine140 dollars US, des jeunes filles syriennes sont offertes en mariage.

39,5 % au total des réfugiées syriennes sont victimes de mariages d'enfants en Jordanie, et 48 % d'entre elles forcées à épouser des hommes de dix ans au moins leurs aînés. Des jeunes filles jetées dans l'inconnu, dont beaucoup sont exposées à l’exploitation, au viol, à l'absence d'éducation, et à des grossesses difficiles.

Le travail des femmes

Le taux de chômage des femmes en Jordanie est plus élevé que celui des hommes : 33 % contre 13,9 %. Pour y remédier, la compagnie pétrolière nationale jordanienne JoPetrol a lancé en septembre 2017 un projet d’embauche de femmes comme employées de station-service, tout en leur offrant des horaires flexibles (quatre heures maximum, en matinée), un salaire ”motivant”, et des conditions de travail sécurisées.

Le public a pourtant émis bon nombre de critiques. Certains ont reproché à JoPetrol de vouloir “se faire remarquer“, ou se sont opposés à l'idée parce que la mentalité conservatrice dominante en Jordanie considère aussi dangereux que honteux pour une femme de travailler dans la rue et “faire le travail d'un homme”.

D'autres ont approuvé la décision, disant que la Jordanie devait avancer progressivement vers la création d'une meilleure force de travail. Quelques-uns sont allés jusqu'à comparer avec le début de l'embauche par la police de la circulation de femmes en 2003, prédisant que les résistances s'évanouiraient comme à l'époque.

Pour sa part, JoPetrol fait savoir qu'il ne renoncera pas au projet, mais prévoit au contraire de l’étendre. Pour protéger ses employées de tout mal, comme les violences ou le harcèlement d'individus opposés à l'initiative, JoPetrol les a postées dans une station d'essence à Al-Madina Al Monawara, une rue animée du centre de la capitale Amman.

S'agissant du marché du travail, les femmes-objet sont la norme en Jordanie. Les journaux du pays sont remplis de petites annonces répétant les phrases “bonne présentation, pas de qualification préalable demandée”, ou spécifiant que les candidates ne doivent pas porter le hijab. Bon nombre de ces annonces sont trompeuses, et s'avèrent des pièges dangereux pour les candidates.

Une enquête a été menée avec une caméra cachée dans onze entretiens d'embauche menés pour ces annonces ambiguës ; la moitié des entretiens se sont terminés pour les candidates soit par du harcèlement sexuel soit par des demandes de travailler comme prostituées.

Les journaux continuent pourtant à publier ces annonces, malgré les plaintes, car elles sont lucratives.

Les droits des enfants de femmes jordaniennes

Aux termes de la loi jordanienne sur la citoyenneté, les femmes ne peuvent pas transmettre leur nationalité à leurs enfants. Les enfants dont les mères sont jordaniennes et les pères, étrangers, sont traités comme des non-nationaux et sont privés de citoyenneté.

Une absence de nationalité qui se traduit par des droits inégaux. Ainsi, les étudiants dépourvus de passeport jordanien relèvent du Programme international, pour lequel les droits d'inscription peuvent être huit fois plus élevés que ceux du Programme concurrentiel auquel on droit les nationaux.

En août 2017, le gouvernement a adopté un projet de loi disposant que les enfants de femmes jordaniennes obtiendront l'égalité de traitement pour l'enseignement supérieur dans les universités jordaniennes, et devront pour cela montrer une carte de privilèges.

Cette carte de privilèges est supposée être utilisée pour les autorisations de séjour et de travail, les permis de conduire et la propriété immobilière. Mais sa validité réelle est limitée : elle n'est pas reconnue par la police ou le secteur public, et ses titulaires doivent passer par des procédures administratives complexes pour se voir accorder quoi que ce soit par son intermédiaire.

Le nombre d'enfants nés de mères jordaniennes et pères étrangers restant sans citoyenneté s'élève à environ 360.000. Dans le même temps, les autorités ont facilité aux riches investisseurs l'acquisition de la citoyenneté jordanienne.

Les Jordaniens s'apprêtent à combattre cette législation. Une pétition sur les médias sociaux, qui a déjà obtenu 3.800 signatures, appelle à l'abrogation de la problématique loi jordanienne sur la nationalité, et une nouvelle campagne, intitulée “Ma mère est jordanienne, et sa nationalité est mon droit”, attire aussi un large soutien.

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