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Ai Weiwei à la Biennale de Sydney pour montrer deux installations et son film sur le sort mondial des réfugiés

Law of the Journey

Ai Weiwei, Law of the Journey, 2017 Installation (2018) à la 21ème Biennale de Sydney – Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de neugerriemschneider, Berlin. Photo: Document Photography

Au cours de sa visite en Australie, l'artiste et militant chinois Ai Weiwei a pris d'assaut les média de ses inquiétudes sur la situation mondiale faite aux réfugiés.

Avec deux installations majeures, il est l’artiste vedette de la Biennale de Sydney qui se tient jusqu'en juin 2018. L'une, intitulée “The Law of the Journey” [La loi du voyage], située sur l'île Cockatoo, consiste en un canot gonflable en caoutchouc avec des personnages. Ceux-ci ont été réalisés dans le même matière que les dangereux esquifs sur lesquels des demandeurs d'asile et migrants tentent de traverser la Méditerranée.

SBS News (une télévision australienne d'information de premier plan) a publié une vidéeo sur l’œuvre sur sa page Facebook, qui a généré une discussion animée. Le commentaire de Bean Javine faisait écho aux sentiments de nombreux Australiens :

It's really embarrassing when you meet people from overseas and even they know how poorly we treat refugees. Making me ashamed to even admit I am Australian in some cases. It's a greater worry that Australia's method/stance has impacted how other countries treat the refugee crisis right now too.

C'est vraiment gênant de rencontrer des personnes d'outre-mer sachant même comment nous traitons mal les réfugiés. Ça me fait honte parfois de juste reconnaître que je suis Australien. L'impact qu'a eu la méthode/position de l'Australie sur le traitement de la crise des réfugiés par les autres pays est un souci d'autant plus grand.

Comme déjà expliqué dans des articles précédents de Global Voices sur la question, l'Australie a une politique contestable de traitement des demandeurs d'asile arrivés par mer, consistant à les enfermer dans des centres de détention offshore pour de longues durées, ou à les renvoyer immédiatement. Toute installation en Australie leur est interdite.

Paul Brady désapprouve sans ambages :

Obviously he has no clue about the facts around asylum seekers to Australia. His art work reflects what is happening in the Mediterranean not Australia.

À l'évidence il n'a aucune idée des réalités sur les demandeurs d'asile en Australie. Son travail reflète ce qui se passe en Méditerranée, pas en Australie.

Depuis 2014, plus de 1,7 millions de personnes fuyant la guerre et l'insécurité, notamment la guerre en Syrie, sont arrivées en Europe par mer, selon l'ONU. Une traversée dangereuse : dans le même laps de temps, au moins 16.000 personnes ont péri ou disparu dans la tentative.

La deuxième installation d'Ai Weiwei Crystal Ball [Boule de cristal], est une sphère de verre posée sur les gilets de sauvetage ramassés sur l'île grecque de Lesbos, un des points d'entrée principaux pour les demandeurs d'asile et migrants traversant la Méditerranée :

Une autre pièce d'Ai Weiwei : la Boule de Cristal, dans l'Artspace, est posée sur les gilets de sauvetage abandonnés sur les rivages de Lesbos. Ces gilets sont de si mauvaise qualité que les déchirures font apparaître la mousse à l'intérieur et ils se remplissent rapidement d'eau.

Ai Weiwei est aussi intervenu au cinéma Nova pour la première à Melbourne de son documentaire “Human Flow”, [sorti sur les écrans en France le 7 février 2018, NdT] qui raconte les histoires de réfugiés dans 23 pays en 2016.

In human flow

HUMAN FLOW, le documentaire d'Ai Weiwei, une production des studios Amazon Studios. Photo avec l'aimable autorisation des Studios Amazon.

Le dossier de presse des Studios Amazon raconte le making-of du film :

Day by day, there were endless stories. But what most impressed me was the determination of the refugees. There’s very little complaining even with nobody taking care of them, with no clear future or knowing what will come next. Their treatment to me is very, very inhuman.

Jour après jour, c'était une suite sans fin d'histoires. Mais ce qui m'impressionnait le plus, c'était la détermination des réfugiés. Il y a très peu de plaintes, même si on ne les aide pas, que l'avenir est incertain et qu'ils ignorent ce que leur réserve le lendemain. Je trouve qu'on les traite de façon très très inhumaine.

Il a été récemment très critique des politiques du gouvernement australien envers les réfugiés. Il a condamné un accord d'échange de demandeurs d'asile des centres de détention offshore de l'île Manus et de Nauru avec des réfugiés aux États-Unis, “pareil à du commerce d'esclaves”.

Ai a reçu sur Twitter les remerciements de l'un des demandeurs d'asile sur l'île Manus, le journaliste iranien Behrouz Boochani :

C'est super que Ai Weiwei dise ce qu'il pense de la façon dont le gouvernement australien traite les gens à Manus et Nauru. Nous, réfugiés de Manus, vous remercions, @aiww , pour votre soutien et vous invitons à nous visiter ici.

Kon Karapanagiotidis du Asylum Seeker Resource Centre a mené une interview en direct sur Facebook et Twitter qui a depuis attiré près de 10.000 vues :

Nous sommes en direct avec le défenseur des droits humains Ai Weiwei à propos de notre humanité commune. Rejoignez-nous ici :

Ai a dit à Karapanagiotidis :

I don’t have a place I can call home […] home is where your family is, your memories. […] How we deal with the refugees reflects on how we look at ourselves. We sacrifice our values when we give up the fight.

Je n'ai pas de lieu dont je puisse dire que c'est chez moi. […] chez soi c'est là où vous avez vos souvenirs. […] La façon dont nous traitons les réfugiés reflète notre regard sur nous-mêmes. Nous sacrifions nos valeurs quand nous abandonnons la lutte.

Hanan Ahlam a apprécié la possibilité d'entendre les opinions d'Ai :

Merci @aiww et @ASRC1 de soulever les questions qui comptent. “Nous devons revenir à l'unité de l'humanité”, dit Ai Weiwei, et le PDG d'ARSC1Kon Karapanagiotidis demande “Comment sortir de cette noirceur où nous avons déshumanisé les réfugiés et militarisé les réponses, vers là où nous retrouverons une humanité partagée ?”

L'animateur de radio talkback d'ABC (Australian Broadcasting Corporation) Raf Epstein a été un de ceux, nombreux, qui ont partagé un selfie avec l'artiste :

J'ai maintenant un vrai selfie @aiww dans mon téléphone. Ravi

Son entretien avec Ai commence à 1:17 ici. À la question d'Epstein sur le fait de faire des images esthétiques sur le malheur humain, Ai a répondu :

I think even the misery has beauty there. Because it's all about human dignity. […] I have suffered a lot in my life. I still appreciate those moments, maybe more appreciate the moment, than today living in expensive hotels or taking business trips [which] are not as precious as my early struggles.

Je pense que même le malheur comporte de la beauté ici. Parce qu'il s'agit de dignité humaine. […] J'ai beaucoup souffert dans ma vie. J'apprécie malgré tout ces moments, peut-être encore plus que de vivre aujourd'hui dans des hôtels de luxe pour des voyages d'affaires moins précieux que mes luttes d'autrefois.

Les spectateurs au Cinéma Nova étaient aussi ravis de le rencontrer :

Quel honneur de rencontrer Ai Weiwei à la projection au cinéma Nova de ce film beau et important, Human Flow

L'avocate des droits humains Leanne Smith était sans aucun doute aussi captivée par le film que par le débat :

Sidérée d'écouter Ai Weiwei sur son parcours personnel d'exilé et son documentaire sur les réfugiés, Human Flow

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