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Des femmes journalistes accusent un éminent député russe de harcèlement sexuel, il est soutenu par ses collègues

Leonid Sloutski, un influent député de la Douma, est accusé de harcèlement sexuel par plusieurs journalistes femmes. Photo А. Savine, Wikicommons CC BY-SA 3.0

[Article d'origine publié le 16 mars] A quelques jours du 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes, au moins trois journalistes ont accusé le député Leonid Sloutski de harcèlement sexuel. Mais celui-ci a reçu le soutien d'une majorité de députés, y compris plusieurs femmes.

Leonid Sloutski est député à la Douma d’État, législateur chevronné (c'est son cinquième mandat d'affilée au parlement) et membre du parti populiste d'extrême droite LDPR (Parti libéral-démocrate de Russie).

Sloutski, qui dirige actuellement la commission parlementaire des affaires internationales, était auparavant le vice-président de la délégation russe à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), jusqu'à ce que la Russie cesse d'en être membre, en 2016.
Les trois journalistes qui accusent publiquement Sloutski de les avoir harcelées sont Daria Jouk, de la télévision indépendante Dojd’, Ekaterina Kortikadze de RTVi, et Farida Roustamova, du service russe de la BBC:  

Politring (@politringby), le 7 mars 2018 : Une journaliste du service russe de la BBC accuse le député Sloutski de harcèlement.
La correspondante du bureau russe de la BBC Farida Roustamova accuse à visage découvert le député du LDPR à la tête de la commission des affaires internationales Leonid Sloutski de harcèlement sexuel.

Accusé de harcèlement sexuel… et soutenu par ses collègues

Sloutski aurait invité les journalistes dans son bureau de la Douma pour une interview, et se serait, au lieu de cela, livré à des remarques déplacées et des tentatives de rapprochement physique. La journaliste du bureau russe de la BBC Farida Roustamova a publié une transcription de son interview de Sloutski, au cours de laquelle, selon elle, il lui a passé la main dans l'entrejambe — ses protestations paniquées ont été enregistrées par son dictaphone.

Sloutski a commencé par nier ces accusations en les qualifiant de «campagne de diffamation» et «provocation de bas étage». Il a tout de même posté quelque chose qui ressemble à des excuses, sans mentionner de noms ni de détails concrets: 

Дорогие женщины!
От всей души поздравляю вас с Международным женским днем! Желаю крепкого здоровья, душевных сил и простого человеческого счастья!
Пользуясь случаем, хотел бы попросить прощения у тех из вас, кому когда-либо вольно или невольно причинил любые переживания. Поверьте, не по злому умыслу.
Удачи и любви вам и вашим близким!
Искренне ваш,
Леонид Слуцкий

Mesdames,
Je vous souhaite de tout cœur une bonne Journée des droits des femmes ! Tous mes vœux de santé, courage, et tout simplement de bonheur !
Je profite de l'occasion pour demander pardon à celles d'entre vous à qui j'aurais infligé, volontairement ou non, quelque tort que ce soit. Croyez bien que c'était sans mauvaises intentions.
De la chance et de l'amour pour vous et vos proches !
Sincèrement vôtre
Leonid Sloutski

Le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, a pris publiquement le parti de Sloutski et, lors d'une réunion avec les journalistes, leur a assené ceci :

«Vous vous sentez en danger en travaillant à la Douma? Si oui, changez de métier ou de lieu de travail. Vous comprenez ?» a sorti Volodine aux journalistes qui accusent le député Sloutski de harcèlement. C'est honteux qu'un tel individu dirige le parlement russe. Est-ce que ce n'est pas plutôt Volodine qu'il faudrait changer ?

Le vice-président de la Douma, Igor Lebedev, qui est le fils du leader du LDPR Vladimir Jirinovski, a menacé les journalistes de possibles conséquences :

Je considère les accusations de harcèlement portées hier par les journalistes de Dojd’ à l'encontre du député de la Douma Leonid Sloutski comme une violation grossière de l'éthique, de la législation pénale et comme une insulte. Au nom de notre parti, nous allons demander à ce que leur accréditation à la Douma soit retirée à ces journalistes.

Les voix de la dissidence et de la solidarité à la Douma et ailleurs

A la Douma, où les femmes occupent 70 sièges sur 450, seule Oksana Pouchkina a explicitement condamné ces agissements. Si les faits sont avérés, a-t-elle dit, les accusatrices de Sloutski doivent mener l'affaire à son terme, jusqu'à ce qu'une résolution soit votée. Elle a également déploré l'absence de lois contre le harcèlement en Russie et a promis de déposer une proposition de loi dans ce sens.

Maria Zakharova, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, connue pour son franc-parler parfois brutal, s'est souvenue, dans une interview donnée à la chaîne NTV, que Sloutski avait fait des remarques déplacées en sa présence ; selon ses termes, il avait cessé quand elle le lui avait demandé. Mme Zakharova a ajouté qu'aucun des hommes présents dans la pièce n'avait pris sa défense.

Elle a aussi clairement rejeté les allégations selon lesquelles les accusations contre Sloutski étaient une «invention» ou comme quoi les journalistes étaient vêtues de façon inadéquate:

Я категорически не согласна с теми, которые говорят: да ладно, это им показалось, да какая-то там девочка, да она не так оделась, да это все ее выдумки. Ничего подобного.

Je suis en total désaccord avec ceux qui disent : “bah, elles se sont fait des idées”, “qu'est-ce que c'est que cette nana”, “mais elle n'est pas habillée comme il faut”, “tout ça c'est des inventions”. Il n'y avait rien de tel.

De nombreuses journalistes russes ont pris la défense de leurs collègues. Lors de la Journée internationale des droits des femmes, elles ont installé un piquet devant la Douma en exigeant de démettre Sloutski de son mandat:

Des piquets individuels se sont tenus devant les murs de la Douma pour protester contre le député Sloutski. [Sur la pancarte : Bas les pattes, pas touche aux femmes journalistes]

D'autres journalistes ont demandé la démission de Sloutski sur les réseaux sociaux. Tatiana Felguengauer, la présentatrice radio de la station indépendante «Echo de Moscou», qui a été victime en octobre 2017 d'une tentative d'assassinat, a déclaré :

Il faut que Sloutski s'en aille. Mais d'abord, il faut qu'il fasse des excuses.

Pavel Goussev, rédacteur en chef du tabloïd «Moskovski Konsomolets» et président du Conseil des journalistes de Russie, a déclaré dans une interview donnée à RTVi qu'il promettait de tirer au clair «l'attitude des journalistes».

Le journaliste qui a réalisé l'interview de Goussev sur le canal RTVi Tikhon Dziadko a exprimé son indignation

Гусев не перестает радовать: в интервью RTVI он сказал, что они на Союзе журналистов Москвы обсудят не только вину Слуцкого, но и нарушение журналистской этики журналистками, которые столько лет молчали про домогательства Слуцкого.

Goussev nous étonnera toujours: dans une interview sur RTVI, il dit que le Conseil des journalistes de Moscou va examiner la conduite de Sloutski, mais aussi celle, contraire à la déontologie de leur métier, de ces journalistes qui ont passé sous silence pendant des années le harcèlement de Sloutski.

La démission de Sloutski est réclamée aussi par un «groupement d'initiative» d'étudiants du MGU, alias université Lomonossov, où il dirige le Département des relations internationales:

Les étudiants exigent le départ de Sloutski, parce que personne ne peut garantir que ses «pratiques de communication avec les journalistes» ne vont pas s'étendre aux étudiantes et collaboratrices du MGU. [sur le carton : MediaZona – Selon le doyen de la faculté, les étudiants qui exigent la démission du directeur du département ne font qu'obéir aux visées de Navalny.]

Le groupe a fait une déclaration pour ajouter :

Неподобающее поведение Слуцкого бросает тень на Московский университет. Мы считаем, что публичных извинений недостаточно и что Слуцкий должен покинуть пост заведующего кафедрой.

La conduite inappropriée de Sloutski jette une ombre sur l'université de Moscou. Nous estimons que des excuses publiques sont insuffisantes et que M. Sloutski doit quitter son poste de directeur de chaire.

Ces propositions n'ont cependant été suivies d'aucun effet pour l'instant, à l'exception d'un scandale public bénin pour Sloutski. Pour l'heure, il bénéficie du soutien total de l'élite politique russe. Le comité d'éthique de la Gosdouma ne se réunira pas avant l'élection présidentielle du 18 mars.

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