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La communauté LGBTI continue d'être punie 20 ans après la décriminalisation de l'homosexualité en Équateur

Les familles des victimes séquestrées et confinées dans des cliniques de “déshomosexualisation” font appel aux “services” de ces institutions et paient pour que les membres de leur famille y soient gardés. Illustration de Mónica Rodríguez. Utilisée avec permission.

Billet d'origine publié le 18 février 2018 – Ce qui suit est une republication de l'article écrit par Carlos Flores, publié à l'origine par Connectas et adapté avec l'aide de l'auteur pour former une série en trois parties reproduite et traduite par Global Voices. L'article complet contient des témoignages détaillés et une analyse des incohérences légales qui facilitent la violence et la discrimination perpétuées contre les personnes gay et transgenres/transexuelles en Équateur.

La première partie ci-dessous regroupe les témoignages des victimes d'institutions ayant déclaré pouvoir “soigner” l'homosexualité ; les autres parties examinent les échecs du système judiciaire, ainsi que les obstacles sociaux qui limitent la protection des droits de toute personne lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et intersexuée (LGBTI).

Vingt ans après la décriminalisation de l'homosexualité en Equateur, la communauté LGBTI continue d'être punie par la société et est rarement protégée par la loi. En effet, des institutions échappant au contrôle de l’État pratiquent diverses formes de maltraitance et de discrimination envers celles-ci. Certaines de ces institutions pratiquent des “traitements” contre l'homosexualité dans des prétendues cliniques de désintoxication. Dans ces cliniques, les abus sont nombreux et de toutes sortes.

D'après l'opinion générale, ces soi-disant “thérapies de déshomosexualisation” existent “depuis longtemps” en Équateur. Parmi elles, des tortures physiques et psychologiques, notamment des insultes, humiliations, un régime alimentaire malsain, des passages à tabac, des chocs électriques, et même des “viols de redressement”.

Certains témoignages de victimes de ces institutions ont donné naissance à des travaux artistiques comme ceux de Paola Paredes, qui a révélé les maltraitances que des femmes enduraient dans ces cliniques. D'autres témoignages racontent comment les familles des victimes sont aussi complices de ces cliniques, et combien de femmes sont internées par des organisations religieuses.

Le manque de contrôle et de protection de la part des autorités est évident, comme pour le cas de Jonathan Vásconez, un homme transgenre ayant vécu en confinement pendant un an et demi et ayant tenté deux fois sans succès de s'évader du Centro La Estancia (Le Ranch) à Patate (Tungurahua) dans le nord-ouest de l'Équateur.

Tout a commencé lorsqu'il avait 23 ans. Il était déjà père d'une fille, et utilisait encore le nom féminin que ses parents lui avaient donné à sa naissance : María de los Ángeles. Lorsqu'il est allé récupérer sa partenaire de l'époque, des inconnus l'ont intercepté, battu et menotté, déclarant être de la police. Jonathan Vásconez dit que l'ordre contre lui avait été commandité par sa famille, sous la fausse accusation d'être un toxicomane. Au centre, il a été soumis à de nombreux abus et agressions :

Pidieron a tres compañeros que se levantaran y trajeran un tanque café, que me llegaba a la cintura, lleno de agua. Entre los tres me metieron al tanque, de cabeza, unas ocho veces. Puedo decir que ahí vi la muerte. El director de la clínica me grababa con un celular y me pedía que dijera que había ido a robar a mi hija, cosa que no era cierta. Cuando vieron que me moría, me dejaron […] Estuve un mes y una semana, esposado a la cama, y me hacían comer en el piso…

Ils ont demandé à trois personnes d'apporter un grand bassin marron, rempli d'eau jusqu'au niveau de ma taille. Les trois mis la tête dans le bassin, environ huit fois. Je peux dire que j'ai frôlé la mort. Le directeur de la clinique a tout enregistré sur son téléphone et m'a ordonné de dire que j'allais kidnapper ma fille, ce qui était faux. Quand ils ont vu que j'allais mourir, ils m'ont laissé […] J'y suis resté pendant un mois et une semaine, menotté au lit, et ils m'ont fait manger à même le sol…

Jonathan Vásconez réussit à s'échapper rapidement, mais sera recapturé sous l'ordre de sa sœur.

Utiliser la religion et échapper à la justice

Les cliniques, ainsi que leurs responsables ne sont pas souvent amenés à faire face à la justice, mais si cela arrive, apparemment ils disparaissent et changent de nom. Plusieurs institutions se servent des lois et des valeurs religieuses afin de donner une structure et un objectif à leur travail. Dans tous les cas, il n'est pas clair si, à la suite d'une plainte ou de l'intervention de l’État, ces cliniques continuent d'opérer sous un autre nom ou alors dans des locaux différents.

Et malgré cela, des victimes évitent de porter plainte par peur de représailles des personnes les ayant maltraitées dans les centres.

Comme le cas de Luisa (prénom modifié), qui a été confée à un de ces centres suite à la décision de ses parents. Ceux-ci n'arrivaient pas à se faire à l'idée que leur fille pouvait être lesbienne et encore moins, amoureuse de sa cousine, avec qui elle habite maintenant. Elle se souvient très bien de sa “thérapie” : le bain matinal et en exactement cinq minutes, la prière, l'application du traitement en 12 étapes pour les toxicomanes, la malnutrition, et des phrases qu'ils lui répétaient jour après jour en mettant leurs mains sur sa tête : “Toi, tu n'es pas lesbienne, nous allons te guérir ici, tu es très confuse dans ta vie, tu verras tu finiras par aimer les hommes.”

Elle a enduré cette expérience traumatisante à 24 ans, en 2012, pendant quatre mois, partageant un espace avec d'autre lesbiennes. Certaines étaient toxicomanes et d'autres, comme elle, ne l'étaient pas. Après avoir quitté le centre elle est rentrée chez elle, mais cette fois avec un esprit complètement perturbé. Deux semaines plus tard, son père est redevenu violent contre elle, et elle a pris peur d'être internée encore une fois. C'est donc pour cela qu'elle a décidé de partir.

En ce qui concerne Hogar Renacer (en espagnol Maison Renaître, la “clinique” dans laquelle elle avait été confinée), Luisa a voulu ne plus rien avoir à faire avec eux : “Je n'ai jamais porté plainte. Je ne voulais pas avoir d'ennuis. Les gens qui travaillaient la-bas étaient un peu dangereux.”

Les services du procureur ne donnent pas de détails sur les cas résolus ou sur les mises en accusation de ceux connus comme des “cas emblématiques”, à cause du niveau d'influence qu'ils ont sur l'opinion publique. Ils ont assuré malgré tout, que les incidences du phénomène ont été réduites, ce que contestent les collectifs et associations.

La Fundación Causana, un “collectif lesbien et féministe” qui se bat pour la défense des droits des personnes LGBTI, affirme avoir déjà travaillé sur huit cas d'empêchement de confinement, rien qu'entre 2016 et 2017. Les conditions sociales qui affectent les victimes de ce traitement ont peu changé, en dépit de l'évolution de la loi. En conclusion, même s'il est affirmé que la législation d'aujourd'hui a ouvert la porte au respect et à l'égalité pour tous, l'Équateur est encore très loin de pouvoir tirer un trait sur ce problème.

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